Le 13H

TÉMOIGNAGES - "Je me suis fait traiter d'assassin" : ces maires qui jettent l'écharpe

par M.G | Reportage TF1 Chloé Ebrel, Médéric Pirckher
Publié le 23 janvier 2023 à 18h45
JT Perso

Source : JT 13h Semaine

Ces dernières années, être maire est devenu de plus en plus complexe.
Plusieurs centaines d'élus ont fait le choix de la démission depuis les dernières élections municipales.
TF1 en a rencontré deux dans le Finistère.

Depuis les dernières élections, plus de 890 maires français ont renoncé prématurément à leur mandat, surtout dans les petits villages. Un chiffre considérable qui vient confirmer la tendance récente : la fonction de maire n'attire plus, et notamment à la campagne. En 2020 déjà, plus d'une centaine de communes s'étaient retrouvées sans candidat lors des municipales. TF1 a rencontré, dans le Finistère, deux de ces édiles lassés. 

Une fonction trop exigeante

C'est décidé. Jean-Pierre Miagoux (SE) quitte la maire de Tréogat. "C'est une certaine émotion de déposer cette écharpe qui représente beaucoup de choses". Loin d'être prise sur un coup de tête, c'est une décision mûrement réfléchie par le retraité. "Il faut être en forme (pour ce métier). Je dis métier parce que ça a basculé. Je pense que c'est (devenu) un métier", explique-t-il, mettant en avant l'investissement nécessaire et le côté chronophage du poste.

Depuis deux ans, il tenait les rênes de cette petite commune de 500 habitants. Mais son quotidien a fini par devenir trop difficile. Aux multiples réunions et épaisses piles de dossiers s'ajoutent les nombreux petits problèmes du quotidien. Mis bout à bout, ils empêchent toute forme de temps libre. "Ça m'est arrivé le dimanche de venir parce qu'il y avait une invasion dans l'école, qui ne devait pas avoir lieu. Ça peut être les vaches qui déambulent, le chien qui s'est fait écraser sur la départementale...". Avant lui, l'ancien maire de la commune avait déjà claqué la porte prématurément, au même titre que le premier adjoint. C'est donc un nouveau scrutin qui attend les Tréogatais. Et les candidats ne se bousculent pas. "Il faut beaucoup de courage", lâche l'une des habitantes. 

Depuis la fin du confinement, on en est au 30e protocole pour les écoles

Christine Zamuner

À quelques kilomètres de là, dans la petite commune de Loctudy, Christine Zamuner, ancienne maire (SE), a, elle aussi, démissionné après avoir tenu neuf ans à la tête de la mairie, avec beaucoup de passion. "À Loctudy, je connais tous les trottoirs, je connais toutes les maisons", souligne l'ex-élue. 

Flambée des prix de l'énergie, budgets toujours plus serrés et crise sanitaire ont eu raison de son engagement. "Depuis la fin du confinement, on en est au 30e protocole pour les écoles", fustige-t-elle au micro de TF1. Ce contexte tendu n'a fait qu'augmenter les tensions au sein de la commune. "Une dame (s'en est pris) physiquement à moi sur le parking de la mairie. Elle m'a dit 'je ferai quelque chose contre vous, vous avez rendu mes terrains inconstructibles, c'est votre faute'. De l'hystérie quoi", déplore-t-elle. "Je me suis fait traiter d'assassin aussi", ajoute-t-elle. 

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Ces deux exemples sont loin d'être isolés. De moins en moins de personnes sont disposées à rester disponible sept jours sur sept, 24 heures sur 24. Tout ça pour un salaire mensuel de quelques centaines d'euros dans les petites communes. 

Alors, comment faire pour arrêter l'hémorragie ? Représentant des maires du Finistère, Dominique Cap, a sa petite idée. "Un, il faut faire la formation des élus, aussi bien les maires que les adjoints. Deux, il faut revoir le statut des élus, et notamment leur rémunération. Et trois, il faut que sur le plan juridique, on protège les élus", détaille-t-il. Une triple priorité ambitieuse, mais dont la réalisation se révèle nécessaire à trois ans des prochaines élections. 


M.G | Reportage TF1 Chloé Ebrel, Médéric Pirckher

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