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Débat du second tour : dette, industrie, école... Qui a dit vrai entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen ?

Les Vérificateurs
Publié le 21 avril 2022 à 8h41, mis à jour le 21 avril 2022 à 10h37
JT Perso

Source : Sujet TF1 Info

Tant dans leurs programmes que dans leurs analyses, Emmanuel Macron et Marine Le Pen affichent des divergences.
Lors du débat de l'entre-deux-tours, les deux candidats se sont opposés sur des sujets de fond à plusieurs reprises.
Dette, éducation ou encore réforme de la Constitution, l'équipe des Vérificateurs a passé au crible leurs déclarations.

Lorsque les échanges s'accélèrent et que les points de vue s'opposent, il est souvent difficile de savoir qui dit vrai. Lors du débat entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron, plusieurs sujets ont donné lieu à des accrochages. Les deux candidats se sont opposés, réfutant tour à tour les arguments du camp opposé. Les Vérificateurs ont suivi avec attention ces passes d'armes et vous proposent de faire le point sur les arguments des deux candidats.

Une opposition frontale sur la dette publique

Finalement, Emmanuel Macron ne mériterait pas son titre de "Mozart de la finance". Ironisant sur le surnom que certains avaient donné au président de la République au début de son mandat, Marine Le Pen a notamment taclé son "bilan économique" qu’elle a jugé "très mauvais". Pour preuve, la dette française laissée par le président sortant. Elle l’a accusé de laisser "600 milliards d'euros de dette"

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De fait, selon les chiffres de l'Insee, la dette publique s'élevait à 2.218,4 milliards d'euros fin 2017, contre 2.834,3 milliards d'euros au troisième trimestre 2021. Soit une hausse de 616 milliards d'euros en quatre ans. Une ardoise que le principal concerné "assume", arguant plusieurs fois qu’elle a servi à défendre le "quoi qu’il en coûte" pour préserver l'économie et l'emploi face à la pandémie. Un argument vite trouvé pour la candidate du Rassemblement national, soulignant que "deux tiers" de cette somme "n'ont rien à voir avec le Covid-19". Là aussi, la candidate est dans le vrai. La Cour des Comptes a effectivement évalué la "dette covid" de l'État à 165 milliards d'euros sur les 600 milliards. Soit près d’un tiers. 

Près de 15.000 emplois perdus dans l'industrie ?

Autre sujet de divergence entre les deux adversaires : l’industrie. Car pour la candidate du RN, son adversaire "ubérise" l’économie, quand il faudrait plutôt "faire des efforts sur l'industrie". Une critique qu’Emmanuel Macron a rejetée. "Vous avez perdu 14.500 emplois industriels sous le quinquennat", lui a-t-elle lancé. Ce à quoi le principal intéressé a répondu : "C’est faux, regardez les chiffres de l’Insee". 

C’est effectivement vers les données de l’institut chargé de la statistique qu’il faut se tourner. Et ces derniers contredisent les propos de la candidate du RN. La France, à l'arrivée au pouvoir du chef de l'État, comptait en effet 3.135.200 emplois salariés dans le secteur de l'industrie. Au 4e trimestre 2021, période la plus récente pour laquelle nous disposons de données, ce total a légèrement baissé pour atteindre 3.131.300 emplois salariés. La diminution n'est donc pas de 14.500 emplois, mais de 3.900.

Plus de classes fermées sans l'accord du maire ?

"J'ai mis fin à la fermeture des classes, sans l'accord du maire", a assuré Emmanuel Macron, faisant allusion à sa promesse faite aux maires ruraux en 2019. Une affirmation qui a provoqué une passe d’armes entre les deux candidats : "Ce n'est pas vrai, vous savez très bien que des classes ont continué à fermer, des écoles ont continué à fermer, vous le savez très bien", a accusé Marine Le Pen, en évoquant ces "millions de gens qui nous écoutent, qui savent qu'il y a une classe qui a fermé, dans l'école de leur petite ville ou de leur ville moyenne." "À chaque fois, il y a eu une consultation du maire, ce qui n'était jamais le cas avant et ça, c'est depuis 2019", a rétorqué à son tour Emmanuel Macron.

