À l'issue de leur réunion avec Elisabeth Borne mercredi, inflexible sur la réforme des retraites, les syndicats ont regretté le glissement du pays dans une "crise démocratique".
"On ne peut pas parler de crise démocratique quand le projet a été porté, expliqué et assumé", a très vite répondu l'entourage du président de la République.
Encore ce jeudi, le gouvernement rejette en bloc ces accusations portées par le leader de la CFDT Laurent Berger.

"On est en train de vivre une grave crise démocratique. On avait une crise sociale qui se transforme en crise démocratique." Mercredi à la sortie d'une réunion d'un peu moins d'une heure avec la Première ministre, le secrétaire général de la CDFT Laurent Berger constate son échec et regrette que le gouvernement continue de faire la sourde oreille à la colère des Français envers la réforme des retraites, l'accusant de passer outre la démocratie. Depuis, ces propos suscitent l'indignation jusqu'au plus haut sommet de l'Etat. 

Très vite, depuis la Chine, l'entourage du chef de l'Etat lui a répondu. "Qu'un président élu avec une majorité élue, certes relative, cherche à mener à bien un projet qui a été porté démocratiquement, ça ne s'appelle pas une crise démocratique", a-t-il dit. "On ne peut pas parler de crise démocratique quand le projet a été porté, expliqué et assumé", a-t-il insisté, sans parler du recours aux articles 47.1 ou 49.3 de la Constitution utilisé par le gouvernement pour faire adopter le texte au Parlement. "On s'est pas caché derrière son petit doigt", "il y a eu un processus démocratique", a encore affirmé l'entourage du chef de l'Etat.

J'appelle au calme. J'appelle à garder ses nerfs."
Laurent Berger

Selon lui, ces critiques sont d'autant plus malvenues qu'il estime qu'"aucune force sociale et politique, d'opposition" n'avait "voulu entrer dans un compromis et porter un autre projet". "Pour la première fois de son histoire contemporaine, la CFDT n'a pas proposé un autre projet. La réponse c'était : rien." "Si les gens voulaient la retraite à 60 ans c'est pas Emmanuel Macron qu'il fallait élire président de la République ou mettre en tête du premier tour", a précisé son entourage.

Dans la soirée, invité sur BFMTV, Laurent Berger a eu l'occasion de répondre à cette réplique du chef de l'Etat, qui s'est engagé à recevoir lui-même les syndicats après la décision du Conseil constitutionnel attendue le 14 avril prochain. "J'appelle au calme. J'appelle à garder ses nerfs. J'appelle le président de la République à ne pas balancer des petites phrases (...) sinon il va finir par se mettre à dos l'ensemble des organisations syndicales", a-t-il lancé, qualifiant également de "mensonge" le fait qu'aucune proposition n'ait été formulée par son organisation. "Ça fait deux fois qu'on pointe la CFDT en termes de responsabilité, il n'y en aura pas trois...ça suffit maintenant." "Le président de la République doit considérer qu'il y a une crise sociale, une crise démocratique avec un risque de montée de l'extrême droite", a-t-il persisté, alors que le Rassemblement national apparaît en effet comme le grand gagnant de cette séquence politique.

Ce jeudi matin sur BFMTV, le ministre du Travail Olivier Dussopt a démenti lui aussi l'existence d'une "crise démocratique". "J'entends parfois qu'il y a une crise démocratique. Il n'y a pas de crise démocratique. Le texte il a subi un cheminement parlementaire, parfois empêché", a-t-il justifié. "Personne n'est aveugle, personne n'est sourd. Mais il faut aussi rappeler les responsabilités. Qui a bloqué le débat à l'Assemblée nationale ?", a-t-il ajouté, pointant du doigt la Nupes et plus particulièrement La France insoumise. D'ailleurs son leader, sur LCI, a demandé au président de la République de "reculer". "Il ne peut pas gouverner contre tout le monde, il ne peut pas considérer qu'il est le seul à avoir raison, qu'il va passer en force en permanence. Ça abîme notre démocratie", a estimé Manuel Bompard.


J.F.

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