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Cette vidéo prouve-t-elle les dangers des ondes sur le corps humain ?

Publié le 21 février 2024 à 18h54

Source : Sujet TF1 Info

Relayée sur les réseaux sociaux, une vidéo montre un dispositif électronique qui crée des remous à la surface de l'eau lorsqu'il est activé.
Une séquence qui prouverait les dangers des ondes, puisque le corps humain est très largement constitué d'eau.
Un raisonnement biaisé, comme l'explique à TF1info un chercheur de l'Inserm.

De toutes natures, les ondes sont omniprésentes dans notre quotidien. Et certaines d'entre elles suscitent crispations, polémiques, voire franches inquiétudes. Les débats autour des antennes relais, des déploiements de réseaux 4G et 5G ou de compteurs Linky peuvent en témoigner. Dernière illustration en date, une vidéo montrant un petit dispositif électronique successivement allumé puis éteint à côté d'un bol d'eau. En fonctionnement, celui-ci génère des remous manifestes à la surface de l'eau, matérialisant la propagation d'ondes. L'internaute qui relaie cette courte séquence tire la sonnette d'alarme : "Près de 70% du corps humain d'un homme adulte est constitué d'eau. Imaginez les dégâts des ondes causés sur notre corps", met-il en garde.

Sur cette courte séquence, on observe un dispositif électronique être successivement allumé puis éteint, ce qui provoque à la surface de l'eau d'importants remous.
Sur cette courte séquence, on observe un dispositif électronique être successivement allumé puis éteint, ce qui provoque à la surface de l'eau d'importants remous. - Capture écran X

Toutes les ondes ne sont pas comparables

Partagée sur X, cette vidéo provient à l'origine de TikTok, où elle a été mise en ligne dans une relative confidentialité. Sur le compte de l'auteur, on retrouve une série de contenus mettant en garde contre les ondes, qu'il s'agisse de celles émises par les compteurs Linky ou par les réseaux 5G. Mais que penser de cette démonstration ? Pour le savoir, TF1info a sollicité Yves Le Dréan, enseignant chercheur en biologie et membre de l'Institut de recherche en santé, environnement et travail (IRSET), une unité soutenue notamment par l'Inserm.

Fin connaisseur des ondes et de leur impact sur les organismes vivants, il note en préambule que le manque d’éléments de contexte autour de cette vidéo complique les analyses. "Vous vous souvenez de cette séquence déjà ancienne, qui montrait des téléphones portables disposés en cercle ?", interroge-t-il. "Au milieu, des grains de maïs étaient disposés et se transformaient en pop-corn lorsque les téléphones sonnaient. Eh bien, il s'agissait d'une supercherie : un micro-ondes ouvert avait été disposé sous la table... C'est lui qui était responsable de la cuisson du maïs !"

Ici, rien ne pousse directement à envisager une manipulation, mais "un tel résultat peut tout autant être envisagé avec des ultrasons, ou avec l’allumage d’un appareil qui vibre à côté de la bassine, ou encore en tapotant mécaniquement sous la table", glisse le spécialiste. Quoi qu'il en soit, le fait que des remous soient observés à la surface de l'eau ne peut pas être analysé comme la preuve d'un danger des ondes. Tout d'abord, parce que des différences majeures entre les types d'ondes existent, une variété dont le grand public n'a pas toujours conscience, ayant "tendance à toutes les mettre dans un même sac, ce qui entraîne des confusions". Les ondes radio, aux fréquences assez basses, "ne doivent notamment pas être confondues avec des rayonnements dits ionisants, tels que les rayons X ou gamma". Ces derniers se caractérisent entre autres par leurs fréquences très élevées. 

Les effets des ondes sur les êtres humains ne sont pas non plus comparables : "Les rayonnements ionisants sont susceptibles d'entraîner des cassures au niveau de notre ADN", fait remarquer Yves Le Dréan. Une forte exposition fait ainsi courir un risque important aux individus. "Pour les rayonnements non ionisants, tels que la lumière, les radiofréquences ou les ondes extrêmement basses fréquences générées par les systèmes de distribution de l’électricité, les impacts sur le vivant empruntent d’autres mécanismes", poursuit le biologiste. "Pour les radiofréquences utilisées en télécommunications, le seul effet avéré et admis par toute la communauté scientifique correspond à un effet thermique, c’est-à-dire à un échauffement de la matière exposée si celle-ci contient de l’eau."

Tout est question de dosage

Pour le spécialiste de l'IRSET, évoquer un danger intrinsèque des ondes n'est pas pertinent sans le rappel d'éléments contextuels. Il estime en effet qu'outre la nature des ondes dont il est question, "il faut s'intéresser à un autre élément majeur qui est leur niveau de puissance". Une analogie est possible avec la hauteur des vagues : "Les petites vaguelettes en bord de mer ne sont pas dangereuses, ce qui n’est pas forcément le cas des vagues géantes". Une onde sonore peut tout à fait causer d'importants dégâts, il suffit pour s'en convaincre d'avoir été exposé à une source de bruit intense, qui peut causer des acouphènes. Les micro-ondes, celles-là mêmes qui sont utilisées pour réchauffer des plats dans nos cuisines, peuvent aussi se révéler dangereuses. "Quelqu'un qui mettrait un petit animal au micro-ondes le tuerait", explique Yves Le Dréan.

"Toute la réglementation est basée sur la prévention des effets délétères", poursuit l'expert, qui prend souvent l'exemple du sel lorsqu'il est interrogé sur les dangers des ondes. "Le sel est-il dangereux ? Impossible de répondre par oui ou par non", note-t-il. "Si je suis carencé, j'aurai des problèmes, car c'est la source de sels minéraux indispensables à notre corps. Mais trop de sel sera par ailleurs synonyme de potentiels problèmes cardiovasculaires... Sans compter que si quelqu'un de malfaisant vous injecte une solution saline très concentrée, vous allez en mourir." Dès lors, "la première question à se poser, c’est quelle est la nature de cet agent. Et ensuite, déterminer à quelle dose on se trouve exposé." En résumé, "quel que soit le type d’ondes, en fonction des niveaux d'exposition, vous pouvez faire face à des conséquences graves". 

Ces risques, les autorités en tiennent compte dans de multiples domaines. Les médecins veillent ainsi à ne pas prescrire de trop nombreuses échographies ou scanners à leurs patients dans un intervalle de temps donné, de manière à limiter leur exposition. De même, on se souvient qu'en septembre dernier, des smartphones produits par Apple avaient temporairement été retirés de la vente en raison d'émissions d'ondes supérieures aux seuils légaux.

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Thomas DESZPOT

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