Alors, qui dit vrai ? En conclusion du Grand Débat, Emmanuel Macron s’était engagé devant les maires ruraux à ne plus fermer d’écoles rurales contre l’avis du maire concerné. Une promesse qui avait été cependant nuancée par Jean-Michel Blanquer, fin avril 2019. "Il n’y aura plus d’école qui ferme sans l’avis favorable du maire", avait alors confirmé le ministre de l’Éducation nationale, tout en nuançant que des classes pourraient continuer à fermer en fonction des besoins : "Pour les classes, c'est forcément différent. Personne, aucun ministre de l'Éducation ne pourrait vous dire qu'il n'y a jamais de fermetures de classes", et ce pour des raisons "d'équité territoriale". Pour plus de détails, nous avions à l’époque rapporté ces précisions faites par le ministre.  

Cet engagement vaut donc pour les écoles situées en milieu rural et pas forcément pour toutes les classes qui les composent, contrairement à ce qu’a laissé entendre Emmanuel Macron. En pratique, 334 écoles élémentaires ont fermé en 2019, 169 écoles en 2020 et 210 écoles en 2021, d’après les statistiques de l’Éducation nationale, qui ne précise pas les causes de leur fermeture, ni si elles étaient situées en zone rurale. 

Modifier la Constitution sans consulter les parlementaires ?

Marine Le Pen en a fait un argument phare de sa campagne : si elle est élue, elle aura régulièrement recours au référendum pour décider des orientations politiques du pays. Et la candidate du RN l'assure, il est possible de le faire pour modifier la Constitution. Emmanuel Macron lui a répondu avec assurance qu'une réforme constitutionnelle devrait obligatoirement passer par le Parlement. 

À qui se fier sur le sujet ? Il y a quelques jours, TF1info sollicitait Sophie de Cacqueray, maîtresse de conférences en droit public à l’université d’Aix-Marseille et codirectrice des études parlementaires et législatives. Elle rappelle que la procédure habituelle pour faire évoluer la Constitution "est décrite par l'article 89 de cette même Constitution". Le texte met en avant le fait que la version remaniée est soumise "au Parlement convoqué en Congrès", et que "le projet de révision n'est approuvé que s'il réunit la majorité des trois cinquièmes des suffrages exprimés". Il est toutefois envisageable, comme le souhaite Marine Le Pen, de solliciter le peuple directement.

Pour autant, cela ne signifie pas qu'il est possible de "zapper" une consultation des députés et sénateurs. L'article 89, toujours lui, prévoit que "le projet ou la proposition de révision doit être [...] voté par les deux assemblées en termes identiques" au préalable. Avant d'être présenté aux citoyens, un nouveau texte ne pourrait, en théorie, pas faire l'économie d'un passage devant l'Assemblée nationale et le Sénat. 

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Quid du contre-exemple avancé par Marine Le Pen, qui fait référence à une initiative du général de Gaulle en 1962 ? "À l'époque, il avait effectivement voulu réviser la Constitution pour pouvoir élire un chef de l'État au suffrage universel direct, mais il savait très bien que s'il passait par le Parlement, il n'aurait jamais le soutien des deux chambres", résume Sophie de Cacqueray. "Pour arriver à ses fins, il est donc passé par l'article 11 et pas par l'article 89." Cet article 11 fixe les conditions générales d'organisation des référendums et serait l'option privilégiée par la cheffe de file du RN. Problème : depuis 2000, le Conseil constitutionnel est systématiquement saisi avant tout référendum. Et la spécialiste estime que de nos jours, "la question semble réglée". 

En résumé, il apparaît plus qu'improbable que Marine Le Pen puisse envisager une réforme de la Constitution en tournant le dos aux députés et sénateurs. Pour en savoir plus, n'hésitez pas à lire notre article détaillé sur le sujet. 

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