Animaux de compagnie

Comprendre le comportement du chien pour mieux communiquer avec lui

Geoffrey Lopes
Publié le 28 septembre 2022 à 9h00
JT Perso

Source : JT 13h Semaine

Le chien n’appréhende pas l’environnement de la même manière que l’humain.
Sensible aux gestes et aux intonations, votre ami à quatre pattes vous demande d’apprendre à le comprendre avant de le contraindre.

"Ce chien, il ne lui manque que la parole." Souvent prononcée avec beaucoup d’admiration, cette phrase n’a pas beaucoup de sens pour nos compagnons à quatre pattes. Les chiens n’appréhendent pas le monde comme les humains. Même si nous les domestiquons depuis près de 15 000 ans, que nous parvenons dans certains cas à en faire des chiens de chasse, d’assistance pour les personnes handicapées ou de sauvetage, ils restent parfaitement incapables de verbaliser. En réalité, ils ne comprennent même pas ces mots : il s’agit pour eux de sons qui prennent un sens grâce aux tonalités et à l’apprentissage de quelques phonèmes. Les chiens associent des sons à des choses ou des actions. Si des chercheurs américains ont quotidiennement entraîné pendant plusieurs années un border collie à reconnaître un millier de mots, les chiens n’en retiennent au mieux qu’une centaine.

En l’occurrence, pour se faire comprendre, un maître doit moins insister sur les mots qu’il prononce qu’en parlant à ses enfants par exemple. Il faut travailler sur un mode de communication alternatif accessible au chien et observer ses réactions lorsque vous lui transmettez des messages.

Comprendre les signaux du chien

Les chiens s’attachent aux postures de leurs congénères et aux gestes ou attitudes des humains qui les entourent. Leur centre de gravité, bien plus bas, les amène à privilégier l’odorat et la vue. Ils observent beaucoup et s’adaptent facilement à leur environnement. S’ils ne parlent pas, tout leur corps s’exprime : le frétillement de la queue, le regard vif, les babines levées ou les oreilles basses. Eléonore Buffet, comportementaliste pour chiens et codirectrice du centre de formation Animal University, conseille aux maîtres de considérer l’ensemble des mouvements pour en comprendre le message : "Vous ne pouvez pas isoler un seul comportement. Vous risqueriez de faire un raccourci et mal interpréter ce que cherche à vous dire votre chien. Remuer la queue peut signifier qu’il est content, hérisser le poil peut lancer un appel au jeu à un autre chien. C’est surtout pour lui un moyen de rester en éveil. En lui-même, ce frétillement n’a aucune valeur émotionnelle."

La vétérinaire Colette Arpaillange-Vivier, auteure du livre "L’Éducation positive du chiot" renchérit : "Il faut s’adapter à son univers sensoriel. Vous devez maîtriser le fonctionnement social du chien pour comprendre le message qu’il essaie de passer." Ses postures n’ont rien d’anodin. S’il détourne la tête, s’assoit ou se lèche le nez, par exemple, ça signifie peut-être qu’il ne comprend pas ce que vous lui demandez. Si vous vous attelez à lui apprendre quelque chose, ne gagez pas qu’il se moque de vous ou qu’il vous défie. Hausser le ton risquerait de braquer le chien et d’annuler tout le travail que vous venez d’entreprendre avec lui. Apaisez-le, changer d’activité ou demandez-lui quelque chose simple qu’il maîtrise. Sinon, le chien aura tendance à baisser les oreilles et mettre son museau au sol pour se rassurer.

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La truffe pour s’informer et se guider

Pour les chiens, les odeurs valent de l’or. La communication chimique ou olfactive reste le meilleur moyen de comprendre leur environnement. Le goût, l’odorat et les phéromones, notamment présents autour de la gueule ou des zones génitales, leur permettent d’échanger entre chiens. Les coussinets des quatre pattes de nos compagnons sécrètent également ces phéromones. Ils ont d’ailleurs tendance à gratter le sol après avoir fait leurs besoins. Il s’agit pour eux de raconter une anecdote aux chiens qui passeront plus tard sur ce même chemin.

