Élection présidentielle 2022

"Président de l'inaction climatique", "diviseur de la France"… Passe d'armes entre Macron et l'opposition au Parlement européen

Idèr Nabili
Publié le 19 janvier 2022 à 17h36, mis à jour le 19 janvier 2022 à 22h53
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

DÉCLARATIONS - À l'issue de son discours devant les députés européens, le président de la République Emmanuel Macron a été lourdement interpellé par Yannick Jadot (EELV), Jordan Bardella (RN) et Manon Aubry (LFI). Avant de leur répondre très directement.

Il régnait comme un air de campagne présidentielle à la mi-journée au Parlement européen. Dans le cadre de la présidence française du Conseil de l'Union européenne, le chef de l'État Emmanuel Macron s'est rendu à Strasbourg pour s'exprimer devant les députés européens... Qui n'ont pas manqué de l'interpeller. Et en particulier ses opposants français.

Yannick Jadot, candidat EELV à l'élection présidentielle, a été le premier à aiguiser ses arguments. "Vous suivez la voie d'une alliance climaticide avec la Pologne et la Hongrie", a dénoncé l'écologiste, s'adressant directement à Emmanuel Macron. "Vous promouvez le gaz pour sauver un nucléaire condamné à la faillite. Vous sacrifiez l'ambition climatique de l'Europe. Vous resterez dans l'histoire le Président de l'inaction climatique", a taclé Yannick Jadot.

Parlement européen : Yannick Jadot face à Emmanuel MacronSource : TF1 Info
JT Perso

"Au fond, vous êtes un climato-arrangeant", a-t-il poursuivi (voir vidéo ci-dessus). "Vous préférez signer des armistices avec des lobbies plutôt que de mener la guerre contre le dérèglement climatique. [...] Cessez de tendre l'oreille aux théories fumeuses et nauséabondes du grand remplacement. Occupez-vous de la réalité scientifique du grand réchauffement", a conclu Yannick Jadot, dont le micro a été coupé pour cause de temps de parole dépassé.

Macron demande à Jadot de ne pas "nier" la mobilisation écologique de la France

"J'aurais voulu la mobilisation générale de tous les Européens quand, en 2018, la France a porté un agenda ambitieux sur le glyphosate", lui a répondu Emmanuel Macron. "Nous avions été peu suivis, y compris par des gouvernements où les forces politiques que vous représentez étaient aux responsabilités", a-t-il adressé à Yannick Jadot.

"Je me félicite que nous ayons tous adhéré en fin d'année dernière à la neutralité carbone", a poursuivi le chef de l'État. "Nous étions trois au début, y compris contre des gouvernements où il y avait les forces politiques que vous représentez", a-t-il indiqué, toujours en s'adressant au candidat écologiste. "Nous avons fini par convaincre tout le monde. La France a été aux avant-postes de cette stratégie. Vous ne pouvez pas le nier, parce que vous mentiriez."

"Il est vital que votre mandat reste unique", lance Bardella

Outre la question du climat, Emmanuel Macron a été interpellé sur la politique migratoire à l'occasion d'une diatribe du président du Rassemblement national, Jordan Bardella. "Vous et vos alliés avez fait de l'Europe l'arrière-cour de Washington, la proie de Pékin, le paillasson d'Erdogan, et l'hôtel de l'Afrique. Vous voulez déposséder les États et les peuples du dernier droit qu'il leur reste : celui de décider qui entre chez eux et qui doit en sortir", a déclaré le soutien de Marine Le Pen à l'élection présidentielle.

Au sein de l'institution européenne, le député RN n'a pas manqué d'évoquer la prochaine échéance électorale. "L'élection présidentielle ne décidera pas seulement du sort de la France, mais de celui de l'Europe entière", a estimé Jordan Bardella. "Vous aurez été jusqu'au bout le diviseur de la France. Vous vous êtes comporté comme un liquidateur à la tête de l'État français. Pour la France, mais aussi pour l'Europe, il est vital que votre mandat reste unique."

"Vous avez dit n'importe quoi", rétorque Macron

"Monsieur Bardella, je ne crois pas que les Français soient tristes", lui a rétorqué Emmanuel Macron. "Vous avez très méthodiquement dit n'importe quoi sur les textes européens que nous pouvions signer. L'esprit de méthode avec lequel vous l'avez fait mérite une forme de respect", a-t-il préféré ironiser. "Si, comme vous l'avez dit, nous avions signé un texte qui dessaisissait les États de leur souveraineté migratoire, nous ne serions pas en train de discuter un pacte migratoire : il serait déjà réglé par ce formidable accord secret. Sur ce sujet, nous avons toujours des compétences nationales."

En outre, la députée européenne de la France insoumise, Manon Aubry, a reproché à Emmanuel Macron de ne pas protéger "les gens dans la galère", au profit des "multinationales et des milliardaires". "Sur le fond, vous êtes le champion des compromissions et des doubles discours. Mais sur la forme, vous n'avez cessé d'être le président du mépris", a-t-elle fustigé.

Parlement européen : Manon Aubry face à Emmanuel MacronSource : TF1 Info
JT Perso

"Voilà qui résume l'essence de votre politique : aux travailleurs, aux précaires, aux activistes, les insultes et les coups ; aux profiteurs et aux pollueurs, les cadeaux et les mots doux", a-t-elle dénoncé devant le Parlement européen. "Chers collègues, vous avez en face de vous Docteur Emmanuel, mais Mister Macron, celui qui casse nos droits sociaux, réprime les mobilisations et n'a rien à faire de l'urgence climatique", a conclu Manon Aubry, reprochant au chef de l'État d'utiliser la présidence française de l'UE comme un "marchepied électoral".

Emmanuel Macron, qui ne s'est exprimé que sur les thématiques européennes, a pris Manon Aubry au mot. "Vous avez dit une chose qui est très juste, je vous cite : 'la présidence française de l'UE ne doit pas être un marchepied électoral'. Je pense que vous avez tout à fait raison", lui a-t-il répondu sous les applaudissements. "Donc, à plusieurs ici, vous avez eu raison de ne pas le faire", a ironisé le chef de l'État.

Les interventions des eurodéputés français n'ont pas fait que des heureux dans l'hémicycle européen. Yannick Jadot a notamment essuyé les critiques de ses propres alliés écologistes européens, certains dénonçant l'irruption de la campagne présidentielle française dans cette enceinte.


Idèr Nabili

Tout
TF1 Info