Alors que les élus du Rassemblement national et ses sympathisants sont majoritairement opposés à la réforme des retraites, ils ne sont pas à la pointe de la mobilisation contre le texte.
Ils ont choisi de combattre le report de l'âge légal de départ à 64 ans sans descendre dans la rue ou faire d'obstruction parlementaire.
Pour quelles raisons ?

Officiellement, élus et sympathisants du Rassemblement national sont opposés à la réforme des retraites. Ses dirigeants le répètent, et ses sympathisants soutiennent la mobilisation contre le projet de loi du gouvernement presque autant que ceux de gauche et d'extrême gauche. Selon une étude Toluna Harris interactive publiée lundi 30 janvier, quand 65% des Français sont défavorables au texte, ils sont 77% chez les sympathisants du Rassemblement national, contre 80% chez les insoumis, 81% chez les socialistes et 82% chez les écologistes. Comment expliquer alors leur absence dans les cortèges des manifestations, et le relatif silence dans les médias des élus RN pour mener la bataille contre l'exécutif ? 

Persona non grata dans les manifestations

Si les membres du Rassemblement national et leurs partisans ne sont pas présents dans les rues, c'est d'abord en raison de leur méfiance réciproque avec les organisations syndicales. Il y a quelques jours, le leader de la CGT, Philippe Martinez, avait assuré que les élus RN "n'étaient pas les bienvenus dans nos manifestations", leur recommandant "vigoureusement de ne pas venir"

Ce mercredi sur Franceinfo, Marine Le Pen a regretté cette attitude. "Le fait que la CGT menace physiquement des élus de la République s'ils viennent dans les manifestations (…) c'est honteux. Ça démontre que les syndicats défendent leurs intérêts propres et pas les intérêts des Français. Après tout, plus il y a de monde opposé à la réforme des retraites normalement, et plus on est content", a estimé celle qui assuré qu'elle n'a pas besoin d'être "adoubée par les syndicats".

"Je ne vais jamais manifester. Ce qui ne veut pas dire que mes électeurs n'y vont pas. Il y a des députés qui y vont, dans les provinces, qui participent aux manifestations", a encore plaidé la cheffe des députés RN, qui assume de mener le combat depuis l'Assemblée nationale. "Je suis à la tête d'un groupe de députés, on nous a envoyés à l'Assemblée nationale précisément pour combattre le texte à l'Assemblée nationale, c'est ce que nous faisons et ce que nous ferons dans les quinze jours qui viennent."

Une opposition faiblarde à l'Assemblée

Pourtant, même au Parlement, les députés de Marine Le Pen sont pointés du doigt par l'opposition pour leur manque de rugosité et d'implication. La suite logique de la volonté de normalisation et de dédiabolisation entreprise par la fille de Jean-Marie Le Pen. Quand la cheffe du groupe déplore les 6000 amendements "grotesques" déposés par la Nupes, et assure que les Français "n'attendent pas qu'on joue à l'obstruction parlementaire", les leaders de La France insoumise dénoncent leur "opposition de pacotille" et regrettent qu'ils fassent "semblant d'être contre la réforme des retraites". "Ils ont 89 députés, ils ont déposé moins d'amendements que le nombre de députés (75, ndlr). Ils n'ont même pas été capables chacun de trouver une idée d'amendement pour améliorer cette réforme", a par exemple fustigé Manuel Bompard.

"Vous trouvez que les milliers d'amendements de la Nupes demandant à ce que la réforme s'applique à partir de 2023, 2024, 2025, 2026, 2027 et jusqu'à 3025, vous croyez honnêtement que ça c'est du travail politique ? Nos amendements à nous sont des amendements de fond. Mais à partir du moment où la retraite est à 64 ans, il n'y a pas grand-chose à sauver de cette réforme", s'est défendue Marine Le Pen sur Franceinfo. 

Le parti a choisi de lutter en déposant une motion référendaire à l'Assemblée nationale. Il a d'ailleurs été décidé que ce serait la sienne et non celle de la Nupes qui serait soumise au vote des députés, lundi prochain. 

Si l'ancienne candidate à l'élection présidentielle est discrète sur les retraites, c'est aussi parce qu'elle sait que sa position sur le sujet est sujette à critique, elle qui a beaucoup changé d'avis au cours des dernières années. En 2017, Marine Le Pen défendait la retraite à 60 ans pour tous après 40 annuités. Désormais, elle souhaite réserver cette condition à ceux qui ont commencé avant 20 ans, et propose que les autres puissent partir entre 62 et 67 ans après 42 ou 43 annuités, selon leurs profils. Pour justifier ce revirement, elle évoque la dette et la situation économique du pays. Peu ou prou les mêmes arguments que le gouvernement.


Justine FAURE

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