Après les députés, le Sénat a voté à son tour, en première lecture, un texte qui suscite la vive opposition des médecins.
Il prévoit d'assouplir l'accès des patients à certains professionnels de santé, dont les kinés, sans avoir de prescription.
C'est-à-dire sans avoir à respecter le parcours de soins.

Sera-t-il bientôt possible de se rendre chez le kiné sans passer par le médecin ? Une proposition de loi en ce sens, adoptée en janvier par les députés, a été votée par le Sénat mardi soir. Porté par la députée Renaissance et rhumatologue Stéphanie Rist, elle prévoit d'ouvrir "l'accès direct" des patients aux kinésithérapeutes, mais aussi aux orthophonistes et aux infirmiers en pratique avancée. Ces derniers seraient autorisés à prescrire certains soins et médicaments. 

"Désengorger le système médical"

Cette nouvelle ravit Émilie, que le JT de 13H a rencontrée. Car avec son métier de danseuse, elle doit se rendre chez le kiné plusieurs fois par mois. Or, avant chaque rendez-vous, le passage chez un généraliste est obligatoire pour obtenir une ordonnance, une étape qu'elle aimerait pourtant éviter : "Ça me permettrait de ne pas avoir de rupture dans mes soins et de gagner du temps. L'ordonnance, je dois la renouveler à peu près tous les trois mois, ce qui me demande à chaque fois de repasser chez le médecin et de tout recommencer", dit-elle dans la vidéo en tête de cet article. 

Pour Julien Trabucco, kinésithérapeute à Baillargues (Hérault), c'est une première réponse aux déserts médicaux. "Ça permettrait de désengorger un peu le système médical et un meilleur accès aux soins des patients puisqu'on est capables de recevoir des gens qui ont des lumbagos. Ça fait partie du quotidien des kinés, sans bien sûr abroger le rôle des médecins ou des autres professionnels", assure-t-il.

Trop dangereux, estiment les médecins

Pour autant, les médecins, eux, voient d'un mauvais œil ce projet. C'est le cas du Dr Robert Le Stum, médecin généraliste. Selon lui, ce serait trop dangereux, car "ils ne sont pas du tout formés pour faire un diagnostic". "Quand il s'agit de mettre un traitement, il s'agit de savoir si le patient a des antécédents et je pense que le kiné n'est pas à même de tout savoir", ajoute-t-il.

Quant aux organisations de médecins, elles dénoncent un contournement des prérogatives des praticiens libéraux, alors que ceux-ci renégocient jusqu'à fin février la convention les liant à l'Assurance maladie. Déjà en grève contre "l'abandon de la médecine de ville", les généralistes sont prêts à se mobiliser en cas d'adoption du texte, selon leur premier syndicat, MG France. 

Les sénateurs ont donné leur feu vert à ces dispositions, mais en les encadrant, de sorte à "garantir la sécurité des soins" et "conserver le rôle central du médecin dans la coordination et le suivi des patients". Députés et sénateurs vont maintenant tenter de s'accorder sur un texte commun en commission mixte paritaire.


V. F Reportage vidéo : Lise Cloix, A. Delabre

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