"On manque de tout" : pourquoi les pénuries de médicaments s'aggravent

Annick Berger
Publié le 23 novembre 2022 à 16h26
JT Perso

Source : JT 13h Semaine

Depuis plusieurs semaines, les autorités sanitaires constatent des difficultés d'approvisionnement pour de multiples traitements.
Selon l'Union de syndicats des pharmaciens d’officine, le "nombre de médicaments en rupture est énorme".
Depuis plusieurs années, les ONG et professionnels du secteur tirent la sonnette d'alarme.

"On manque de tout". Le constat de Pierre-Olivier Variot, président de l'Union de syndicats des pharmaciens d’officine (USPO), est sans appel. En France, "le nombre de médicaments en rupture est énorme", alerte le pharmacien alors que les commerces peinent à délivrer des traitements pourtant essentiels comme l'amoxicilline, un antibiotique largement prescrit chez les enfants pour lutter contre une série d'infections bactériennes comme certaines otites et pneumonies.

Dans les rayons des pharmacies, le paracétamol manque également à l'appel, tout comme "des antihypertenseurs, des antidiabétiques ou des anticancéreux", détaille Pierre-Olivier Variot. Un phénomène loin de se limiter à la France puisqu'il frappe la plupart des pays européens ainsi que les États-Unis et le Canada.

La mondialisation pointée du doigt

Cette situation s'explique par plusieurs facteurs. De façon globale, "il y a une augmentation de la demande par rapport à la fabrication", explique le président de l'USPO. "Ce problème explique, par exemple, les ruptures de paracétamol alors que la demande a fortement augmenté et que la production ne suit plus", précise le pharmacien. Un constat partagé par l'Agence publique du médicament (ANSM), qui a estimé, le 18 novembre dernier, que "les stocks n'ont pas été à la hauteur habituelle" et que les "lignes de production doivent être relancées". 

La mondialisation est également pointée du doigt. Alors que la plupart des usines de fabrication se situent en Asie, en cas de problème sur la chaîne de production, "le risque de rupture est d'emblée très élevé" pour les pays importateurs, détaillait le Leem, principal lobby français du secteur pharmaceutique, en 2019. Autre explication : faute de modèle économique pour certains traitements, comme les antibiotiques, souvent déjà vendus sous forme générique, les gros laboratoires ont tendance à délaisser des maladies ou à négliger des marchés en développement.

La France pâtit par ailleurs d'une autre donnée qui la pénalise sur le front de l'approvisionnement : "La France est le pays où le médicament est le moins cher d'Europe, vous avez donc des industriels qui vont fabriquer des médicaments et quand ils fabriquent 100 boîtes qui sont destinées au marché français, peut-être qu’ils préfèrent n'en vendre que 80 à la France et 20 ailleurs où le pays va les payer plus cher comme l’Espagne, l’Allemagne ou l’Italie", souligne Pierre-Olivier Variot.

"Rapatrier" les industries

Des difficultés qui sont loin d'être récentes, mais la situation semble empirer cette année, notamment en France. "En 2021, 900 ruptures d'approvisionnement avaient été signalées sur toute l'année. Là, on est à 600 sur un semestre, il y a donc clairement une aggravation de la situation", a souligné ce week-end, dans Ouest France, Thomas Borel, directeur scientifique du Leem. De son côté, le groupement d'intérêt économique (GIE) Gers, qui fournit des données exhaustives sur l'approvisionnement des pharmacies et des hôpitaux de France en médicament, estime que le taux de "tension" - c'est-à-dire l'incapacité d'une pharmacie à s'approvisionner pendant au moins une semaine - est passé de 6,5% du nombre de références de médicament en janvier à 12,5% mi-août.

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Face à cette situation, la nécessité d'une relocalisation de la production fait relativement consensus dans les discours du gouvernement aux industriels en passant par les analystes. Son ampleur reste toutefois discutée alors que les autorités ont assuré que les pénuries de médicaments seraient réglées "dans les semaines, les mois qui viennent". 

Dimanche 20 novembre, sur LCI, le ministre de la Santé, François Braun, a admis des "tensions sur nos stocks de médicaments" avant d'avancer que "l'enjeu, qui est majeur, est que ce ne sont pas des médicaments qui sont produits en France". Il a ainsi mis en avant le plan d'investissements "France 2030" du gouvernement qui vise à "rapatrier toutes ces industries, qui produisent ces médicaments essentiels en France, en Europe pour assurer notre souveraineté". 


Annick Berger

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