Que proposent le gouvernement et l'opposition pour réduire les écarts de salaires entre grands patrons et salariés ?

Publié le 28 avril 2023 à 13h00

Source : Sujet TF1 Info

Emmanuel Macron s'est dit "choqué" par l'écart de rémunération entre les grands patrons et leurs salariés.
S'il estime que l'État ne peut pas grand-chose pour les limiter, ce n'est pas l'avis de la gauche.
Quelles solutions propose la classe politique pour mieux encadrer les rémunérations des PDG de grands groupes ?

"Qu'est-ce que vous pensez du salaire des grands PDG ?" Sur le marché de Dôle jeudi 27 avril, Emmanuel Macron n'a pas pu échapper à la question. Quelques heures plus tôt, l'ONG Oxfam avait dévoilé un rapport sur les écarts de salaire entre les grands patrons et leurs salariés, démontrant que les premiers gagnent 97 fois plus que les seconds, et même jusqu'à 1100 fois plus pour le PDG de Stellantis. Un écart qui ne cesse de grandir, selon l'ONG, puisqu'il y a dix ans, les grands patrons ne gagnaient "que" 64 fois plus que leurs employés. "Ça choque tout le monde, moi aussi ça me choque", a réagi le chef de l'État face  à deux commerçants.

Il a poursuivi en rejetant la responsabilité sur les actionnaires des entreprises "qui décide[nt] de la rémunération d'un patron dans le secteur privé". "Ce n'est pas l'État qui peut le faire. C'est la responsabilité de chacun", a ajouté le président en se dédouanant. Son ministre des Comptes publics a dit de même vendredi 28 avril sur franceinfo. "Certains politiques considèrent que l'État devrait décider depuis Paris de tous les salaires dans le pays. Si on va au bout de leur logique, ça vaut pour tout le monde", a déclaré Gabriel Attal. Or, "je ne veux pas qu'on mette toutes les entreprises sous tutelle de l'État pour toutes leurs décisions". Selon lui, "on peut fixer des critères", en dialoguant avec les syndicats et le patronat.

Par exemple, "est-ce que seuls les profits doivent indexer les salaires des dirigeants, est-ce que d'autres enjeux" peuvent être fixés "notamment la performance sur l'environnement des entreprises, l'impact sur l'environnement des entreprises ?", a-t-il interrogé. Gabriel Attal estimant que ce sont des "débats qu'on peut avoir dans la société, y compris au Parlement".

La Nupes réclame le retour de l'ISF ou la taxation des superprofits

Ce vendredi, l'alliance de gauche Nupes s'étonne qu'Emmanuel Macron se dise "choqué" par ces écarts de rémunération, et lui rappelle que certaines de ses décisions n'ont pas aidé à les réduire. Ils mettent en avant les mesures prises par le président de la République lors de son quinquennat comme la suppression de l'ISF et l'instauration de la flat tax (un prélèvement forfaitaire unique de 30 % sur les revenus du capital comme les intérêts et les dividendes). Aussi, ils fustigent son refus de taxer les retraites chapeau ou les superprofits.

En plus des quatre points évoqués ci-dessus qui consistent plutôt à taxer la richesse pour réduire les écarts de salaires, la Nupes propose de limiter l’écart de 1 à 20 entre le salaire le plus bas et celui le plus haut dans une entreprise. Il s'agit également de l'écart préconisé par Oxfam. "Comme le salaire médian en France est de 2000 euros, le salaire maximum par mois, ce serait 40.000 euros. Avec 500.000 euros par an, un million en deux ans, on vit", a assuré la présidente de l'association Cécile Duflot. 

Le Pen pour faire entrer les salariés parmi les actionnaires

Cette mesure, qui figure dans le programme de la Nupes pour les élections législatives de 2022, était défendue par Anne Hidalgo et Jean-Luc Mélenchon au cours de la campagne présidentielle. La maire socialiste de Paris proposait que "les rémunérations qui dépassent cette limite ne seront plus déductibles de l’impôt sur les sociétés" quand l'Insoumis souhaitait passer par la loi, une solution plus difficile à mettre en place. En 2016, le gouvernement de François Hollande s'était attaqué à la rémunération des dirigeants des entreprises publiques dans lesquelles l'État est actionnaire, et l'avait limitée à 450.000 euros par an.

Quant à Marine Le Pen, elle n'a jamais fait état de mesures spécifiques pour encadrer les salaires des patrons, mais elle proposait en 2022 de mettre en place des taxes pour récupérer de l'argent sur ces gros salaires, via une taxe sur les transactions financières et un impôt sur la fortune financière. Elle proposait aussi de faire entrer les salariés parmi les actionnaires, les premiers à décider de ces rémunérations astronomiques.


Justine FAURE

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