TikTok : les "zones d'ombre" de l'appli dans le collimateur des sénateurs

Publié le 9 février 2023 à 16h43, mis à jour le 9 février 2023 à 17h13
JT Perso

Source : JT 13h WE

Une commission d'enquête sur "l'utilisation du réseau social TikTok, son exploitation des données, sa stratégie d'influence" va voir le jour au Sénat.
Objectif : dévoiler un certain nombre de "zones d'ombres" autour de ce réseau décrié.

Réseau social préféré des plus jeunes, TikTok a une réputation sulfureuse. Alors que les États-Unis viennent de prendre des mesures restrictives à son encontre et qu'il est particulièrement surveillé en Europe, des sénateurs veulent étudier ses dessous. À la demande de Claude Malhuret (Indépendants), la conférence des présidents a accepté mercredi 8 février la création d'une commission d'enquête sur "l'utilisation du réseau social TikTok, son exploitation des données, sa stratégie d'influence"

Elle sera composée de 19 sénateurs de tous bords, dont les noms seront connus le 1er mars, et pourrait se tenir jusqu'à l'été, a indiqué le sénateur de l'Allier ce jeudi lors d'une conférence de presse au Sénat. "Je ne me fais pas d'illusion, on ne va pas mettre à jour le fonctionnement des algorithmes des réseaux sociaux en général et TikTok en particulier", a-t-il expliqué. "Mais je voudrais avancer dans le démêlement des fils et essayer de dévoiler un certain nombre de zones d'ombres", a expliqué le sénateur.

Une société créée "au sein d'un Etat totalitaire dépourvu d'une justice indépendante"

S'il souhaite se pencher sur ce réseau en particulier, c'est parce que contrairement à Facebook, Snapchat ou Instagram, "gérées par des entreprises privées américaines, au sein d'une démocratie dotée d'une justice indépendante", TikTok a été créée par une société chinoise, ByteDance, "au sein d'un Etat totalitaire dépourvu d'une justice indépendante", décuplant "l'ampleur" des difficultés pour réguler et contrôler ces réseaux. "Je rappelle que la loi chinoise oblige les réseaux sociaux à coopérer avec les services de renseignement chinois", a insisté Claude Malhuret ce jeudi.

Dans le cadre de sa commission d'enquête, le sénateur compte interroger des salariés de TikTok France, des régulateurs, journalistes ou encore essayistes qui ont réfléchi à la question. "Mais nous n'aurons aucun pouvoir de coercition ou d'enquête sur ByteDance à Pékin. La compétence du Parlement français s'arrête aux frontières de la France", explique-t-il. 

Même si son but n'est pas d'aboutir au dépôt d'une ou plusieurs propositions de loi à l'issue de la commission d'enquête, Claude Malhuret n'en exclut pas totalement l'idée. Il pense notamment au fait de rendre responsable les plateformes numériques des contenus illicites qu'ils diffusent, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. Il avait déposé un amendement en ce sens en mars 2021 dans le cadre du projet de loi confortant le respect des principes de la République. 

Une application dans le collimateur des Etats-Unis et de l'Union européenne

Pour justifier la création de cette commission d'enquête, le sénateur de l'Allier a cité plusieurs problèmes récents survenus avec TikTok. Aux Etats-Unis, une loi vient d'interdire l'utilisation de la plateforme à la Chambre des représentants et au Sénat, ainsi que sur les appareils des fonctionnaires, au motif qu'elle serait un outil d'espionnage ou de propagande au service de Pékin. Plusieurs hauts responsables européens ont appelé, début janvier, le PDG du réseau social chinois Shou Zi Chew à respecter "entièrement" les règles de l'UE, concernant la protection des données et la lutte contre la désinformation.

En France, l'opacité de TikTok a été épinglée par l'autorité de régulation du numérique Arcom dans son rapport publié fin 2022 qui souligne que l'entreprise a "pris une place incroyable à une vitesse fulgurante", notamment auprès des jeunes ; et la Cnil l'a sanctionné pour un montant de 5 millions d’euros pour sa politique de cookies. 

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Le président de la République lui-même a eu l'occasion d'avertir sur le caractère addictif et trompeur de cette application, dont il s'est récemment fait bannir. Emmanuel Macron jugeait en décembre TikTok d'une "naïveté confondante" et dénonçait "une vraie addiction" des adolescents à ce réseau diffusant de la "propagande russe cachée".


Justine FAURE

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