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"Mission Convaincre" : nous avons vérifié 4 chiffres avancés par Marine Le Pen

L'équipe des Vérificateurs
Publié le 17 février 2022 à 0h37, mis à jour le 17 février 2022 à 1h44
Mercredi 16 février, Marine Le Pen était l'invitée de notre nouveau rendez-vous. Marine Le Pen s'est prêtée à un exercice qui consistait à répondre à six personnes après avoir défendu son programme pendant une heure. Entrepreneur, retraitée, jeune ingénieur, elles ont été sélectionnées par l'institut Ifop, et composent un éventail représentatif de ces abstentionnistes toujours plus nombreux. Il lui fallait les convaincre.
Mercredi 16 février, Marine Le Pen était l'invitée de notre nouveau rendez-vous. Marine Le Pen s'est prêtée à un exercice qui consistait à répondre à six personnes après avoir défendu son programme pendant une heure. Entrepreneur, retraitée, jeune ingénieur, elles ont été sélectionnées par l'institut Ifop, et composent un éventail représentatif de ces abstentionnistes toujours plus nombreux. Il lui fallait les convaincre.

La candidate du Rassemblement national était l'invitée de "Mission Convaincre" ce mercredi sur LCI.
L'équipe des Vérificateurs a passé en revue les chiffres avancés durant l'émission.
Marine Le Pen a parfois utilisé des données trompeuses, sur le chômage des étrangers notamment.

Après Eric Zemmour et Valérie Pécresse, c'est Marine Le Pen qui a tenté de convaincre des citoyens abstentionnistes au cours de l'émission "Mission Convaincre". Une occasion également pour la députée du Rassemblement national de présenter son programme en vue de l'élection présidentielle. En coulisses, les journalistes des Vérificateurs ont écouté attentivement les échanges et se sont arrêtés sur plusieurs des chiffres avancés au cours de la soirée. Précis pour certains, trompeurs pour d'autres.  

4,5 milliards de subventions annuelles à l'éolien ?

Marine Le Pen ne plaide pas pour un développement des éoliennes. Ce serait "l'escroquerie du siècle" selon la candidate du RN, déplorant que les Français "paient 4.5 milliards d'euros de subventions sur leur facture par an".

La Commission de régulation de l'énergie (CRE) avance des données différentes. Elle a présenté un chiffrage du soutien global à l'éolien pour 2022 d'environ 1,35 milliard d'euros, qui inclut l'éolien terrestre et en mer. Soit environ trois fois moins que le montant mis en avant par la députée. 

Notons aussi que ces aides ne sont pas seulement financées par la seule "contribution au service public de l’électricité (CSPE)" présente sur chaque facture. La CRE notait que "depuis le 1er janvier 2016, (...) le financement du soutien aux énergies renouvelables est intégré au budget de l'État par l'intermédiaire du compte d'affectation spéciale (CAS) 'Transition énergétique'". Un compte "financé, depuis le 1er février 2017, par une partie des recettes des taxes intérieures de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) et le charbon (TICC)". 

Une dette publique à 600 milliards d’euros ?

Pour Marine Le Pen, Emmanuel Macron est en train d'"aggraver" la "situation budgétaire de la France". Et selon elle, l'excuse de l'épidémie de Covid-19 est un peu vite trouvée. "Vous considérez que les 600 milliards de dette pendant le quinquennat sont dus exclusivement au covid ?" a-t-elle lancé à destination des journalistes en plateau. Et à raison. Selon les chiffres de l'Insee, la dette publique s'élevait à 2.218,4 milliards d'euros fin 2017, contre 2.834,3 milliards d'euros au troisième trimestre 2021

Soit, une hausse de 616 milliards d'euros en quatre ans. Sur l'ensemble de la législature, soit cinq ans, le gouvernement l'estime même à "680 milliards", selon le dernier budget de l'Assemblée nationale. Un "triste record", pour reprendre l'expression du député LR Gilles Carrez. Et quid de l'impact du Covid-19 dans ces chiffres ? Comme l'a souligné la candidate, la Cour des Comptes a effectivement évalué la "dette covid" de l'État à "seulement" 165 milliards d'euros sur les 600 milliards. 

Un nombre de magistrats similaire à celui de 1900 ?

Une fois élue, il sera essentiel d'investir de manière significative dans le budget de la justice, estime Marine Le Pen. Elle illustre son propos avec une comparaison marquante : "On a quasiment le même nombre de magistrats qu'en 1900, quand on était 37 millions d'habitants", lance-t-elle.

Des données présentées par Jean-Claude Farcy - ancien chargé de recherche au CNRS et spécialiste de l'histoire de la justice de la France - montrent qu'en 1900, on recensait dans l'Hexagone 7 167 magistrats. Pour 2019, le site gouvernemental Vie Publique précise que "la France comptait (…) environ 8 600 magistrats de l'ordre judiciaire, dont 66% de femmes".

La population, quant à elle, est passée 40,7 millions d'habitants en 1900 à près de 67,5 millions aujourd'hui. Une augmentation 65.54%, tandis que le nombre de magistrats a pour sa part progressé de "seulement" 18,48%. Si Marine Le Pen livre de légères approximations quant au nombre d'habitants et de magistrats en 1900, elle souligne toutefois à raison que la population française a progressé dans des proportions bien supérieures à celles des juges et autres procureurs.

Non, il n’y a pas "40% d'étrangers au chômage"

Quant à l'immigration, les choses sont claires pour Marine Le Pen. "On ne peut plus prendre en charge tout le monde." D'autant que, d'après la candidate du Rassemblement national, "40% des étrangers" en France "sont au chômage". Sauf que les données de l'Insee lui donnent très clairement tort. Quand le taux de chômage en 2020 était de 7,5% chez les Français non-immigrés, il s'établissait à 6,9% chez les étrangers issus de l'Union européenne et à 15,9% chez les étrangers originaires d'Afrique. On est loin des 4 étrangers sur 10 au chômage. 

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