Emmanuel Macron n'a pas lâché de lest au sujet de la réforme des retraites, ce mercredi sur TF1.
Le chef de l'État a tenté de justifier l'importance du texte, tout en valorisant l'action du gouvernement.
Que ce soit sur l'emploi, l'évolution du Smic ou l'industrialisation de la France, notre équipe a vérifié ses déclarations.

Très attendue, l'intervention du président de la République ce mercredi 22 mars a été largement consacrée à la défense de la réforme des retraites. Sur l'antenne de TF1, Emmanuel Macron a avancé une série de chiffres et d'arguments en faveur du texte ou pour valoriser la politique de son gouvernement. Une interview que notre équipe des Vérificateurs a écouté avec attention. L'occasion de revenir sur plusieurs passages clés.

20 millions de retraités dans les années 2030 ?

Emmanuel Macron a tenté d’insister sur la nécessité de la réforme, qui se justifie selon lui en partie par la hausse progressive du nombre de retraités en France. "Au moment où je suis rentré dans la vie active, il y avait 10 millions de retraités. Il y en a aujourd'hui 17 millions, dans les années 2030 il y en aura 20 millions. Est-ce que vous pensez qu'on peut continuer avec les mêmes règles ?", a-t-il demandé.

Lorsque l’on s’interroge sur le nombre de bénéficiaires d’une pension à l’avenir, il ne faut pas se contenter des données démographiques relatives aux plus de 60 ou 65 ans. Dans ces classes d’âge, tout le monde ne peut en effet pas prétendre à toucher une retraite. C’est vers les travaux du Conseil d’orientation des retraites qu’il convient de se tourner. Le COR, afin de mesurer la soutenabilité du système actuel, a effectué des calculs dans son dernier rapport. Il propose des projections jusqu’à 2070 qui mettent en rapport le nombre des cotisants… et celui des retraités.

Les projections du COR portent jusqu'à 2070.
Les projections du COR portent jusqu'à 2070. - Rapport du COR, septembre 2022

Le graphique ci-dessus nous montre qu’à l’heure actuelle, on dénombre en France environ 17 millions de retraités. Si les hypothèses retenues par le COR sont justes, la barre des 20 millions sera atteinte à l'horizon 2036, ce qui va dans le sens des propos du chef de l’État qui évoquait en restant plus vague "les années 2030". Alors que le nombre de cotisants a tendance à décroître lentement jusqu’à 2070, celui des retraités doit quant à lui progresser, jusqu’à atteindre à cette période près de 23,8 millions. 

Chômage : un bilan très positif ou en trompe-l'œil ?

Pour le président de la République, le plein emploi se trouve "au cœur de la bataille". Il a tenu à rappeler une série de chiffres qu’il met au crédit de son gouvernement et de la majorité. "On est passé de 9% de chômage à 7% aujourd'hui", a-t-il lancé, soulignant que "les plus de 50 ans sont à 5% de taux de chômage, le plus bas depuis plus de 15 ans". En ce qui concerne "le taux de chômage des jeunes", il est au "plus bas depuis des décennies".

Alors qu’au sein de l’opposition, on décrit bien souvent une baisse en "trompe-l’œil", TF1info s’était penché il y a quelques semaines sur les chiffres en se focalisant sur ceux fournis par l’Insee, plus adaptés que ceux de Pôle emploi pour rendre compte de la situation à l’échelle du pays. "On a observé beaucoup de créations d’emplois depuis la crise, plus d'ailleurs que ne le laissait présager la croissance de l'activité", reconnaissait alors l’Insee. Le taux d'activité est "passé de 72,4% à 73% entre 2017 et 2021", et c’est chez les 50-64 qu'il a le plus progressé. Emmanuel Macron a ici largement profité de "la mise en œuvre des précédentes réformes des retraites qui allongeaient l'âge légal de départ à la retraite".

Dans le même temps, il faut souligner le rôle prépondérant joué par l’apprentissage : il concerne "un tiers des emplois créés depuis l’avant crise" et a connu au cours des dernières années un "boom inédit", dixit l’Insee. Soulignons en parallèle que la baisse du chômage ne s’est pas accompagnée d’une hausse des emplois précaires : c’est d’ailleurs l’inverse si l’on en croit les données officielles qui montrent que leur part recule.

