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Les Français qui ont réélu Emmanuel Macron soutenaient-ils vraiment sa réforme des retraites ?

Publié le 24 janvier 2023 à 18h53, mis à jour le 30 janvier 2023 à 14h44

Source : Sujet TF1 Info

La majorité défend sa transparence puisque réformer les retraites figurait dans le programme du candidat Macron à la présidentielle.
Les opposants au texte rétorquent que la réélection du chef de l'État était surtout le résultat d'un vote en opposition à Marine Le Pen.
Interrogés après le scrutin, les électeurs ne désignaient pas de cette réforme comme un élément central dans susceptible d'orienter leur choix.

La Première ministre Elisabeth Borne appelle les membres du gouvernement à faire preuve de pédagogie pour convaincre les Français de l'utilité de la réforme des retraites. Elle explique aussi, comme tous les représentants de la majorité, qu'Emmanuel Macron n'a pris personne de court avec ce texte, au contraire. Le président de la République s'est même montré "transparent", glissent les ministres. Ils en veulent pour preuve le fait que ces mesures étaient annoncées dès le printemps, écrites noir sur blanc dans le programme du chef de l'État en vue de l'élection présidentielle.

Des arguments vivement contestés par l'opposition et les syndicats. Invité de LCI, le patron de la CGT Philippe Martinez assurait dimanche que les votes ayant permis à Emmanuel Macron de rempiler à l'Élysée étaient avant tout l'expression d'une opposition à Marine Le Pen, pour l'empêcher d'accéder aux plus hautes fonctions de l'État. 

Une mesure peu plébiscitée à la sortie des urnes

Pour tenter d'y voir plus clair, il est possible de se pencher sur les enquêtes d'opinion qui ont fait suite au premier puis au second tour de la présidentielle. Plusieurs instituts s'étaient alors rapprochés des électeurs afin de connaître leurs motivations et déterminer les sujets qui les ont majoritairement incités à se mobiliser. C'est le cas de BVA, qui posait la question suivante : "Quels sont, parmi les suivants, les enjeux qui ont compté pour faire le choix de ce candidat ?" Une liste de 13 sujets leur était alors soumise, avec plusieurs réponses possibles. Les retraites y figurent, tout comme la sécurité, la santé ou l'environnement.

Cette consultation nous apprend que parmi les électeurs d'Emmanuel Macron, les retraites n'ont été citées comme enjeu majeur que par 12% des sondés. Loin de "la situation économique de la France", retenue par plus d'une personne sur deux, ou que de la guerre en Ukraine (citée par 44% des électeurs du chef de l'État). Les retraites constituent ainsi le 9e sujet de préoccupation mis en avant sur les 13 propositions présentées. On constate que chez les électeurs de Jean-Luc Mélenchon, la question des retraites (promise à 60 ans) était bien plus souvent citée comme un motif déterminant dans le vote. Un électeur sur trois du chef de file de La France Insoumise l'a évoqué. 

Dans un autre sondage réalisé en marge de la présidentielle, Ipsos demandait aux Français de choisir dans une liste trois sujets qui seraient à leurs yeux centraux pour orienter leur vote. Les retraites étaient dans le top 5 des problématiques les plus citées, mais assez loin derrière le pouvoir d'achat, de loin en tête des préoccupations. 

Un autre élément de cette enquête d'opinion va d'ailleurs dans le sens de l'opposition : lorsque l'on demande aux soutiens d'Emmanuel Macron quelles sont ses principales qualités, ce sont la "stature présidentielle" et la capacité à "faire face en cas de crise majeure" qui ressortent. Le fait d'avoir "un bon projet" n'était mis en avant que par un électeur du président sortant sur dix. Il s'agit du plus faible taux parmi les soutiens des six principaux candidats. À titre de comparaison, les défenseurs de Yannick Jadot faisaient pour moitié (50% exactement) la promotion du projet, proche des chiffres observés pour Valérie Pécresse (42%).

Quid, enfin, du vote "de rejet" dont aurait bénéficié Emmanuel Macron, mis aujourd'hui en avant par l'opposition ? Si personne ne conteste la victoire du président de la République, beaucoup estiment qu'il a surtout bénéficié de l'impossibilité pour de nombreux Français d'envisager l'arrivée au pouvoir de Marine Le Pen. Un aspect du vote étudié par les sondeurs, Ipsos notamment. Au premier tour, on apprenait qu'un soutien du chef de l'État sur quatre souhaitait avant tout "empêcher un autre candidat de se retrouver au second tour". La notion de vote de "rejet" s'est révélée plus marquée lorsque Emmanuel Macron s'est retrouvé face à Marine Le Pen. Une nouvelle enquête nous indiquait que 42% des Français ayant réélu le président sortant avaient mis son nom dans l'urne pour faire barrage à la candidate d'extrême droite.

En résume, on constate que la majorité dit vrai lorsqu'elle évoque une réforme des retraites annoncée dans le programme d'Emmanuel Macron à la présidentielle. Pour autant, il ne s'agissait de toute évidence pas d'un élément qui a contribué massivement à convaincre les électeurs de voter pour le chef de l'État.

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Thomas DESZPOT

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