Lutte contre le Sida : "Le Covid nous a fait prendre un retard monstre en matière de dépistage"

Virginie Fauroux
Publié le 24 juin 2022 à 17h32
JT Perso

Source : Sujet TF1 Info

Après deux ans d’absence, Solidays revient ce vendredi pour trois jours de concerts... et de conférences sur le sida.
L'occasion de faire un bilan post-Covid avec Pauline Duverger, responsable de la prévention chez Solidarité Sida.
D'autant que l'association, qui a créé ce festival pour mobiliser contre la maladie, fête cette année ses 30 ans.

"Love is back". C’est le cri de ralliement que Solidays a lancé depuis plusieurs mois à ses fans pour que les allées de ce festival, restées désespérément vides durant deux ans à cause de la crise sanitaire, se remplissent à nouveau. L'événement débute ce vendredi sur l'hippodrome de Paris-Longchamp, à l'ouest de la capitale. Et pour ses 30 ans, Solidarité Sida, l'association qui a créé ce festival pour mobiliser contre la maladie, a vu les choses en grand. Côté scènes bien sûr (9 en tout), avec des invités de marque, comme Orelsan, Eddy de Pretto, M ou encore Black Eyed Peas. Mais aussi côté coulisses, avec la centaine d’associations du Village Solidarité et quelques belles surprises.

Car derrière les paillettes, Solidays n'est pas un festival de musiques comme les autres, puisqu'il permet de financer les nombreuses actions de prévention de Solidarité Sida. Pauline Duverger en est la responsable. Elle dresse un bilan en demi-teinte, notamment après deux ans de Covid qui ont mis à mal ce travail de sensibilisation.

En France, ce sont 24.000 personnes qui ignorent leur séropositivité

Pauline Duverger

Trente ans après, l’association Solidarité Sida se bat toujours contre la maladie, est-ce un aveu d'échec ?

Pauline Duverger : On existe toujours malheureusement puisque le sida existe toujours. Ce n'est pas forcément un échec, car il y a eu de nombreuses avancées en matière de prévention, d'accès aux soins et aux traitements au niveau mondial. Mais l'ambition, on l'espère, c'est que d'ici à 2030, la pandémie puisse s'arrêter. On en a les moyens grâce au dépistage et à la mise sous traitement. Donc pour nous, c'est un enjeu fondamental de diffuser des messages de prévention, mais aussi d'accès aux traitements, car on sait que dans de nombreux pays, c'est encore compliqué. 

Un facteur important freine la lutte contre l'épidémie, c'est le dépistage encore insuffisant. En France, combien de personnes séropositives ignorent-elles leur infection ?

En France, ce sont 24.000 personnes qui ignorent leur séropositivité. Ainsi, tout l'enjeu pour nous, associations, c'est de continuer à faire passer des messages de prévention, de dialoguer, d'informer, de faire réfléchir pour faire en sorte que les personnes se sentent concernées et qu'on puisse les informer si elles sont porteuses du VIH. L'enjeu du dépistage, c'est de permettre de proposer un traitement. En France, il est gratuit et accessible. Et dès lors qu'on le prend, les personnes atteignent une charge virale indétectable dans la majorité des cas. À ce moment-là, on ne peut plus transmettre le virus. C'est pour ça qu'aujourd'hui, on a les moyens de pouvoir stopper la pandémie. Si on arrive à dépister toutes les personnes séropositives et à leur donner accès à un traitement, il n'y aura plus de transmission, donc plus de circulation du virus. 

Baisse du dépistage du VIH de 14% en 2020

L'épidémie de Covid-19 ne vous a pas facilité la tâche ?

Cette crise sanitaire nous a fait prendre un retard monstre en matière de dépistage. Le Covid-19 a ralenti tous les progrès que l'on a pu faire, que ce soit en France ou au niveau mondial. Quand il y a une autre pandémie, il y a toujours un phénomène d'éviction, c'est-à-dire que les gens se focalisent sur une autre maladie. En 2020, selon les chiffres de Santé publique France, on a eu une chute de 14% des tests de dépistage du VIH, notamment lors des périodes de confinement, quand les gens n'avait plus la possibilité de se faire dépister et donc d'avoir accès aux soins en cas de résultat positif. Depuis, on n'a pas réussi à combler ce retard. Les gens qui avaient pris un risque sont ensuite restés chez eux et il n'y a pas eu derrière ces périodes de confinement un report du dépistage. 

Craignez-vous un rebond de l'épidémie à plus ou moins long terme, comme le pensent certains experts ?

Les spécialistes de la santé sexuelle sont un peu entre deux eaux. Au niveau mondial, certains experts estiment qu'on a pris un retard de dix ans par rapport au niveau qu'on avait en 2019. Beaucoup de fonds ont été alloués à la gestion du Covid. Concernant la France, il faut rester vigilant et renforcer les messages pour inciter les populations à aller se faire dépister, car il y a encore trop de dépistages tardifs. Mais certains disent aussi que pendant les périodes de confinement, il y a eu beaucoup moins d'activités sexuelles parce que les gens ne pouvaient pas se voir. De ce fait, peut-être que sur la dynamique épidémiologique, il y aura moins d'impact finalement. Mais aujourd'hui, on n'est pas encore capable de le dire puisqu'on attend les chiffres de 2021 et on les aura le 1er décembre 2022. 

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Le retour de Solidays après deux ans d'absence va une fois de plus jouer un rôle important ?

Le festival est notre premier outil de récolte de fonds. Cela nous permet de financer plus de 104 projets dans 27 pays. Déjà, tous les fonds récoltés grâce aux personnes qui ont acheté un pass vont directement dans la lutte contre le sida, que ce soit en France ou à l'international. Ensuite, une fois sur place, il y a tout un dispositif à destination des festivaliers. Sur tous les écrans géants, on a des messages de prévention. On va aussi distribuer 100.000 préservatifs sur le site grâce à notre partenaire Durex. On a par ailleurs un espace de conférences et de débat, le Social club, où on invite des militants et différents intervenants. Cette année, on a notamment la chroniqueuse Maïa Mazaurette qui va parler de santé sexuelle et la blogueuse Camille Aumont Carnel qui tient un discours décomplexé sur la sexualité et le corps féminin. Sans compter notre exposition de prévention de 350 m², Sex in the City. Un espace où on va parler de sexualité et de vie affective de manière positive et bienveillante. Alors que beaucoup pensent que le sida n'existe plus, c'est l'occasion après deux ans d'absence de fédérer à nouveau le public sur ces questions-là. Et de remettre la lutte contre le VIH au cœur des débats. 


Virginie Fauroux

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