Ce bilan positif reste toutefois à nuancer sur certains points précis. Le chômage des jeunes, bien qu’en recul par rapport aux décennies passées, avoisine tout de même les 18%. Quant à la situation des chômeurs, elle s’est dégradée des suites de la réforme de l’assurance chômage de 2019. Les critères nécessaires à satisfaire pour une ouverture de droits ont été rendus plus contraignants, tandis que le montant moyen des allocations a baissé.

Une hausse du Smic plus importante que l'inflation ?

Sur le terrain du pouvoir d’achat, Emmanuel Macron a insisté sur les aides mises en place et la hausse du Smic. "On a augmenté ces 18 derniers mois le Smic en France de 9,5%, plus que l’inflation", a-t-il garanti. Le salaire minimum a bel et bien augmenté ces derniers mois de manière automatique en raison de l’inflation. Le 1er janvier dernier, le Smic mensuel est ainsi passé à 1353 euros net pour 35 heures hebdomadaires, soit une hausse de 24 euros par rapport à la dernière hausse d’août 2022. Toujours en raison de la hausse des prix, le salaire minimum a progressé plus rapidement que les autres salaires, de 6,6% en 2022 et "de près de 10%" depuis janvier 2021, selon le ministère du Travail. 

Mais cette hausse est-elle plus conséquente que l’inflation galopante ? Oui, d’après la Dares. Graphiques à l’appui, le ministère a fait le point en février sur les effets de l’inflation sur la hausse des salaires et observe qu’"entre octobre 2021 et août 2022, le Smic augmente de 5,6 %, soit près de 2 points de plus. L’inflation atteint également 5,4 % sur la même période". Et cela "grâce aux mécanismes de revalorisation automatique qui assurent le pouvoir d’achat des personnes rémunérées au Smic". Mais seuls les salariés payés au salaire minimum ont connu, depuis octobre 2021, une évolution de leur rémunération à la hauteur de l’inflation, souligne bien le ministère du Travail. Selon le graphique ci-dessous, contrairement au Smic, les salaires des professions intermédiaires, des ouvriers, des cadres et des employés n’ont pas rattrapé la hausse des prix. 

Évolution du Smic, des salaires mensuels de base par catégorie socioprofessionnelle et de l’inflation depuis le 1er trimestre 2021
Évolution du Smic, des salaires mensuels de base par catégorie socioprofessionnelle et de l’inflation depuis le 1er trimestre 2021 - Dares

2 millions d'emplois industriels perdus en 30 ans ?

Prônant la réindustrialisation du pays, Emmanuel Macron a également critiqué le fait qu'en France, l'on ait "continué à dépenser et à moins produire". "Nous avons entre 1980 et 2010 détruit 2 millions d’emplois industriels et continué à dépenser", a assuré le président... ce qui est vrai selon l'Insee, comme TF1info le décryptait il y a un an déjà dans cet article

L’Institut national de la statistique est capable de remonter jusqu’à 1970 pour évaluer le nombre d’emplois salariés par secteur, d’après le nombre de personnes enregistrées par l’administration. Ses chiffres ont été cités en novembre 2020 par France Stratégie, dans un rapport remis à l’Assemblée nationale. Dedans, l’organisme rattaché au gouvernement souligne le fait que "depuis 1980, les branches industrielles ont perdu près de la moitié de leurs effectifs (2,2 millions d’emplois), et l’industrie ne représente plus, aujourd’hui, que 10,3 % du total des emplois". Cette perte d’emplois se concentre surtout sur 30 ans, avec 2,1 millions de salariés en moins de 1980 à 2010 dans l’industrie, contre 200.000 entre 2010 et 2020.

Vous souhaitez nous poser des questions ou nous soumettre une information qui ne vous paraît pas fiable ? N'hésitez pas à nous écrire à l'adresse lesverificateurs@tf1.fr. Retrouvez-nous également sous Twitter :  notre équipe y est présente derrière le compte @verif_TF1LCI.


Caroline QUEVRAIN & Thomas DESZPOT

Tout
TF1 Info