Des Normands en colère contre les contraintes qu'on leur impose pour protéger l'eau... des Parisiens

par Hamza HIZZIR | Reportage TF1 Lucas Barbier, Antoine Santos
Publié le 29 mars 2024 à 16h57

Source : JT 13h Semaine

Des efforts sont demandés à des Normands pour protéger l'eau potable des Parisiens.
Un restaurateur et des agriculteurs ne peuvent plus travailler comme ils le souhaitent.
Ils témoignent auprès de TF1.

Ils ont appris la nouvelle en ouvrant une enveloppe kraft. À l’intérieur, un document officiel annonçant une nouvelle réglementation, dite "d’utilité publique". Il s’agit de mesures de protection de l’eau coulant dans les environs. Plus précisément celle de l’Avre, rivière normande dont les autorités veulent préserver la pureté parce qu’elle alimente, via un aqueduc (voir l’infographie ci-dessous), les robinets… des habitants de la capitale, à hauteur de 15% des besoins des Parisiens.

Capture d'écran TF1

À Armentières-sur-Avre, dans le bocage à la frontière de l’Eure et de l’Eure-et-Loir, ces contraintes, aux conséquences très locales, passent mal. Le relais "Paris-Bretagne", restaurant routier posé sur le bord de la Nationale 12 en direction d’Alençon, par exemple, n’a désormais plus le droit d’exploiter l’une de ses deux aires de stationnement, à cause de sa trop grande proximité avec le cours d’eau qui passe en contre-bas. L'État craint des fuites d'hydrocarbures.

"Habituellement, on peut y mettre jusqu’à cinq camions, alors qu’en face on n’en met que deux. Avec cette fermeture, on risque de perdre 70% de chiffres d’affaires. Économiquement, ce n’est pas possible, tempête, au micro de TF1, dans le reportage visible en tête de cet article, le gérant, Éric Guillaumin. Ce qu’on ne comprend pas, c’est que, si c’est à cause d’une hypothétique pollution, à ce moment-là, autant fermer la Nationale. Parce que la pollution, elle est partout."

Capture d'écran TF1

Ce restaurateur n'est pas le seul concerné. Il suffit de suivre la rivière pour ensuite tomber sur William Triboy, agriculteur à qui on a imposé d'éloigner ses cultures, comme le montre la bande grise ci-dessus, placée sur une vue aérienne. "Il y a un cours d’eau le long de mon exploitation. Avec la nouvelle réglementation, j’ai dû semer 20 mètres d’herbe la semaine dernière, explique-t-il. Ces 20 mètres, je ne peux pas les exploiter, mais je dois les entretenir, à ma charge. Je perds 7% de terres labourables, ce qui représente environ un chiffre d’affaires de 10.000 euros par an."

De son côté, la compagnie des eaux se défend en affirmant que "la loi prévoit une indemnisation", dixit Isabelle Méhault, responsable de l'agence Avre à la direction de la ressource et de la production d’Eau de Paris. Quand sera-t-elle versée ? "Pour l’instant, c’est en discussion, mais ça devrait être décidé cette année", promet-elle enfin. Une manière de noyer le poisson ?


Hamza HIZZIR | Reportage TF1 Lucas Barbier, Antoine Santos

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