Les chiens sollicitent ces zones lorsqu’ils rencontrent un congénère en se léchant le museau ou en se reniflant l’arrière-train. Ces politesses permettent aux chiens de glaner de nombreux renseignements sur le statut de l’inconnu et son état émotionnel. Il faut respecter cette phase de reconnaissance sans trop intervenir. Plus gênant, ils peuvent parfois répéter ces comportements avec les humains en reniflant le pantalon de vos amis que vous invitez chez vous à dîner. Pas de quoi inquiéter Eléonore Buffet : "Il convient de permettre aux chiens d’exprimer les comportements qui correspondent à son espèce. Renifler des vêtements fait partie de la panoplie d’un comportement normal. À vous de trouver un juste équilibre avec votre chien pour optimiser la qualité de vie de chacun." L’en empêcher le frustrerait peut-être trop. Il pourrait être amené à développer d’autres comportements pour compenser.

Gestes et intonations

Lorsque vous souhaitez faire passer un message à votre chien, pensez à vos gestes et à votre intonation. Si vous désirez le renvoyer à son panier, par exemple, montrez son dodo du doigt, employez un mot court, toujours le même et l’accentuer vers l’aigu comme un encouragement. "Les chiens comprennent que vous montrez une direction ou un objet et non votre doigt. Il faut vraiment faire un geste grossier, avec les bras par exemple, en synchronisant le regard dans la même direction", décrit Eléonore Buffet. Dans les faits, si vous leur dites "on va se promener", ils finissent par le comprendre si vous l’exprimez toujours sous forme de babillage bienveillant, rapide et aigu.

N’oublions pas les sonorisations. Les aboiements leur servent de porte-voix. Il s’agit pour eux de communiquer à longue distance pour coordonner une chasse en groupe, signaler un danger aux autres ou appuyer une posture spécifique à l’instar d’une invitation au jeu ou d’un grognement de menace. Les chiens manifestent par ces bruits un comportement de meute. Attention, si votre toutou vous aboie dessus : vous pourriez avoir affaire à une demande d’attention, un appel à l’aide ou un trouble éventuel chez votre chien (comportement, douleur, etc.).

Gare aux premiers contacts

Les chiens s’intéressent moins au tactile. Chiots, ils lèchent beaucoup, mordillent souvent et se frottent. Adultes, ils se laissent davantage porter par l’humain. "Les chiens se laissent caresser, mais en réalité, ils le tolèrent souvent sans plaisir", explique Eléonore Buffet. Il faut donc rester prudent et observer le chien. Tout dépend de son tempérament, il peut très bien se coucher sur le dos de lui-même et attendre vos caresses. Si l’envie vous dévore de toucher un chien inconnu, la comportementaliste préconise de préférer le flanc et le dos à la tête et au cou, plus sensibles. "S’il est manipulé avec bienveillance et qu’il rencontre du monde depuis qu’il est petit, il devrait apprécier", tempère la spécialiste.

Enfin, si lors d’une première rencontre avec un chien vous exprimer de la tension, de la peur ou du rejet, l’animal le détectera immédiatement. Ces signaux involontaires peuvent le faire réagir ou l’angoisser tout autant. Eléonore Buffet rappelle que les risques de morsures existent toujours. Les études, peu précises, font état de "plusieurs milliers d’hospitalisations après des morsures de chiens par an en France." Elles arrivent souvent dans la sphère privée après un défaut de compréhension avec le chien. Elles touchent principalement les enfants. Pour Eléonore Buffet, aucune fatalité : "Nous devons les sensibiliser à la communication avec les chiens. Un enfant doit rester en sécurité face à un chien pas disposé ou mal à l’aise, par exemple. Nous pourrions éviter beaucoup d’accidents."


Geoffrey Lopes

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