Lors du débat d'entre-deux-tours, Marine Le Pen a évoqué le sort des "15.000 soignants licenciés" faute de vaccin.
Ce chiffre, qui se réfère à des suspensions, et non des licenciements, n'est plus d'actualité, et ne concerne pas que des soignants.
Le ministère, lui, indique ne pas disposer de données actualisées.

Depuis le 16 octobre dernier, il est nécessaire de présenter une preuve de vaccination pour travailler à l'hôpital ou au sein d'un Ehpad. Une mesure assumée par le gouvernement, mais que Marine Le Pen dénonce depuis des mois. Durant la campagne, elle a même affirmé à plusieurs reprises qu'elle reviendrait sur cette obligation vaccinale en arrivant à l'Élysée, une position confirmée durant le débat de mercredi 20 avril au soir.

Le personnel des hôpitaux ? "Vous n’avez pas fait preuve de beaucoup d’empathie à son égard", a lancé la candidate du RN à son adversaire "quand vous avez licencié 15.000 soignants. 15.000 soignants. Sans salaire, du jour au lendemain." Une présentation trompeuse de la situation.

Aucun licenciement

Avant de se pencher sur le nombre effectif de personnes concernées, soulignons un abus de langage de Marine Le Pen, qui évoque des licenciements faute de vaccination. Cela n'a jamais été à l'ordre du jour puisqu'il s'agit de suspensions, sans versement de salaire et qui peuvent être annulées à tout instant si les personnels visés présentent une preuve de vaccination ou de rétablissement.

La nuance est de taille, mais il ne s'agit pas du seul point sujet à caution. Le fait d'évoquer 15.000 "soignants" suspendus est là aussi trompeur : ce chiffre, communiqué par les autorités peu avant la mise en place effective de la mesure, portait sur l'ensemble des "personnels des établissements et services sanitaires et médico‑sociaux" concernés. Il ne s'agissait ainsi pas uniquement des soignants, puisque ces derniers représentaient plutôt un tiers du total, soit environ 5000 personnes. Notons enfin que ces 15.000 suspensions constituaient une évaluation sur la base de remontées partielles de la part des établissements de santé effectuées à l'automne. 7000 suspensions avaient été confirmées au ministère, ce dernier effectuant une extrapolation pour aboutir à environ 15.000 personnes à l'échelle de tout le pays. 

Qu'en est-il aujourd'hui ? Lors d'une audition devant le Sénat le 26 octobre, Olivier Véran expliquait que "les deux tiers des soignants suspendus faute de vaccination sont revenus au travail une fois vaccinés - métropole et outre-mer confondus", sans plus de précisions. Près de 6 mois plus tard, le ministère de la Santé n'est pas en mesure de fournir un chiffre actualisé : "Il n'existe pas de serveur informatique centralisé qui rassemblent les données de tous les services des ressources humaines au sein des établissements de santé", confie l'entourage du ministre. Pour disposer d'une mise à jour précise, "une enquête flash serait nécessaire, mais cela demande la mobilisation de moyens conséquents, dans une période où l'activité est déjà très dense". Pas une priorité, en somme. 

Surtout, il s'agit en quelque sort d'un "non-sujet" aux yeux du ministère, puisqu'une "écrasante majorité des personnels est favorable à la vaccination". Le vaccin contre le Covid-19 restera-t-il obligatoire dans le futur ? "Ces mesures ont été décidées de manière transitoire", confie-t-on à TF1info, "en raison d'une situation de crise". Un retour à la normale, peut-on en déduire, devrait conduire à la réintégration des personnels ayant été suspendus.

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Thomas DESZPOT

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