Le gouvernement a proposé de mieux prendre en compte la pénibilité au travail en créant un congé de reconversion professionnelle et en renforçant le suivi médical de ces travailleurs.
Plusieurs députés estiment toujours que la réforme des retraites ne va pas assez loin sur la question de la pénibilité.
Le texte devrait être débattu devant le Parlement au premier trimestre.

Alors que le projet de réforme des retraites présenté par Elisabeth Borne connaît une vive opposition de la part des oppositions et des syndicats, Emmanuel Macron a suggéré ce dimanche lors d'une conférence de presse qu'il pourrait connaître des aménagements. "Je souhaite que le gouvernement, avec les parlementaires, à l'Assemblée nationale et au Sénat, puissent travailler le texte et l'aménager" a déclaré le chef de l'Etat.

L'un des points qui fait parler, c'est la pénibilité. Il s'agit pourtant d'un volet sur lequel Elisabeth Borne disait présenter des "avancées" le 10 janvier dernier lors de la présentation du projet de réforme. La Première ministre avait évoqué la création d'un congé de reconversion professionnelle pour les travailleurs ayant un compte professionnel de prévention. Aussi, le port de charges lourdes, les postures pénibles ou les vibrations mécaniques seront reconnus au moyen d'un nouveau "fonds d'investissement dans la prévention de l'usure professionnelle", qui sera doté d'un milliard d'euros "sur le quinquennat". 

Elle avait signifié la volonté de créer un fonds spécifique pour les personnels des hôpitaux, maisons de retraite et autres établissements médico-sociaux et indiqué que certains fonctionnaires, tels que les policiers, pompiers et aides-soignantes conserveraient leur droit à un départ anticipé, compte tenu de leur "exposition aux risques".

"Faciliter l'obtention de points" de pénibilité

Ce lundi matin, Olivier Dussopt, ministre du Travail, a précisé à l'issue de la présentation du texte en Conseil des ministres, que le compte professionnel de prévention, qui permet un départ à la retraite anticipé, connaîtrait bien "une modernisation" avec "une amélioration de la prise en compte de la pénibilité." 

"Nous allons le déplafonner, faciliter l'obtention de points sur le compte, en abaissant un certain nombre de critères. Par exemple, il faut avoir travaillé 120 nuits par an pour obtenir des points de travail de nuit, nous serons désormais à 100 nuits", a-t-il expliqué. Avant d'ajouter : "Nous allons mieux tenir compte des polyexposés, ceux qui sont exposés à plusieurs critères, sans jamais en valider un intégralement". 

Il a par ailleurs ajouté qu'un "suivi médical renforcé" sera mis en place auprès de ceux qui ont un emploi dit pénible entre la première visite médicale organisée à 45 ans et la deuxième, qui sera instaurée à l'âge de 61 ans, et qui permettra notamment "de faciliter les départs anticipés". 

Des députés plaident pour plus de "justice sociale"

Mais ces avancées ne sont pas suffisantes pour une partie de l'opposition, et pourraient donc amener à évoluer au cours des débats parlementaires. En effet, plusieurs sénateurs LR ont montré leur opposition au texte tel qu'il est en l'état, malgré leur volonté de réformer depuis plusieurs années sur l'âge de départ à la retraite, en raison de plusieurs critères de justice sociale. Jérôme Bascher a expliqué, qu'avec le président LR des Hauts-de-France Xavier Bertrand, et les LR au Sénat "nous allons faire attention à ce qu'il y ait un équilibre de justice pour les petites retraites, pour les carrières longues, pour la pénibilité. Et ce sujet, il n'est pas assez bien traité". 

Au sein de la majorité aussi, certains députés ont déclaré ne pas vouloir le texte en l'état. C'est le cas de l'ancienne ministre Barbara Pompili, membre du parti En Commun, qui a pointé trop d'"injustices sociales" dans le projet de réforme et publié des propositions sur le volet pénibilité. Un autre député Renaissance a aussi estimé qu'il y "a un gros sujet sur les carrières longues, sur la pénibilité, sur l’égalité femmes-hommes" et appelé à "une amélioration du texte". De son côté, la cheffe des députés de la majorité Aurore Bergé a assuré "qu'aucune voix ne manquera" parmi ses députés pour le vote de la réforme, mais elle s'est aussi dit prête à "aller plus loin" sur les critères de pénibilité.

Le gouvernement appelé à être "plus ambitieux"

D'autres groupes ont appelé le gouvernement à revoir sa prise en compte de la pénibilité. L'association des maires de France (AMF) a réclamé qu'il soit "plus ambitieux dans la prise en compte de la pénibilité au sein de la fonction publique territoriale". 

Quant aux syndicats, ils ont eux aussi montré dans un communiqué leur opposition à la réforme qui va selon eux "frapper de plein fouet l’ensemble des travailleurs et travailleuses, et plus particulièrement celles et ceux qui ont commencé à travailler tôt, les plus précaires, dont l'espérance de vie est inférieure au reste de la population, et celles et ceux dont la pénibilité des métiers n'est pas reconnue".

Après sa présentation en Conseil des ministres ce mardi, le projet de réforme doit être examiné au Parlement au premier trimestre, "pour une adoption en mars" prochain, indique le gouvernement.


Emilie ROUSSEY avec AFP

Tout
TF1 Info