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Emmanuel Macron reproche à la Coordination rurale d'être liée au Rassemblement national, mais est-ce fondé ?

Publié le 26 février 2024 à 14h13, mis à jour le 26 février 2024 à 14h38

Source : TF1 Info

Après sa visite mouvementée au Salon de l'agriculture, le président de la République a mis la Coordination rurale à l'index.
Il a accusé le syndicat agricole "de servir le Rassemblement national" et de compter dans ses rangs des cadres "engagés de manière très officielle" au RN.
Sur quels éléments Emmanuel Macron se base-t-il pour affirmer cela, et dit-il vrai ?

Jamais un président de la République n'avait été aussi bousculé au cours d'une visite au Salon de l'agriculture. Samedi 24 février, les treize heures passées par Emmanuel Macron Porte de Versailles ont été mouvementées ; la faute selon lui à la Coordination rurale (CR), deuxième syndicat agricole derrière la FNSEA/Jeunes Agriculteurs. "Il y a des gens qui sont là avec un projet politique qui est de servir le Rassemblement national, de faire demain ou après-demain une haie d'honneur aux dirigeants du Rassemblement national et de mener une campagne politique", avait regretté le président visant directement l'organisation syndicale.

Emmanuel Macron avait également affirmé ne pas être dupe du fait que certains cadres de la "CR" étaient proches du RN. "Il y en a aussi dans d'autres, mais c'est le principal, qui avait très clairement assumé ça et qui est connu pour cela", avait-il lancé avant d'en rajouter une couche dans les colonnes du Figaro : "Un syndicat a fait le choix de ne pas appeler au calme : c'est la Coordination rurale", a-t-il déclaré, stigmatisant "des décideurs locaux de la Coordination rurale (...) engagés de manière très officielle au Rassemblement national".

"Je partage 80% des idées du FN"

Une accusation qui vise directement Serge Bousquet-Cassagne, à la tête de la Coordination rurale du Lot-et-Garonne et président de la chambre d’agriculture de ce département, dont le fils Etienne a été secrétaire départemental du Front national pendant six ans et candidat à des législatives partielles sous l'étiquette FN en 2013. Son père avait alors déclaré à Libération : "Je soutiens mon fils, car c'est mon fils. Mais je n'appartiens pas au FN". Toutefois, il ajoutait : "Comme tous les Français, je partage 80% des idées du FN." Plus récemment au Monde, il se disait "tenté par une candidature aux prochaines élections européennes" pour le parti d'extrême droite. D'ailleurs, selon plusieurs médias, le parti de Jordan Bardella chercherait effectivement activement à avoir sur sa liste un membre de ce syndicat pour le scrutin du 9 juin

Aujourd'hui, aucun des dirigeants de la CR n'est encarté au Rassemblement national. Le syndicat enjoint ses représentants à démissionner de leurs mandats représentatifs s'ils souhaitent s'engager dans un parti. Un fait confirmé au Parisien par Philippe Loiseau, ex-député européen et ex-conseiller de Marine Le Pen sur l’agriculture, qui avait adhéré à la Coordination rurale dès sa création en 1991. "Je ne suis resté que quelques mois. Le syndicat m’a demandé de choisir entre la politique et le militantisme syndical." Dans les rangs actuels du RN, le député Christophe Barthès, agriculteur, a été membre actif de la Coordination rurale dans l'Aude entre 2006 et son élection en 2022.

Si ce sont nos idées qui sont reprises, je ne vais pas aller dire qu'elles sont mauvaises quel que soit le parti qui les reprend
Véronique Le Floc'h, président de la Coordination rurale

Mais quelques accointances personnelles peuvent-elles mettre dans le même sac l'ensemble des membres d'un mouvement ? Dans ses accusations formulées ce week-end, Emmanuel Macron fait aussi certainement référence aux propos tenus par Véronique Le Floc'h en janvier. La présidente de la Coordination rurale avait affirmé auprès de Mediapart que "si tout le monde avait le même discours que [le Rassemblement national], on pourrait aller dans le bon sens". Aujourd'hui, elle tempère : "Si ce sont nos idées qui sont reprises, je ne vais pas aller dire qu'elles sont mauvaises quel que soit le parti qui les reprend"

Fin janvier à Libération, elle se voulait plus nuancée et donnait plus de précisions sur la ligne de son syndicat, qu'elle assure apolitique. "Notre position, c’est la défense des fermes familiales, qui nous conduit à être contre l’industrialisation de l’agriculture, et pour la préférence communautaire", expliquait-elle, estimant qu'en "s’opposant aux multinationales, la Coordination rurale est plutôt de gauche" mais que "notre position contre les accords de libre-échange, c’est plutôt la droite de la droite".

Des positions proches du RN sur l'écologie

En effet, c'est aussi sur la base de ses idées (et de ses actions) que la CR - qui n'avait donné aucune consigne de vote au second tour de la dernière élection présidentielle - est accusée de proximité avec le RN. Outre le refus des accords de libre-échange et de la PAC, c'est l'anti-écologisme parfois violent du syndicat qui le fait pencher à l'extrême droite. Aussi, la confusion est entretenue par le Rassemblement national lui-même, qui ces dernières semaines récupère à son compte certaines des revendications de la CR, par exemple "l'exception agriculturelle" ou de la suppression des droits de succession sur les transmissions. 

En conclusion, si la Coordination rurale et le Rassemblement national partagent des idées, des revendications, une opposition certaine au pouvoir en place en France et à la tête de l'Union européenne, et si certains cadres du syndicat se disent proches politiquement du parti de Jordan Bardella, structurellement parlant les deux mouvements n'ont pas de lien.

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Justine FAURE

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