Ardennes : la folle histoire du pont à 3 millions d’euros… qui ne mène nulle part

par Hamza HIZZIR | Reportage TF1 Guillaume Gruber, Morgane Doux
Publié le 16 février 2024 à 18h04

Source : JT 13h Semaine

Le pont de Warcq (Ardennes) ne mène, littéralement, à rien.
Depuis sa construction il y a sept ans, aucune voiture ne l'a jamais emprunté.
Un gaspillage d’argent public considérable.

"Ça fera une arche gallo-romaine." Certains habitants de Warcq (Ardennes) ont pris le parti d’en rire. D’autres, en revanche, se disent "écœurés". Tout le monde, en tout cas, s’est fait une raison. Le pont construit en 2017 au-dessus de la voie SNCF, sans aucune route de part et d’autre, n’aura jamais d’utilité. L’ouvrage ne mène à rien… Sauf à de considérables dépenses d’argent public, qui se cumulent aux trois millions d’euros d’investissement pour sa construction.

Comment en est-on arrivé là ? Retour en 2016. Le conseil départemental des Ardennes veut alors réduire le trafic de poids lourds dans Charleville-Mézières et conçoit un vaste projet de raccordement entre l’A304 et la nationale 43, à travers les communes de Belval, Damouzy et Warcq. Un projet reconnu d’utilité publique, dans un arrêté pris cette année-là par le préfet.

TF1

Le conseil départemental débute les travaux en 2017 par l’œuvre la plus complexe : la construction du pont en question. Suivent plusieurs recours judiciaires, notamment contre les expropriations nécessaires à la réalisation du programme autoroutier, qui conduiront le Conseil d’État à annuler la décision du préfet en 2021… Après la construction du pont, menée à son terme au nom de la déclaration d’utilité publique. Le contribuable a ainsi payé, en plus, les indemnités d’expropriation.

Ce n’est pas tout : comme le pont n’est pas opérationnel, 6000 véhicules passent encore quotidiennement dans le village de Warcq, ce qui a contraint la municipalité à de nombreux aménagements, tels des ralentisseurs ou des changements de signalisation. Cette année, une rue de la commune de 1000 habitants a été transformée en sens unique, pour 400.000 euros. 

"C’est énorme ! Les travaux entraînent d’autres travaux, et nous ne recevons aucune aide", déplore, au micro de TF1, Marie-Annick Pierquin, maire (SE) de Warcq. Le département des Ardennes, responsable de ce pont, n'a, de son côté, pas souhaité répondre à nos questions. Il a échappé, l’année dernière, à une dépense supplémentaire de 2,5 millions d’euros, que lui réclamait la société Urano pour rupture du marché de raccordement. Demande finalement rejetée par le tribunal administratif. Le conseil départemental avait déjà versé 347.000 euros à l’entreprise de BTP.


Hamza HIZZIR | Reportage TF1 Guillaume Gruber, Morgane Doux

Tout
TF1 Info