30% des étudiants sont-ils aujourd'hui en dépression ?

Publié le 27 décembre 2021 à 17h33

Source : TF1 Info

SANTÉ MENTALE - Le député François Ruffin a récemment repartagé l'une de ses interventions à l'Assemblée nationale durant laquelle il soulignait la forte proportion de jeunes déclarant des symptômes dépressifs. Si les chiffres restent préoccupants, ils sont désormais moins élevés.

"Oui, je préférerais des jeunes qui prennent la rue plutôt que du Xanax !" Cette formule, on la doit au député de La France insoumise François Ruffin. Une intervention depuis l'Assemblée nationale que l'élu de la Somme a repartagé ce 27 décembre via ses réseaux sociaux. "30% des étudiants sont en dépression... Mais le gouvernement continue comme avant", a-t-il ajouté à son message, rappelant qu'en début d'année, il "se battait pour la réouverture des amphis".

À travers cette publication, le parlementaire souligne les conséquences importantes de l'épidémie sur la santé mentale de nombreux Français et pointe en particulier les difficultés rencontrées par les plus jeunes. Si les chiffres avancés étaient tout à fait justes en janvier dernier, il convient toutefois de les nuancer aujourd'hui. Les indicateurs, bien que toujours préoccupants, se sont en effet assez sensiblement améliorés.

Pour tenter de faire le point sur la santé mentale des étudiants, il est utile de s'intéresser aux chiffres avancés par François Ruffin. Il cite, à la tribune de l'Assemblée, une étude nationale de Santé publique France. Une référence explicite à CoviPrev, décrite par l'agence comme "une enquête pour suivre l’évolution des comportements et de la santé mentale pendant l'épidémie de COVID-19". Lancée depuis "le 23 mars 2020 [...] en population générale", elle permet d'observer "l’évolution des comportements (gestes barrières, confinement, consommation d’alcool et de tabac, alimentation et activité physique) et de la santé mentale (bien-être, troubles)" au sein de la population.

Divers objectifs sont poursuivis puisqu'il s'agit tout autant de "suivre l’adoption des mesures de protection et de la santé de la population pendant la période de confinement et de déconfinement", que de "recueillir les informations nécessaires à l’orientation et à l’ajustement des mesures de prévention". Enfin, les autorités souhaitent parvenir à "surveiller les inégalités de santé" ainsi qu'à "capitaliser des connaissances utiles à la gestion de futures pandémies". Toujours en cours, CoviPrev fait l'objet de remontées mensuelles d'infirmation, accessibles en ligne à tout un chacun.

En analysant les résultats, il est possible de se focaliser sur des tranches d'âge spécifiques. En l'occurrence, ici, les 18-24 ans, auxquels faisait référence le député en janvier dernier. Au moment de son intervention dans l'hémicycle, les dernières données mettaient en évidence le fait que 29% des jeunes présentaient des symptômes dépressifs. Des relevés qui coïncidaient avec le second confinement, synonyme d'isolement pour de nombreux étudiants. Les chiffres ont même empiré par la suite, avec un pic à 31,5% enregistré en février 2021. 

Pour autant, il faut observer que depuis lors, les indicateurs montrent une amélioration de la situation. Quand en juillet dernier, 15,8% des 18-24% présentaient des symptômes dépressifs, en nette diminution, la rentrée a été marquée par une hausse continue. Si bien que les derniers relevés, datant de début décembre, ont mis en évidence que 23,6% des jeunes étaient concernés. Il s'agit, aujourd'hui comme hier, de la classe d'âge la plus touchée, la prévalence de la dépression diminuant systématiquement avec l'âge.

Un indicateur fiable

Afin de parvenir à évaluer si une personne présente des symptômes dépressifs, les autorités de santé s'appuient sur un outil d'évaluation nommé "échelle HAD". La Haute autorité de Santé (HAS), explique qu'il s'agit d'un "instrument qui permet de dépister les troubles anxieux et dépressifs" et qu'il comporte "14 items cotés de 0 à 3". En pratique, celle échelle prend la forme d'un questionnaire, avec sept questions "qui se rapportent à l’anxiété" et "sept autres à la dimension dépressive". Un score final est alors calculé en fonction des réponses données. 

À l'assertion "Je prends plaisir aux mêmes choses qu’autrefois", les sondés peuvent ainsi répondre "Oui, tout autant", qui ne comptera pour aucun point, "Pas autant" pour 1, "Un peu seulement" pour 2 points, et "Presque plus" pour 3. La HAS glisse que "pour dépister des symptomatologies anxieuses et dépressives", une analyse normée est proposée pour chacun des scores. À "7 ou moins", les spécialistes concluent généralement à une "absence de symptomatologie". De "8 à 10" en revanche, un score est associé à une "symptomatologie douteuse". Enfin, pour un score de "11 et plus", il est fait référence à une "symptomatologie certaine". Les pourcentages utilisés par Santé publique France dans son étude CoviPrev font d'ailleurs uniquement référence aux personnes dont les symptômes sont attestés par un total supérieur ou égal à 11.

Des chiffres moins inquiétants qu'en janvier 2020, mais qui remontent

Les spécialistes, depuis l'arrivée du Covid-19, ont alerté sur les risques psychologiques associés à l'épidémie, souvent plus difficiles à percevoir. "La crise sanitaire a affecté de façon durable et importante la santé mentale de la population, en

particulier en termes de symptomatologie anxio-dépressive et de problèmes de sommeil", écrivait encore récemment Santé publique France. La santé mentale des Français, toutes classes d'âge confondues, demeure ainsi "préoccupante" aux yeux de l'agence.

En résumé, François Ruffin présentait des chiffres fiables lorsqu'en janvier dernier, il alertait les parlementaires sur la santé mentale des jeunes. Toutefois, le constat qu'il dressait à l'époque a évolué et les indicateurs se sont améliorés au fil des mois. Aujourd'hui, néanmoins, les chiffres traduisent une dynamique de dégradation, aboutissant à une augmentation des états dépressifs rencontrés par les 18-24 ans. Les niveaux observés demeurent toutefois inférieurs à ceux enregistrés lors de précédents pics de la crise sanitaire.

Vous souhaitez nous poser des questions ou nous soumettre une information qui ne vous paraît pas fiable ? N'hésitez pas à nous écrire à l'adresse lesverificateurs@tf1.fr. Retrouvez-nous également sur Twitter : @verif_TF1LCI.


Thomas DESZPOT

Tout
TF1 Info