Perpignan : la très chère décoration du rond-point finit... à la poubelle

par Hamza HIZZIR | Reportage TF1 Aurélie Erhel, Emma Alonzo
Publié le 8 février 2024 à 11h59

Source : JT 13h Semaine

Un cadran solaire géant a coûté très cher à la métropole de Perpignan (Pyrénées-Orientales).
Plus de 400.000 euros, pour rien.
L'œuvre n'est plus en place aujourd'hui, et ne sera pas réinstallée.

Constituée d’un acier galvanisé dans une usine de Barcelone, l’œuvre d’art avait vocation à vivre 100 ans. Mais la flèche inclinée de 35 mètres et 35 tonnes, l’un des dix plus grands cadrans solaires du monde et le plus grand d’Europe, visible depuis l’espace selon son créateur, Marc André de Figuères, a disparu des radars cinq petites années après son installation, en 2014, sur un rond-point à la sortie nord de l’autoroute de Perpignan (Pyrénées-Orientales). Incendiée par des Gilets jaunes, elle avait été démontée dans la foulée. Et, quelques jours après le refus définitif de l’agglomération de la réinstaller, il ne reste plus qu’un chiffre, celui du coût de ce revirement aux contribuables : 450.000 euros.

Initialement, la métropole de Perpignan avait versé quelque 350.000 euros à l’artiste qui l’a conçue. "Un déplacement, c’est 10.000 euros, donc trois mouvements de la pièce, 30.000 euros", détaille auprès de TF1 cette figure catalane de l’art contemporain, dont l’œuvre repose à présent à plat, sur un terrain des services techniques, devant un entrepôt public. Outre ces frais de manutention et de grutage, la collectivité a dû verser, au bout de deux ans de procédure, 60.000 euros de dommages et intérêts à Marc André de Figuères, en plus des frais d’avocats et de déplacement des parties prenantes.

"C’est un gâchis financier, mais surtout un gâchis intellectuel, ajoute le concepteur dépité. On s’est aperçu après coup que l’œuvre d’art était assurée comme un mobilier urbain, et non pas comme une œuvre d’art, ce qui fait que l’assurance n’a remboursé que 60.000 euros à la métropole, sur les 450.000 qu’elle a coûtés. C’est une faute, parce que si la restauration avait eu lieu à ce moment-là, les travaux auraient été pris en charge par l’assurance." La semaine dernière, les élus n’ont pas voté les crédits nécessaires, par crainte que la flèche soit prise pour cible lors de nouvelles manifestations.

Dès le départ, ce cadran solaire géant avait suscité polémiques et incompréhension, des internautes l’ayant élu, peu après son installation, deuxième pire rond-point de France. Mais Jean-Paul Alduy, l’ancien président de l'agglomération, à l'origine du projet, assume ce qu’il considérait alors comme un investissement d’avenir, visible par les 35 millions d'automobilistes qui passent chaque année par ce rond-point : "C’était un investissement marketing, pour atténuer la mauvaise image de notre département, attirer les entreprises, développer l’économie touristique et la faire monter en gamme." Un luxe ?


Hamza HIZZIR | Reportage TF1 Aurélie Erhel, Emma Alonzo

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