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"La nature est plus forte que nous" : les agriculteurs luttent désespérément contre le gel

Léa LUCAS
Publié le 8 avril 2021 à 18h07, mis à jour le 9 avril 2021 à 15h16
JT Perso

Source : JT 13h Semaine

DÉSESPOIR - Cela fait trois nuits que les agriculteurs se démènent pour protéger leurs cultures du gel. Mais le grand froid dans la nuit de mercredi 7 à jeudi 8 avril a été fatal pour plusieurs vergers de l'Ardèche et de la Drôme. Une première depuis 18 ans.

Ils se sont battus jusqu'à l'aube pour ne pas perdre en quelques heures le travail de toute une année. Les agriculteurs de la Drôme ont tenté dans la nuit du mercredi 7 au jeudi 8 avril d'arroser les vergers, d'allumer des bougies et d'embraser des feux de paille pour éviter la catastrophe, mais cela n'a pas suffi. Le thermomètre affichait toujours -4° ce jeudi matin. Problème, leurs arbres fruitiers ne peuvent résister à des températures au-dessous de zéro. 

"Il est tout boursoufflé, il devient tout rouge avec des petites piques", constate, désespéré, Quentin Malossane, un arboriculteur de Châteauneuf-sur-Isère (Drôme), en palpant un abricot entre ses doigts devant les caméras de TF1. "Il y avait 1000 abricots  par arbre, il en reste zéro." Pourtant, il avait déployé de nombreux efforts pour faire grimper la température de l'atmosphère. En vain. "Malgré 400 bougies sur plusieurs hectares, on est passé de -3 à seulement -2,5 degrés. En gros, on a rien gagné du tout", déplore-t-il.

Ce sont donc 60.000 euros d'investissement en bougies qui partent en fumée. "Le problème, c'est que la nature est plus forte que nous", lance-t-il. "On se soutient tous ensemble, avec mon père et mon oncle. On en chie tous les trois. Pour mon grand-père qui a lancé l'entreprise. Je ne veux pas la perdre..."

Or, les exploitants pourraient bien perdre jusqu'à un million d'euros, soit la totalité de leurs revenus de 2021."C'est dur. Pour toute la famille, c'est une nouvelle épreuve et... ça va être compliqué", s'inquiète une proche de Quentin, la gorge nouée. "On a suivi les conseils des gens qui nous ont vendu les bottes (de paille, ndlr) pour en mettre suffisamment à l'hectare, mais ça n'a pas marché", poursuit un autre membre de la famille. "On est vraiment dégouté, abattu." 

L'ampleur des dégâts mesurée dès la semaine prochaine

Pour l'heure, "il est encore trop tôt pour estimer l'ampleur exacte des dégâts dans la région même si on sait déjà qu'ils sont très gros. Nous en saurons plus en début de semaine prochaine. Les conséquences économiques risquent d'être importantes", explique Damien Colin, directeur général à la Chambre de l'agriculture de la Drôme, à LCI. Celui-ci s'attend à voir les 1.500 agriculteurs du territoire ébranlés ainsi que les 3.000 postes de saisonniers suspendus cette année. 

Seront-ils épargnés l'année prochaine pour rattraper ce retard ? Pas sûr, car ces épisodes de gel s'avèrent de plus en plus fréquents. Depuis cinq ans, ils se multiplient et gagnent en intensité. "Une réflexion adaptée aux évolutions climatiques est inéluctable", assure-t-il. "Nous devons repenser les espèces et les variétés de nos exploitations pour les années à venir." 

En attendant, ces arboriculteurs vont demander la reconnaissance de "calamité agricole" au Ministère de l'Agriculture dans les prochaines semaines. Objectif ? Obtenir des fonds de solidarité exceptionnels qui resteront cependant "insuffisants" selon Damien Colin. "Des entreprises ne passeront pas le cap", regrette-t-il, comme ce fut déjà le cas dans la région en 2003. 

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