Selon une étude de l'Inserm, publiée ce mercredi 24 avril, la consommation d'émulsifiants, des additifs qui améliorent la texture des aliments, augmenterait les risques de diabète de type 2.
Les résultats sont cependant nuancés par les chercheurs, qui attendent de mener d'autres études pour les confirmer.

"La consommation de certains additifs alimentaires émulsifiants serait associée à un risque accru de diabète de type 2", affirme dans un communiqué l’Institut français de la santé et de la recherche médicale (Inserm) qui a contribué à cette étude, avec des chercheurs et chercheuses de l'Inrae, de l'université Paris Cité ou encore du Cnam, et parue dans la revue Lancet Diabetes & Endocrinology

Les émulsifiants sont parmi les additifs les plus fréquemment utilisés par l’industrie agroalimentaire. Leur usage vise à améliorer l'apparence, le goût et la texture des produits tout en prolongeant leur durée de conservation. Ils sont souvent ajoutés aux aliments industriels transformés et emballés tels que certaines pâtisseries, gâteaux et desserts, yaourts, glaces, barres chocolatées, pains industriels, biscottes, margarines et plats préparés… 

Ces additifs se retrouvent dans la liste des ingrédients sur les emballages, carraghénanes, phosphate tripotassique, gomme guar, citrate de sodium, des noms parfois remplacés par leur sigle E407, E340, E412 ou E331. En Europe et en Amérique du Nord, 30 à 60 % de l’apport énergétique alimentaire des adultes provient d’aliments ultra-transformés. 

Pour la première fois au niveau international, les chercheurs se sont intéressés "aux relations entre les apports alimentaires en émulsifiants, cumulés sur un suivi maximal de 14 ans entre 2009 et 2023, et le risque de développer un diabète de type 2", indique le communiqué. Ils ont analysé les données de santé de 104.139 adultes participant à l'étude de cohorte NutriNet-Santé. L'âge moyen de ces adultes est de 43 ans, dont 79 % de femmes. Les participants ont renseigné en ligne tous les aliments et boissons consommés et leur marque, sur au moins deux journées et ils étaient réinterrogés tous les six mois. Au cours du suivi, les participants ont déclaré la survenue de diabète (1056 cas diagnostiqués), et les déclarations ont été validées grâce à une stratégie multisources (incluant la déclaration et le remboursement d’antidiabétiques).

"D'autres investigations sont désormais nécessaires"

Selon le communiqué, certaines recherches récentes suggèrent que les émulsifiants pourraient perturber le microbiote intestinal et augmenter le risque d’inflammation et de perturbation métabolique, pouvant entraîner une résistance à l’insuline et la survenue du diabète.

"Cette étude constitue une première exploration de ces relations mais d'autres investigations sont désormais nécessaires pour établir des liens de causalité", tempère l'étude. Les chercheurs ont évoqué plusieurs limites de leur étude, telles que la prédominance des femmes dans l’échantillon, un niveau d'éducation plus élevé que la population générale, ainsi que des comportements généralement plus favorables à la santé parmi les participants. Il s’agit donc d’être prudents quant à la généralisation des conclusions à l’ensemble de la population française.

Pour autant, ces résultats "donnent des éléments clés pour enrichir le débat sur la réévaluation de la réglementation relative à l’utilisation des additifs dans l’industrie alimentaire, afin de mieux protéger les consommateurs", expliquent Mathilde Touvier, directrice de recherche à l’Inserm, et Bernard Srour, professeur junior à INRAE, principaux auteurs de l’étude. Parmi les prochaines étapes, l’équipe de recherche va s’intéresser aux impacts sur la santé des mélanges d’additifs et de leurs potentiels "effets cocktails".


Emma FORTON

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