Le gouvernement Borne II

Immigration : que contient le projet de loi présenté ce mardi à l'Assemblée nationale ?

Publié le 5 décembre 2022 à 16h30
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

Elisabeth Borne présentera ce mardi à l'Assemblée nationale les grandes lignes du projet de loi du gouvernement sur l'immigration.
L'exécutif veut notamment expulser davantage les "étrangers délinquants", réformer le système d'asile et régulariser certains travailleurs sans-papiers qui occuperaient des métiers peu pourvus.

La Première ministre Elisabeth Borne s'adressera aux députés, ce mardi 6 décembre, pour leur présenter les grandes lignes du projet de loi sur l'immigration du gouvernement. Son discours sera suivi d'un débat sans vote ; qu'elle renouvellera le 13 décembre au Sénat. Le texte sera ensuite présenté en Conseil des ministres début 2023, avant de faire son entrée à l'Assemblée nationale. Quels en sont les principaux axes ?

Il devrait notamment permettre de mieux expulser les étrangers. Selon un document de présentation du projet de texte consulté par l'AFP, et conformément aux déclarations du ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin depuis l'été, le gouvernement veut profiter de cette loi pour "donner la priorité à l'éloignement des étrangers délinquants". Prenant acte que le taux d'exécution des "obligations de quitter le territoire français" (OQTF) revenus sur le devant de la scène après le meurtre de Lola n'a jamais dépassé les 20% - il se situe plutôt en dessous de 10% aujourd'hui -, le gouvernement prévoit une série de durcissements. 

Il veut en premier lieu "simplifier le contentieux des étrangers", qui engorge les tribunaux administratifs, en passant de douze recours possibles contre les expulsions à trois : "deux procédures urgentes et une procédure ordinaire". Le texte prévoit également, en cas de menace grave à l'ordre public, de "lever les protections" contre l'expulsion dont bénéficient certains immigrés, notamment ceux arrivés en France avant 13 ans, ceux y résidant depuis plus de 10 ans et les étrangers mariés à des Français depuis plus de trois ans.

Réformer le système de demandes d'asile

Le gouvernement veut aussi engager une "réforme structurelle" à "tous les stades" de la demande d'asile, avec le double objectif d'accélérer les procédures et de parvenir à expulser plus rapidement. L'une des mesures-phares du texte vise à délivrer une OQTF aux demandeurs d'asile "dès le prononcé de la décision de rejet de l'Ofpra", l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sans attendre un éventuel recours. En cas d'appel suspensif, l'OQTF "sera prise immédiatement" mais son exécution "sera reportée à la date de la décision de la CNDA", la Cour nationale du droit d'asile qui statue en appel, précise le document émanant des ministères de l'Intérieur et du Travail.

Le projet de loi prévoit d'élargir le recours à un juge unique à la CNDA, qui statue essentiellement de façon collégiale, ainsi que la "territorialisation" de cette juridiction (actuellement basée en région parisienne) au sein de cours administratives d'appel en régions. Toujours dans une logique d'accélération des procédures, des espaces France Asile seront créés, avec la "présence d'agents de l'Ofpra" aux côtés de ceux de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii) et des préfectures. Cela doit permettre "de gagner un mois sur les délais d'introduction de la demande".

Un titre de séjour pour les métiers en tension

En faisant part de leur intention de créer un titre de séjour pour les métiers en tension, les ministres de l'Intérieur, Gérald Darmanin, et du Travail, Olivier Dussopt, avaient fait bondir droite et extrême droite. Mais l'exécutif entend bien faire du travail "le premier lieu de l'intégration des étrangers" en permettant aux travailleurs sans-papiers "déjà sur le territoire" d'obtenir un titre de séjour "spécifique" quand ils répondent "aux besoins de métiers en tension". Cela passera par une mise à jour de la liste de ces métiers, créée en 2008 et actualisée une seule fois en 2021. Le gouvernement veut y intégrer des secteurs tels que la restauration, la petite enfance, le bâtiment, la propreté et la logistique, des milieux "qui recourent trop souvent à l'emploi clandestin".

Ces dispositions s'accompagneront d'une lutte renforcée contre le travail illégal, par des amendes "dissuasive(s) et appliquée(s)" pour les employeurs. L'exécutif veut aussi permettre aux travailleurs de changer d'employeur sans passer par une nouvelle procédure d'autorisation de travail, actuellement à la main des employeurs, et veut "permettre à certains demandeurs d'asile" d'être exonérés du délai de carence de six mois avant de pouvoir travailler, "lorsque l'on peut estimer qu'ils ont de grandes chances d'obtenir une protection internationale", comme les Afghans.

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Un test de français

Aussi, l'exécutif veut "conditionner la délivrance de la carte de séjour pluriannuelle à la maîtrise d'un niveau minimal de français", alors que "25% des étrangers" engagés dans cet apprentissage "n'atteignent pas le niveau requis". Gérald Darmanin avait esquissé, en novembre sur CNews, la piste d'un examen linguistique pour tous les titulaires d'un titre de séjour, une "révolution énorme", selon lui. Il avait alors estimé que 200.000 personnes déjà en France allaient devoir passer cet examen.


La rédaction de TF1info

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