Élection présidentielle 2022

Présidentielle : l'interdiction du voile dans la rue, "une mesure dictatoriale" selon Zineb El Rhazoui

Maëlane Loaëc
Publié le 18 avril 2022 à 10h31
JT Perso

Source : L'Invité Politique

L'essayiste, soutien d'Emmanuel Macron, a fustigé ce lundi sur LCI la proposition de Marine Le Pen, qui souhaite interdire le port du voile dans la rue.
Si elle s'oppose personnellement au voile, elle a estimé que son interdiction dans l'espace public était une proposition anti-démocratique.

"L'interdiction de voile est essentielle", a assuré vendredi Marine Le Pen. Une position que prend à rebours l'écrivaine franco-marocaine Zineb El Rhazoui, soutien d'Emmanuel Macron, qui a critiqué la proposition de la candidate RN de prohiber le voile dans la rue. Si elle a personnellement une "profonde aversion pour le voile islamique et le symbole sexiste, de réification, qu'il représente", "ce n'est pas une raison pour appeler à son interdiction dans l'espace public, qui est une mesure dictatoriale et anticonstitutionnelle", a-t-elle assuré lundi sur le plateau de LCI. 

Dans une tribune qu'elle a cosigné dans Libération, l'essayiste et ancienne journaliste de Charlie-Hebdo estime qu'"en voulant interdire le voile dans l’espace public, la candidate du RN divise la société et affaiblit le modèle républicain et laïc de la France".  Sur LCI, elle s'est dite inquiète de voir cette laïcité "dévoyée pour devenir une arme identitaire dans la main de l’extrême droite française". "Aucun pays ne l'a jamais fait, à part l'Iran de Reza Chah en 1936, qui n'était pas vraiment une démocratie", a-t-elle appuyé. 

"Je ne sais pas sur quoi on se baserait juridiquement"

"La laïcité sert à préserver la neutralité de certains rôles et certains espaces, (...) lorsque l'on représente l'État par exemple. Mais la laïcité n'a pas à créer une norme dans la rue, elle préserve la sphère privée, qu'elle soit individuelle ou collective", a-t-elle poursuivi, disant ne pas voir "sur quoi on se baserait juridiquement" pour imposer une telle interdiction. Elle a estimé par ailleurs que cette mesure constituerait aussi "une façon de cibler une religion et pas les autres".

Si Zineb El Rhazoui estime que "le féminisme islamique" est "une imposture intellectuelle", elle considère donc que la lutte contre le port du voile ne doit pas passer par une interdiction. "C’est une bataille qu’il faudra gagner sur le plan intellectuel, dans les cœurs et les esprits. La subtilité du combat contre l'islamisme, c'est de pouvoir le remporter sans porter atteinte à nos acquis en matière de liberté et de droits de l'homme", a-t-elle argué. 

Mais le camp Le Pen semble faire marche arrière ces derniers jours, en assurant que la mesure ne sera pas la priorité de la candidate si elle accède au pouvoir, sans pour autant tirer un trait sur la proposition. Un geste "par pur électoralisme", qui n'annonce aucun renoncement, aux yeux de l'écrivaine, qui y voit "un manque de clarté" et "un pas en arrière tactique".

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Quant au mandat d'Emmanuel Macron, au cours duquel l'exécutif avait été divisé sur la question du port du hijab lors de matchs de foot, "je préférerais qu'il y ait plus de clarté" sur ces sujets et "il reste encore beaucoup de choses à faire", a concédé l'essayiste. Mais elle a réfuté toute "faiblesse" du président-candidat sur l'islamisme : "il a hérité d'un bilan sur des décennies de laisser-aller, de compromission", "une addition extrêmement salée", mais il a défendu "des positions extrêmement claires, beaucoup plus fermes que ses prédécesseurs", a-t-elle estimé. 

"Je pense que c'est avec lui que se fera la lutte contre l'islamisme dans le cadre d'un deuxième quinquennat. Nous sommes dans un moment historique", a-t-elle jugé, avant de lancer un appel aux "laïques" : "Voulez-vous entériner le fait que la lutte contre l'islamisme soit un combat d'extrême droite ? C'est la plus grande catastrophe qui puisse arriver à notre combat", s'est-elle inquiétée. 


Maëlane Loaëc

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