L'ombre des coupures de courant plane sur la France

Coupures d'électricité : entre alarmisme et relativisme, une semaine de cafouillages pour l'exécutif

par Justine FAURE
Publié le 7 décembre 2022 à 16h56
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

Depuis plus d'une semaine, le gouvernement prépare les Français à des coupures de courant en rappelant toutefois qu'elles ne sont pas inéluctables.
Emmanuel Macron a dû intervenir, mardi, pour rappeler ses ministres à l'ordre et mettre fin à une communication désordonnée et alarmiste.

Doit-on vraiment craindre des coupures d'électricité cet hiver ? Le gouvernement a-t-il été trop alarmiste ? Mardi, le chef de l'État a exprimé sa colère envers ceux qui alimentent "les scénarios de la peur", y compris ses ministres. Depuis une semaine, Elisabeth Borne et ses ministres alertent à tout va sur les conséquences que pourrait avoir une trop grande consommation d'énergie dans le futur. Ce mercredi, à l'issue du Conseil des ministres, le porte-parole du gouvernement Olivier Véran a tenté de tempérer en affirmant que l'exécutif n'était pas "en train d'annoncer aux Français qu'il y aurait des coupures cet hiver".

Pourtant, c'est Olivier Véran qui a été le premier à mettre une pièce dans la machine, le mardi 29 novembre lors du compte-rendu du Conseil des ministres. Il expliquait longuement qu'en cas de grand froid et de "hausse naturelle de la demande en électricité", "il se pourrait que (...) la production et la demande en électricité ne soient pas totalement alignées" et conduisent à des coupures. Il rappelait alors aux Français quelques gestes simples comme "éviter de faire tourner le lave-linge ou de décaler un peu l'allumage de la plaque de cuisson". Il révélait que Matignon avait élaboré un plan et écrit des consignes à destination des préfets, que les services de la Première ministre diffusaient aux journalistes deux jours plus tard.

Numéros d'urgence inaccessibles, écoles fermées...

Dans cette circulaire sur les "mesures de préparation et de gestion de crise en cas de survenue d'une mesure de délestage électrique programmé", on peut lire notamment que les numéros d'urgence ne seront pas accessibles en cas de délestage, que les transports en commun pourraient être perturbés ou encore que les personnes vulnérables devront se faire connaître et s'adapter. Ce même jour, le ministre de l'Education nationale Pap Ndiaye ajoutait qu'il "n'y aura pas d'école le matin" dans les zones qui subiront des coupures de courant programmées et ciblées, inquiétant les syndicats enseignants.

Mais le gouvernement continuait d'alterner entre préparation des esprits aux scénarios catastrophes et espoir que tout se passe bien. "Dans la situation où on aurait un hiver particulièrement froid donc particulièrement coûteux en énergie (...), il pourrait avoir des situations de tension sur la ligne électrique", indiquait Olivier Véran le jeudi 1er décembre sur BFMTV, en précisant "ne pas être en train d'annoncer aux Français qu'il y aura des coupures" et que le pays n'était pas "dans un film catastrophe". Difficile de s'y retrouver. 

Surtout, cette communication non groupée et plutôt désordonnée du gouvernement en a engendré d'autres, celles de tous les acteurs concernés ; hôpitaux, fournisseurs d'énergie ou groupes de télécommunications. Ainsi, Orange a alerté contre un possible impact sur l'accès aux numéros d'urgence, et ce lundi un porte-parole du fournisseur d'électricité Enedis, Laurent Méric, a affirmé que "les patients à haut risque vital", comme ceux disposant d'un respirateur, n'étaient pas jugés prioritaires et pourraient donc subir des délestages. La Première ministre Elisabeth Borne a dû réagir pour leur apporter une "garantie" de continuité des soins, assurant que les malades seraient "toujours pris en charge".

Macron siffle la fin des prises de parole intempestives

Aussi, Emmanuel Macron est intervenu mardi depuis l'Albanie pour siffler la fin des tergiversations et des prises de parole intempestives. "Ce débat est absurde. Le rôle des autorités publiques, des entreprises publiques, ce n'est pas de transférer la peur ni de gouverner par la peur. Le rôle du gouvernement, des ministres, des opérateurs, c'est de faire leur travail pour fournir de l'énergie, c'est tout ! Et ensuite c'est d'appeler chacun à la responsabilité pour qu'il y ait de la sobriété, c'est pas de commencer à faire peur aux gens avec des scénarios absurdes. Stop à tout ça !" "Je demande à chacun de faire son travail. Le travail du gouvernement c'est qu'il y ait une planification. (…) Les scénarios de la peur, pas pour moi", a-t-il ajouté, passablement énervé. 

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En communiquant trop sur le sujet - même en n'omettant jamais de rappeler que les coupures n'étaient pas "inéluctables" - le gouvernement a vu se produire l'effet inverse de ce qu'il escomptait : les coupures d'électricité apparaissent aujourd'hui inévitables. Aussi, alors que l'opposition n'avait pas fait des délestages un sujet d'attaque contre le gouvernement, elle a changé de stratégie. Mardi, Marine Le Pen (RN) a dénoncé "l'extraordinaire régression de notre pays" et la gauche n'a pas manqué de souligner la "responsabilité totale" d'Emmanuel Macron, estimant qu'il n'avait "pas fait le travail sur la sobriété, les rénovations énergétiques des bâtiments, les renouvelables"


Justine FAURE

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