RÉCIT - "Une visite jusqu'à minuit" : Emmanuel Macron et sa passion du Panthéon

Publié le 20 février 2024 à 17h00

Source : JT 20h WE

Emmanuel Macron présidera mercredi la cérémonie d'entrée au Panthéon du résistant Missak Manouchian.
Depuis son premier mandat, le chef de l'État n'a cessé d'organiser des événements dans ce lieu chargé d'Histoire, au sein duquel il multiplie les visites discrètes.
Récit.

Pour Emmanuel Macron, c'est (presque) devenu une habitude. Mercredi 21 février, une semaine après avoir affirmé que le nom de Robert Badinter devait "s'inscrire au Panthéon", le chef de l'État présidera la cérémonie de panthéonisation du résistant d'origine arménienne Missak Manouchian, 80 ans jour pour jour après son exécution par les Allemands sous l'Occupation. Une entrée que le président de la République a lui-même décidée il y a près d'un an, lui qui connaît par cœur ce lieu dédié "aux grands hommes".

Depuis qu'il a été élu à l'Élysée, en 2017, Emmanuel Macron a déjà été à l'origine de trois panthéonisations : celle de Simone Veil, en 2018, de Maurice Genevoix "et ceux de 14", en 2020, et de Joséphine Baker, en 2021. Avec Missak et Mélinée Manouchian, cela porte le total à quatre cérémonies en sept ans - un record depuis François Mitterrand -, en attendant une cinquième peut-être pour Robert Badinter, qui témoignent de l'attachement du chef de l'État à ce monument du Vᵉ arrondissement de Paris.

Un jour, Emmanuel Macron est arrivé à 18h pour en repartir à minuit
Une source à TF1info

"Il a un rapport très intellectuel au lieu", raconte à TF1info une source ayant travaillé avec Emmanuel Macron sur différentes cérémonies au Panthéon. "Le président de la République s'y est toujours investi très personnellement." Au point, parfois, de changer les habitudes. Pour l'entrée de Maurice Genevoix "et ceux de 14", Emmanuel Macron avait lui-même commandé une série d'œuvres à l'artiste plasticien Anselm Kiefer pour illustrer la guerre, ainsi qu'une œuvre musicale au compositeur Pascal Dusapin afin d'habiller musicalement le monument. "Il n'y avait pas eu de telle initiative artistique au Panthéon depuis près d'un siècle", vante l'Élysée auprès de TF1info.

Une commande que le chef de l'État a minutieusement suivie, jusqu'à s'inviter au Panthéon à plusieurs reprises, dans la plus grande discrétion. "Il est venu très régulièrement superviser l'installation des œuvres", assure un habitué des lieux. "Il s'agissait pour lui de prendre des décisions sur le déroulement de la cérémonie."

Cet engagement peut parfois durer des heures, en dehors de tout agenda officiel. "Un jour, Emmanuel Macron est arrivé à 18h pour en repartir à minuit", se souvient-il. "Il s'est alors rendu jusqu'en haut du Panthéon, en passant par des espaces pas tout à fait accessibles au public." Une "fine connaissance" d'un endroit qu'Emmanuel Macron "considère comme le temple des forces de l'esprit républicain", justifie l'Élysée. "Pour lui, il s'agit d'un monument essentiel pour ce qu'il raconte de l'histoire de notre pays."

Des panthéonisations, et pas seulement

Au Panthéon, le chef de l'État aime aussi bousculer l'agenda... y compris en pleine cérémonie. "Pour Simone Veil, la cérémonie se déroulait en extérieur et devait se terminer par l'entrée des deux cercueils, du couple Macron et de la famille, avant la fermeture des portes. Mais le président de la République a souhaité visiter la crypte avec son épouse", alors que quelque 2000 invités attendaient d'entrer pour rendre hommage à cette figure de la vie politique, se rappelle l'un des artisans de cette cérémonie. "Ce n'était pas du tout au programme."

Signe de son affection pour le Panthéon, Emmanuel Macron a placé ce lieu au cœur de cérémonies très diverses, comme l'hommage à Arnaud Beltrame, le gendarme qui s'était substitué à une otage lors de l'attentat de Trèbes (Aude), en 2018. Si la cérémonie s'est déroulée aux Invalides, "le point de départ du cortège était au Panthéon".

Autre exemple avec la cérémonie pour la présidence française du Conseil de l'Union européenne en 2022, qui, comme l'a voulu Emmanuel Macron, s'est tenue dans "le temple de la nation française". "On ne pense pourtant pas d'emblée au Panthéon lorsqu'on parle de questions européennes", commente cette même source. Deux ans plus tôt, le Panthéon avait aussi été le théâtre de la cérémonie des 150 ans de la République française.

Des chefs d'État en visite sur recommandation du Président

Même quand il n'y est pas présent, le chef de l'État n'oublie pas le Panthéon, qu'il peut évoquer lors d'entretiens avec ses homologues. "Il n'est pas rare, lors de ses rendez-vous avec de grands dirigeants, qu'il parle du Panthéon", nous assure un connaisseur du dossier. "Des chefs d'État et de gouvernement sont venus au Panthéon expressément sur recommandation du président de la République", affirme-t-il. À l'instar du Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, pour qui "il a fallu organiser une visite du jour au lendemain".

Emmanuel Macron "s'imprègne du rôle moral et citoyen que joue ce monument", qu'il "apprécie particulièrement", ajoute cet habitué des lieux. "Il existe aussi un rapport culturel important : pour certaines cérémonies, la manière dont il a poussé les artistes à s'approprier le lieu pour leurs œuvres est extrêmement impressionnante."

"Un vrai rapport d'intimité", selon cette source, qu'Emmanuel Macron entretient également avec la basilique de Saint-Denis et sa nécropole royale. "Il faut relier sa relation avec le Panthéon, devenu une nécropole nationale après la Révolution, et celle avec la basilique de Saint-Denis, avant la Révolution", insiste-t-on du côté de l'Élysée.

"Pour le Président, cela forme un tout. Il considère que l'histoire de France est un bloc, que la République commence avant la République et que la République est une affaire de transmission." Et que le chef de l'État se doit de garder le contact avec les lieux "où les grands hommes ont laissé une trace symbolique de leur passage".


Idèr NABILI

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