47 000 hommes et femmes sont atteints du cancer colorectal chaque année.
La journée mondiale contre le cancer vient de passer et le mois Mars Bleu va s'ouvrir.
Focus sur le cancer le plus répandu en France : facteurs de risque, symptômes et dépistage.

Le 4 février dernier, c'était la Journée mondiale contre le cancer et très prochainement, l'accent sera mis sur la prévention du cancer colorectal au cours de Mars Bleu. L'occasion de revenir sur ce cancer, "le plus fréquent dans notre pays et le deuxième plus meurtrier, derrière le cancer des poumons", car il touche "plus de 47 000 hommes et femmes et cause 17 000 décès par an", comme le rappelle Jérôme Viguier, oncologue digestif à l'Institut national du cancer joint par TF1 INFO. Chez les hommes, le cancer colorectal est le "troisième cancer le plus répandu après la prostate et le poumon". Du côté des femmes, il est le "deuxième derrière le cancer du sein".

Le cancer colorectal se forme d'abord localement à partir de cellules qui tapissent la paroi interne du gros intestin, la dernière partie du tube digestif, composé du côlon (60 % des cancers) et du rectum (40 %). Il se développe à partir d’une cellule initialement normale qui "se transforme et se multiplie sans limite", jusqu’à former une masse appelée tumeur maligne. Puis les cellules cancéreuses peuvent migrer dans l’organisme par la circulation sanguine. Les plus fréquentes se localisent au niveau du foie et des poumons.

"Lutter contre les facteurs de risque"

Première étape : la prévention. "Il est essentiel de lutter contre les facteurs de risque", affirme l'oncologue digestif. Plusieurs facteurs favorisent la survenue d'un cancer colorectal. Ce risque s'accroît lorsqu'on cumule plusieurs des facteurs de risque. Le cancer colorectal "se développe dans la deuxième partie de la vie, après 50 ans", poursuit-il. L’âge augmente ainsi le risque de ce cancer : 9 personnes atteintes sur 10 ont plus de 50 ans. 

"On peut aussi agir sur les modes de vie", précise Jérôme Viguier. Par exemple, une alimentation pauvre en fibres et riche en viande rouge, l’inactivité physique, le surpoids, la consommation d’alcool et de tabac. "40 % des cancers, de manière générale, pourraient être évités en modifiant nos habitudes de vie", ajoute-t-il. Le risque de développer ce cancer est augmenté avec "les antécédents personnels", notamment les personnes atteintes de maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (la maladie de Crohn et la rectocolite hémorragique), les maladies génétiques (polypose adénomateuse familiale) et le syndrome de Lynch. Mais aussi, "les antécédents familiaux de cancers colorectaux".

Les symptômes à surveiller

Les premiers symptômes, liés à une détection précoce, sont nombreux et "peu spécifiques, ils n'attirent pas nécessairement l'attention" : troubles du transit, diarrhée persistante, constipation inhabituelle, douleurs abdominales… "Un signe important qui doit alerter, cependant, la présence de sang dans les selles", signale l'oncologue digestif. 

"À un stade plus avancé de la maladie, d'autres signes peuvent apparaître" comme une masse à la palpation de l’abdomen, une alternance entre diarrhée et constipation, une dégradation inexpliquée de l’état général (perte de poids et d’appétit, diminution de la prise alimentaire et fatigue), une envie constante d’aller à la selle ou encore une anémie inexpliquée (taux anormalement bas de globules rouges mesuré par prise de sang).

L'importance du dépistage

Pour les personnes qui ont des antécédents personnels ou familiaux, "il est important de le signaler et de réaliser des dépistages plus tôt et plus fréquemment, des coloscopies directement", explique Jérôme Viguier. Pour les autres, ne présentant ni symptômes, ni antécédents, ni facteurs de risque particuliers, il existe un programme de dépistage national du cancer colorectal. Il s'agit d'un test immunologique gratuit, rapide et efficace, à faire chez soi. Le kit pour prélèvement est à récupérer chez le médecin, à la pharmacie ou il est possible de se le faire envoyer à domicile. Il est à renvoyer par La Poste à un laboratoire. Il s’adresse aux femmes et aux hommes, de 50 à 74 ans. "Le test cherche des traces de sang dans les selles et repère les lésions précancéreuses, expose-t-il. Détecté tôt grâce au dépistage, un cancer colorectal se guérit 9 fois sur 10 tandis qu'à un stade avancé, il n'y a plus que 10 % de chances de guérison." 

"94 % des Français sont favorables au test." Pourtant, "il n'y a que 34 % de participation, c'est insuffisant. Il est indispensable de mobiliser la population. Le passage à l'acte reste compliqué pour trois raisons. D'abord, le cancer colorectal est encore vécu comme un cancer sournois, qui se développe à l’intérieur, ce qui génère une certaine angoisse. Ensuite, le test se compose de prélèvements et de manipulation des selles, ce qui peut être rédhibitoire comparé à une prise de sang. Enfin, depuis la crise sanitaire, les gens ont souhaité se reconcentrer sur l’essentiel et ne pas s'ajouter des soucis supplémentaires. Ils ont donc diminué leur adhésion aux programmes de dépistage", détaille l'oncologue digestif. Si la France atteint l'objectif de plus de 60 % de participation au test, c’est 5 700 cancers colorectaux et 6 600 décès évités chaque année. Ainsi, les Français sont invités à faire le test tous les deux ans. 

Au-delà du dépistage, des campagnes de sensibilisation sont organisées chaque année par l'Institut national du cancer qui incite le dépistage, par les médias, mais aussi le mois de prévention, Mars Bleu. Il existe également un nouveau site internet mis en place par l’Institut national contre le cancer qui regroupe toutes les informations essentielles sur les dépistages organisés.


Emma FORTON

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