Nouvelle-Calédonie : pourquoi la Chine surveille de près le référendum sur l'indépendance

Publié le 10 décembre 2021 à 16h49
Nouvelle-Calédonie : pourquoi la Chine surveille de près le référendum sur l'indépendance
Source : Theo Rouby / AFP

INDÉPENDANCE- Si les Néo-calédoniens sont les premiers concernés par le référendum du 12 décembre sur l'indépendance, et que Paris le surveille de près, le résultat du scrutin est aussi particulièrement attendu en Chine. Un retrait de la France serait une aubaine pour Pékin, pour plusieurs raisons.

C'est un autre aspect du troisième référendum sur l'indépendance, qui se tient le 12 décembre en Nouvelle-Calédonie. Une dimension géopolitique si cruciale, qu'elle s'est invitée dans les arguments de campagne. La Chine, selon de nombreux spécialistes, auraient plusieurs intérêts convergents à un retrait de la France de la région. Une menace pour le camp du non, un chiffon rouge pour le camp du oui.

"Il semble n'y avoir aucune hypothèse où le départ de la France ne mène pas à une mise sous influence de la Nouvelle-Calédonie" par Pékin. Pour Bastien Vandendyck, analyste en relations internationales, l'intérêt prononcé de la Chine ne fait aucun doute, ainsi qu'il l'a expliqué à l'AFP. De fait, la Chine est déjà un très important partenaire commercial de l'île : 90% de ses exportations de nickel lui sont destinées. Si Nouméa dispose du quart des réserves mondiales de ce minerai, crucial pour la production d'acier, la zone est aussi riche en minerais, et en ressources halieutiques

Tous les États mélanésiens sont devenus des satellites chinois
Bastien Vandendyck, expert en relations internationales

Mais l'intérêt de Pékin est aussi géostratégique : la position de la Nouvelle-Calédonie serait parfaite pour un contrôle de la zone indo-pacifique, a fortiori si elle s'accompagne d'une baisse de l'influence française de la région- puisque la France perdrait de fait son point d'accès dans le Pacifique sud. "Tous les États mélanésiens sont devenus des satellites chinois", renchérit Bastien Vandendyck, "il ne manque que la Nouvelle-Calédonie pour que le collier de perle chinois mélanésien se referme définitivement aux portes de l'Australie"

La perspective d'un retrait français de l'archipel inquiète effectivement la Nouvelle-Zélande et l'Australie, en butte à l'expansionnisme chinois dans la région. Pour Pékin, qui se situe à plus de 8000 km, prendre le contrôle de la Nouvelle-Calédonie, via des aides au développement et des investissements dans les infrastructures comme il l'a fait dans le reste de la zone indo-pacifique, permettrait de desserrer la stratégie d'endiguement mise en place par les Américains.

Récemment en visite sur l'île, le ministre français des Outre-mer avait utilisé l'argument pour peser en faveur du "non" à l'indépendance. "La vraie question est cette balance entre la Chine d'un côté, et l'Occident tout entier de l'autre côté", avait estimé Sébastien Lecornu, "est-ce que les Calédoniens affrontent cette question dans la République ou seuls ?". Pour le camp indépendantiste, qui boycotte le scrutin, ce n'est qu'un chiffon rouge pour détourner l'attention. Ainsi Daniel Goa, président de l'union calédonienne, dénonce au micro de France Info l'idée d'une menace chinoise : "Suivez mon regard… Je vous montre la Chine, c’est pour que vous ne voyiez pas que le requin est déjà ici : il s’appelle la France".


Frédéric SENNEVILLE

Sur le
même thème

Tout
TF1 Info