Les sages-femmes pourraient bientôt pratiquer l’IVG instrumentale : qu’en pensent-elles ?

Charlotte Anglade
Publié le 1 décembre 2021 à 18h27
Les sages-femmes pourraient bientôt pratiquer l’IVG instrumentale : qu’en pensent-elles ?

Source : iStock

CHARGE DE TRAVAIL - L'Assemblée nationale a de nouveau approuvé ce mardi la proposition de loi "visant à renforcer le droit à l'avortement", qui prévoit notamment la possibilité que les sages-femmes pratiquent l'IVG chirurgicale. Alors qu'elles se mobilisent pour de meilleures conditions de travail, nous leur avons demandé ce qu'elles en pensaient.

Après des débats souvent houleux, l'Assemblée nationale a adopté en deuxième lecture mardi la proposition de loi "visant à renforcer le droit à l'avortement". Ce projet, qui avait été adopté en octobre 2020 à l'Assemblée avant d'être rejeté au Sénat, prévoit notamment l'extension du délai légal pour pratiquer une IVG à 14 semaines de grossesse au lieu de 12, et la possibilité, pour les sages-femmes de pratiquer l'IVG instrumentale.

Mais alors que la profession enchaîne depuis plusieurs mois les mouvements de grève pour réclamer de meilleures conditions de travail, entre autres, cette nouvelle mission ne serait-elle pas la goutte d'eau de trop ? Nous leur avons posé la question.

Ce qui nous importe donc le plus, c'est que les femmes puissent choisir librement.

Isabelle Derrendinger, secrétaire générale du Conseil national de l'Ordre des sages-femmes

"Nous défendons avant tout les femmes. Quand on est sage-femme, on est féministe au même sens que humaniste", répond à LCI Camille Dumortier, présidente de l'Organisation syndicale nationale des sages-femmes (ONSSF). "Si elle venait à être adoptée, cette loi, soutenue par l'Ordre des sages-femmes, n'améliorerait certes pas nos conditions de travail, mais la profession de sages-femmes est centrée sur la santé des femmes quel que soit le moment de sa vie. Ce qui nous importe donc le plus, c'est qu'elles puissent choisir librement", abonde Isabelle Derrendinger, secrétaire générale du Conseil national de l'Ordre des sages-femmes.

Or, selon ces deux professionnelles, les Françaises pâtissent actuellement d'un système de santé défaillant et surchargé. Selon le degré de désertification médicale de la région et la période de l'année, les délais d'obtention d'un rendez-vous pour une IVG peuvent être très importants. Cela amènerait chaque année, souligne Isabelle Derrendinger, des milliers de femmes à avorter à l'étranger, le délai légal ayant été dépassé en France (12 semaines de grossesse.) "Sans parler du nombre de grossesses non désirées qui ont été poursuivies", ajoute-t-elle. Par manque de temps et de praticiens qualifiés pour les IVG instrumentales, "on est aussi souvent obligés de privilégier l’IVG médicamenteuse (pratiquée par les sages-femmes depuis 2016, ndlr) au détriment du libre choix de la patiente", regrette la Camille Dumortier.

La présidente de l'ONSSF insiste de plus sur l'importance de pouvoir décharger les gynécologues, de moins en moins nombreux et pourtant essentiels à la santé des femmes. "La particularité des sages-femmes, c'est que ce sont des soignants qui s'occupent de patientes qui vont bien. Pour pouvoir faire en sorte que les gynécologues puissent se focaliser sur les 20% de femmes qui vont mal et qui ont besoin de leurs compétences, il faut que les sages-femmes voient un maximum des 80% des femmes qui vont bien", explique-t-elle.

Une victoire pour les femmes, pas pour les sages-femmes

"Clairement, cette loi n’est pas faite pour les sages-femmes. Elle est faite pour les femmes. Donc on ne peut que s’en satisfaire", insiste la secrétaire générale du Conseil national de l'Ordre des sages-femmes. S'il n'est cependant pas certain que la proposition de loi puisse être inscrite au Sénat en raison du calendrier électoral, Isabelle Derrendinger estime toutefois que cette adoption en seconde lecture à l'Assemblée mardi soir constitue déjà d'une victoire. "En France, il y a toujours de forts détracteurs de l’IVG. Mais ce droit est inaliénable et doit être respecté pour les femmes. Il s'agit donc d'une étape importante pour laquelle, même si elle n’était pas suivie d’une présentation au Sénat, la société civile, les politiques engagés et les sages-femmes ne baisseront pas les bras. Les victoires sont faites de petits succès."

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De leur côté, les sages-femmes continueront leur combat pour une meilleure reconnaissance de leur métier. Une "semaine  noire" est prévue du 24 décembre 2021 au 1er janvier 2022, lors de laquelle elles déserteront les maternités et leurs cabinets. "Nous voulons être plus nombreuses pour assurer sécurité médicale et affective à nos patientes et obtenir une meilleure reconnaissance au sein des instances. Nous avons besoin d'un choc d'attractivité. Si rien n'est fait, plus personne ne voudra exercer ce métier d'ici à quelques années", déclare Camille Dumortier.

"Et puis la reconnaissance passe aussi par le salaire", ajoute-t-elle. "Qui a envie de faire Bac+6 et de débuter à 2000 euros net par mois ? Et ce qui est terrible, c'est que dans beaucoup de professions de santé, on peut quitter l'hôpital pour gagner plus en libéral. Or le salaire d'une sage-femme libérale est de 30.000 euros par an, contre 100.000 euros pour les dentistes, qui ont le même niveau d'études."


Charlotte Anglade

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