Retraites : les Républicains parviendront-ils à se mettre d'accord d'ici au 10 janvier ?

Publié le 14 décembre 2022 à 13h15

Source : Le JT

Alors que le gouvernement consulte et attend les propositions de l'opposition sur le sujet des retraites, les Républicains sont encore loin de parler d'une voix unanime.
Les principaux leaders du parti défendent tous des solutions différentes.

Ils s'accordent sur la nécessité d'une réforme des retraites. Mais laquelle ? Telle est la question qui occupe et divise les Républicains ces dernières semaines, et qui va les occuper et les diviser dans celles à venir, alors que le gouvernement attend les propositions de l'opposition sur le sujet d'ici au 10 janvier. D'abord prévue le 15 décembre, la présentation du projet de loi a été repoussée par le président de la République, notamment pour laisser à Eric Ciotti le temps de s'installer à la tête du parti, et d'exposer clairement à l'exécutif la position des siens. 

"En repoussant la réforme, l'objectif du président de la République est de forcer l'opposition à se positionner et à prendre ses responsabilités", avait indiqué un conseiller d'Emmanuel Macron à TF1 et LCI lundi. "Certains LR disaient qu'une fois l'élection passée ils pourraient discuter. Le temps laissé va leur permettre de se décanter", ajoutait-il. Pourtant, à quelques jours de l'échéance et à quelques mois de l'examen du texte au Parlement, Les Républicains semblent bien loin de trouver une position et une ligne commune sur ce sujet épineux. 

Départ à 65 ans, un épouvantail pour beaucoup

Ce mercredi, le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, a d'ailleurs mis la pression sur les Républicains, les plus à même d'aider le gouvernement à faire adopter son projet au Parlement, où il ne bénéficie pas de la majorité absolue et devra trouver des accords s'il veut le faire voter sans passage en force. Selon lui, la réforme des retraites "sera un moment de vérité", il n'y a "aucune raison qui s’opposerait à ce que les LR votent avec nous la réforme" alors qu'ils défendent un report de l'âge de départ, a-t-il déclaré sur CNews. 

Le gouvernement privilégie en effet un report progressif de l'âge de départ de 62 à 65 ans, sans écarter la piste d'un âge de départ à 64 ans avec un allongement de la durée de cotisation. 65 ans, c'est l'âge que défendait Valérie Pécresse au cours de la dernière élection présidentielle. Mais au sein de LR, certains sont totalement opposés à cette option. Le député du Lot Aurélien Pradié l'a répété ce mercredi sur franceinfo : il est opposé à toute mesure d'âge. "J'ai dit clairement que je ne voterai pas et ne soutiendrai pas le président de la République dans une réforme qui allongerait l'âge de départ à la retraite". "Je souhaite que la droite réfléchisse à la semaine de 38h en quatre jours", "si demain on travaille 38h en quatre jours, on aura réglé une bonne partie du nombre de cotisants dont nous avons besoin" pour financer le système, a-t-il ajouté. 

Opposition frontale ou responsable ?

Le chef du groupe LR à l'Assemblée nationale, Olivier Marleix, n'est pas opposé à un allongement de l'âge légal de départ, mais ne souhaite pas qu'il soit fixé à 65 ans. "Agiter ce chiffre de 65 ans aujourd'hui, alors que le gouvernement ne fait aucun effort par ailleurs de réduction de la dépense publique, cela ne serait pas compris par les Français, ce serait compris comme une provocation" et "on ne soutiendrait pas cette réforme", a affirmé celui qui plaide pour atteindre "63 ans d'ici à la fin du quinquennat" et réclamé un minimum de "1200 euros par mois" et "un vrai plan" sur l'emploi des seniors. Selon des députés LR, ils seraient une dizaine au sein du groupe à être contre une retraite à 65 ans. 

Quid du nouveau président du parti Eric Ciotti ? Ce dernier a rappelé lundi qu'il avait "toujours défendu une augmentation de la durée de cotisation ou de l'âge de départ". "Si ça va dans ce sens, nous serons naturellement soucieux de l'intérêt général, mais il est trop tôt aujourd'hui pour vous dire ce que sera notre vote", a-t-il ajouté, relevant qu'il fallait attendre de découvrir le contenu du texte. "Il y a des conditions, il y a des marqueurs que nous poserons : sauver le système de retraite, réhabiliter les petites retraites au niveau du SMIC, prendre en compte la pénibilité, voir aussi ce qui se passe sur les régimes spéciaux", a-t-il précisé. 

Et au Sénat ? Ce dernier, à majorité de droite, a comme chaque année depuis cinq ans adopté début novembre un texte prévoyant de relever l'âge légal à 64 ans à partir de la génération 1967. Si la réforme proposée "vient sur nos propositions à nous, je ne vois pas pourquoi je m'y opposerais", affirmait le 8 décembre le patron des sénateurs LR Bruno Retailleau.

Le 49.3 pour mettre tout le monde d'accord ?

Les Républicains se retrouvent une nouvelle fois pris au piège d'Emmanuel Macron, qui rejette sur eux la responsabilité d'arbitrer ce débat, en apportant ou non leurs voix à celles de la majorité pour faire adopter ou non ce texte. Ils seront encore placé dans une position délicate, entre jouer leur rôle d'opposant à l'exécutif ou être une opposition responsable, a contrario des extrêmes. Toutefois, le gouvernement pourrait leur enlever une épine du pied en faisait passer cette réforme par le projet de loi rectificatif de financement de la Sécurité sociale (PLFSSR), un texte budgétaire sur lequel il peut utiliser sans limite l'article 49.3 de la Constitution, qui permet son adoption sans vote, sauf motion de censure. 


Justine FAURE

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