"Une accumulation de frustrations" : pourquoi les députés Modem se sont rebellés ?

J.F.
Publié le 12 mai 2021 à 12h45
L'Assemblée nationale, en décembre 2020 (image d'illustration).

L'Assemblée nationale, en décembre 2020 (image d'illustration).

VIE PARLEMENTAIRE - Le refus des parlementaires MoDem de voter en l'état le projet de loi de sortie de l'état d'urgence sanitaire mardi soir a révélé les tensions qui existent entre le parti présidentiel et son allié de la majorité, qui ne se sent pas estimé et écouté.

Ce n’est pas un couac qui a forcé l’Assemblée nationale à voter deux fois mardi soir pour adopter l’article clé du projet de loi visant une sortie transitoire de l’état d’urgence et le pass sanitaire. Mais bien une rébellion des députés MoDem, alliés de la majorité. En début de soirée, ses élus ont refusé de voter pour l’article 1er, rejeté par 108 voix contre 103, forçant le Premier ministre à annoncer sur l’organisation d’une nouvelle délibération dans la soirée.

"On va trouver un accord avec la majorité" et "nous allons régler ce problème", a déclaré Jean Castex sur France 2, évoquant "un certain nombre d’élus de la majorité qui voulaient anticiper au 30 septembre" la fin du période transitoire de sortie de l’état d’urgence, plutôt qu’au 31 octobre. C’était en effet l’un des points de divergences entre LaREM et le MoDem. Mais pas l’unique. 

Le MoDem n'approuvait pas non plus que l'article premier du projet de loi permette au Premier ministre de continuer à prendre des mesures de couvre-feu jusqu’au 30 juin inclus, au sein d'une plage horaire comprise entre 21h et 6h heures maximum. Le MoDem souhaitait également clarifier le périmètre du pass sanitaire, mais ses amendements en ce sens n'ont pas été adoptés. Le rejet de ceux portés par Christophe Blancher ouvrant la voie à une réouverture des discothèques n'a pas été apprécié dans les rangs du parti, l'une des trois composantes de la majorité au Palais Bourbon. 

 "Il n'y a pas eu de dialogue et d'écoute" sur "les lignes rouges" du texte, au sein de la majorité, a expliqué Philippe Latombe (MoDem), soulignant l'unanimité de son groupe contre l'article 1er.

Une "accumulation de frustrations"

Ajoutez à cela le fait que la forme des débats les a particulièrement exaspérés. "On a eu un rapporteur absent qui lisait ses fiches et deux ministres au banc qui ont passé beaucoup de temps sur leurs portables", a taclé le MoDem Bruno Millienne, pointant du doigt une attitude désinvolte voire méprisante du ministre de la Santé Olivier Véran et du secrétaire d'Etat à la transition numérique Cédric O, lundi soir. Au point qu'une source parlementaire estime que le vote des alliés centristes n'est pas lié à une mesure précise du texte, mais à une "accumulation de frustrations" des élus MoDem dans la majorité.

Aussi, avant le second vote du texte mardi soir, les députés MoDem prévenaient que le gouvernement devait faire un pas vers eux s'il comptait sur leur soutien. Sous la pression des centristes, le gouvernement a finalement accepté d'écourter la période de transition pendant laquelle des restrictions de libertés restent à sa disposition face à la pandémie, du 2 juin à fin septembre, plutôt que fin octobre. Mais le pass sanitaire n'a pas été modifié. 

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Cela fait des semaines que les alliés de la majorité ont l'impression de ne plus être entendus et estimés. Alors que François Bayrou s'était prononcé pour un report des élections régionales à l'automne prochain, le gouvernement a choisi de les maintenir au mois de juin, les 20 et 27. Quant à la mise en place de la proportionnelle, elle ne fait pas partie des priorités de l'exécutif, malgré les rappels du chef du MoDem à appliquer cette promesse d'Emmanuel Macron avant 2022. "Macron fait comme s’il n’avait plus besoin de nous. Alors on va se rappeler à son bon souvenir. S’il est réélu en 2022 et s’il veut avoir derrière une majorité à l’Assemblée, il ne pourra pas l’obtenir sans nous", alerte un cadre du MoDem cité par Le Parisien

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