Rejet du projet de loi immigration : et maintenant ?

par Virginie FAUROUX Reportage TF1 : Noé Gandillot
Publié le 11 décembre 2023 à 21h46, mis à jour le 12 décembre 2023 à 1h34

Source : TF1 Info

L'Assemblée nationale a adopté ce lundi par 270 voix contre 265 une motion de rejet du projet de loi immigration.
Le texte de Gérald Darmanin ne sera donc pas débattu en l'état par les députés.
Après cette déroute, quelles solutions reste-t-il au gouvernement pour le faire adopter ?

Un tel scénario catastrophe n'avait pas vraiment été envisagé. Pour la première fois depuis 25 ans, un texte gouvernemental a été écarté par les députés avant même son examen sur le fond. Avec 270 voix contre 265, la motion de rejet préalable au projet de loi immigration de Gérald Darmanin déposée par les écologistes a été adoptée ce lundi en fin de journée. Un scrutin serré aux airs de déroute pour le ministre de l'Intérieur, lui qui avait fait le pari de trouver un chemin, notamment avec la droite, pour parvenir au vote de son texte. À l'énoncé du résultat, une clameur digne d'un stade de foot s'est élevée dans l'hémicycle. Et pour cause, tout s'est joué sur un fil.

Le suspense au plus haut jusqu'au vote

Toute la journée, les députés de l'opposition ont joué une partie de poker menteur avec Gérald Darmanin, de plus en plus tendu alors que les minutes s'égrenaient. "Je vois surtout la volonté de ne pas discuter et de ne pas serrer la main tendue", leur a lancé le ministre juste avant le vote. 

Jusqu'à la dernière seconde, chacun ou presque a gardé son jeu secret. Si la gauche a voté comme prévu le rejet du texte, la surprise est venue des rangs de la droite. Après avoir laissé planer le doute, tous les députés RN en ont finalement fait de même, tout comme une majorité de leurs collègues LR. "On ne peut pas faire un texte qui cherche à plaire à tout le monde. En matière d'immigration, on a besoin de plus de fermeté. Un point c'est tout", a insisté le patron du groupe Les Républicains Olivier Marleix. 

Tout sourire, Marine Le Pen, elle, a joint le geste à la parole en faisant mine de pleurnicher comme pour mieux se moquer. "Nous avons protégé les Français d'un appel d'air migratoire supplémentaire", a-t-elle réagi, y voyant "un désaveu extrêmement puissant" pour le gouvernement. "Ça sent le bout du chemin", a de son côté souligné le leader des insoumis, Jean-Luc Mélenchon sur X (ex-Twitter). 

Élisabeth Borne réunit ses ministres à Matignon

Le gouvernement peut désormais choisir de laisser le texte poursuivre son parcours législatif au Sénat ou en commission mixte paritaire réunissant députés et sénateurs, à moins qu'il ne prenne la décision de l'abandonner. Selon le rapporteur, proche de Gérald Darmanin, le gouvernement décidera dans les 24 heures de ce qu'il fera. "Tout ce que je souhaite, c'est que le gouvernement poursuive (...) dans sa volonté d'apporter des réponses au problème de l'immigration", avait réagi de son côté le président du groupe Horizons Laurent Marcangeli, membre de la majorité. 

"Beaucoup de parlementaires qui depuis des mois et des mois demandent d'avoir un débat sur l'immigration viennent de se priver du débat", a pour sa part fustigé le ministre du Travail Olivier Dussopt lors d'un point presse.

Invité du 20H de TF1 ce lundi, le ministre de l'Intérieur a fait savoir qu'une réunion de crise se tiendrait dans la soirée à Matignon. "Le président de la République nous a demandé (avec Élisabeth Borne) de trouver une ligne de crête pour faire adopter des mesures fortes pour les Français", a-t-il expliqué, annonçant avoir présenté sa démission - refusée - à Emmanuel Macron après ce qu'il a lui-même qualifié d'"échec".  

C'est sans aucun doute la plus grave crise depuis les élections législatives de juin 2022.
Adrien Gindre, chef du service politique TF1/LCI

Selon l'analyse d'Adrien Gindre, chef du service politique TF1/LCI, "c'est sans aucun doute la plus grave crise depuis les élections législatives de juin 2022". "Le gouvernement s'est fait plusieurs fois des frayeurs, par exemple quand la motion de censure sur les retraites est passée à neuf voix près, sauf qu'à la fin la pièce était retombée du bon côté. Cette fois, elle est tombée du mauvais côté."

Loi immigration : un scénario catastrophe pour l'exécutifSource : TF1 Info

"Le gouvernement avait fait le pari d'être chanceux encore une fois ou que son travail paierait, mais Gérald Darmanin est dans une configuration qu'il n'avait pas anticipée et dans laquelle il n'a pas les clés", poursuit Adrien Gindre. "Ce n'est pas le gouvernement seul qui peut désormais décider de la suite. Il va devoir choisir une stratégie, à qui tendre la main. Ou alors, il va devoir choisir de faire le contraire de ce qu'il a toujours dit : recourir au 49.3 alors même que la Première ministre et le ministre de l'Intérieur ont dit qu'ils étaient prêts à perdre."

Pour Gérald Darmanin comme Élisabeth Borne, la pilule a de quoi être amère. D'autant plus que la défaite s'est jouée à cinq voix près. Soit précisément le nombre de députés Renaissance qui manquaient à l'appel dans l'hémicycle ce lundi. 


Virginie FAUROUX Reportage TF1 : Noé Gandillot

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