Les "polluants éternels" représentent un risque important pour la santé.
Ces PFAS sont massivement présentes dans la vie courante, notamment dans les poêles en Teflon ou encore dans les emballages alimentaires.
Et une récente étude alerte : certaines de ces substances peuvent migrer directement dans les aliments que l'on consomme.

Elles sont décrites par certains experts comme "la plus grande menace chimique au 21e siècle". Les PFAS - ou "polluants éternels" - sont des substances largement utilisées par les industries pour leurs propriétés anti-adhésives et imperméables. En février dernier, une importante étude menée par 17 médias, dont Le Monde et le Guardian, avaient pointé leur présence sur 17.000 sites contaminés en Europe, dont 2100 à des niveaux dangereux pour la santé. 

Des polluants éternels qui pourraient également être présents directement dans notre assiette. Selon une étude publiée dans la revue Environnemental Science & Technologie Letters début mars, des chercheurs américains ont démontré que les PFAS pouvaient migrer dans les produits alimentaires et les solvants en une semaine. C'est la première fois que des scientifiques prouvent la contamination des aliments via d'autres matériaux fabriqués à l'aide de ces substances.

"Un risque d'exposition important"

En analysant de l'huile d'olive, du ketchup et de la mayonnaise restés en contact avec des récipients en plastique fluorés - fabriqués grâce à ces substances - durant sept jours, les chercheurs ont trouvé des traces de PFAS dans les aliments, montrant une contamination par ces substances dangereuses au bout de plusieurs jours. "Sur la base de la quantité trouvée dans les différents échantillons d’aliments, l’étude estime qu’une quantité suffisante de PFAS pourrait être ingérée par les aliments stockés dans les conteneurs pour constituer un risque d’exposition important", indique ainsi l’étude.

Si les récipients en plastique fluoré ne sont généralement pas destinés au stockage d'aliments mais plutôt aux solvants, "rien n'empêche de les utiliser pour la conservation de la nourriture à l'heure actuelle", préviennent les chercheurs américains dans un communiqué. "Non seulement nous savons que les produits chimiques migrent dans les substances qu'ils contiennent, mais les conteneurs eux-mêmes retournent dans l'environnement par l'intermédiaire des sites d'enfouissement. Les PFAS ne sont pas biodégradables. Ils ne disparaissent pas. Une fois que ces produits chimiques sont utilisés, ils s'infiltrent dans les eaux souterraines, dans nos systèmes biologiques et causent d'importants problèmes de santé", alerte encore Graham Peaslee, professeur de physique au département de physique et d’astronomie de Notre Dame et auteur de l’étude.

Les PFAS sont des composés chimiques invisibles, inodores et désormais omniprésents, mais dont la toxicité nourrit une inquiétude croissante. Derrière ce sigle PFAS se trouve une famille de substances de synthèses (plus de 4700 molécules), développées depuis les années 1940 pour résister à l'eau et à la chaleur. Quasi-indestructibles, d'où le nom de "polluants éternels", elles sont dotées de propriétés anti-adhésives et imperméables, sont massivement présentes dans la vie courante et jugées en partie incontournables par l'industrie.

Récemment, le papier toilette a été pointé comme une source inattendue et "potentiellement importante" de PFAS, avec la présence de "phosphates de polyfluoroalkyle disubstitués" - ou diPAP -, des composés qui peuvent se transformer en polluants éternels plus stables tels que l'acide perfluorooctanoïque, potentiellement cancérigène. 

Des données qui inquiètent alors que les effets sur la santé de ces substances sont importants : selon plusieurs études, elles jouent un rôle dans les cancers de la prostate, des reins et des testicules, sont impliquées dans l'apparition de maladies thyroïdiennes ou perturbent le développement des enfants. Elles provoquent également une hausse du taux de cholestérol, augmentent les risques d'obésité, interfèrent dans le système immunitaire et ont des effets sur la fertilité et le développement d'un fœtus. En Europe, le coût annuel pour la santé publique en raison de la contamination à ces polluants est estimé entre 52 et 84 milliards d'euros, selon un rapport norvégien.


Annick BERGER

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