Coronavirus : la pandémie qui bouleverse la planète

Vélo, course à pied... : quelle est vraiment la bonne distance pour se protéger du virus ?

Amandine Rebourg
Publié le 11 avril 2020 à 11h38, mis à jour le 11 avril 2020 à 14h28
Vélo, course à pied... : quelle est vraiment la bonne distance pour se protéger du virus ?

Source : FRANCK FIFE / AFP

A (BONNE) DISTANCE - Depuis le début de l'épidémie, des mesures de distanciation sociale ont été mises en place dans de nombreux pays. Selon une étude de chercheurs belges et hollandais, la distance d'1m est insuffisante lorsque l'on pratique une activité sportive.

On sait désormais et ce, depuis plusieurs semaines que le mode principal de contagion du nouveau coronavirus est les gouttelettes relativement grandes produites quand on tousse ou éternue. Mais nous émettons aussi des gouttelettes microscopiques en parlant et en respirant, et la présence du coronavirus en quantités suffisantes à l'intérieur de ces gouttelettes (aérosols) fait l'objet d'un débat scientifique intense. 

Les autorités de santé préconisent une distanciation d'1 m minimum. Mais qu'en est-il réellement des mesures à adopter lorsqu'on marche, que l'on fait du sport, que l'on se déplace à vélo ? Des chercheurs belges et hollandais viennent de publier une étude sur ce sujet. Selon eux, la distance d'1.5m-2m est tout à fait valable, lorsque les personnes sont statiques, en intérieur ou en extérieur et que la météo est calme. En revanche, lorsque les personnes sont en mouvement, il faut adopter une plus grande distanciation. 

Le flux d'air émis par un coureur est chargé de gouttelettes, qui peuvent véhiculer le virus

Selon eux, lorsque vous marchez, courrez ou faites du vélo, vous créez un "slipstream". Un flux d'air qui permet, lors des courses cyclistes notamment, de créer un appel d'air facilitant l'effort de la personne derrière vous. Mais en période de pandémie de Covid, ce flux d'air peut être dangereux en raison de la dispersion des gouttelettes émises par la personne devant vous. Comme le démontre ce graphique. 

Quelles distances sont recommandées, alors ?

Les gouttelettes sont dispersées sous la forme d'une traînée qui peut être dangereuse pour la personne courant derrière. Aussi, ils recommandent de courir côte à côte ou en diagonale mais éloigné de 4 à 5 mètres du coureur devant vous. Pour le vélo, il faudra mettre encore plus de distance, disent-ils en substance. 

Pour Bert Blocken,  professeur à l’université d’Eindhoven et à l’université de Louvain, lorsque vous voulez dépasser quelqu'un en vélo, "anticipez au maximum pour être à bonne distance de lui, au moment où vous le dépassez. Le mieux étant de se déplacer latéralement puis de dépasser sur une ligne droite, sans changer de trajectoire", dit-il, d'après les résultats de l'étude. 

En conclusion, disent-ils, la distanciation sociale entre deux personnes immobiles et par temps calme doit être d'1.5m, minimum. En l'absence de vent de face, de vent arrière et de vent de travers, pour une marche rapide à 4 km/h, cette distance est d'environ 5 m et pour courir à 14,4 km/h cette distance est d'environ 10 m. Et encore plus, si vous faites du vélo. Reste que la meilleure façon de ne pas être contaminé par le virus reste malgré tout le respect du confinement et l'observation des mesures barrières strictes. 

Jusqu'à 4 m selon une étude chinoise

Une autre étude, réalisée à Wuhan a été publiée par la revue des CDC Emerging Infectious Diseases. Elle a été faite dans un hôpital de campagne de la ville où tout a démarré et elle démontre que le virus contamine les surfaces ainsi que l'air à proximité des patients, jusqu'à quatre mètres. Elle montre néanmoins des limites : le test employé permet de détecter la présence du virus, mais pas la quantité de virus viable. Autrement dit, ce n'est pas parce que le virus éjecté dans l'air par les éternuements ou respirations des patients peut voler jusqu'à quatre mètres, que ces particules seront en quantité suffisante pour infecter quelqu'un.

Les chercheurs chinois ont étudié les prélèvements dans dans un service de réanimation (15 patients) de l'hôpital de campagne Huoshenshan de Wuhan construit en dix jours, entre le 19 février et le 2 mars, ainsi que dans un service de soins généraux avec des malades moins graves (24 patients). Ceux-ci ont été faits sur les sols, les souris d'ordinateur, les poubelles, les rambardes de lits, les masques des patients, les équipements des soignants, ainsi que les bouches d'aération, les rambardes de lit et l'air des chambres. Il en ressort que le virus est "largement distribué dans l'air et sur la surface des objets, dans les services de réanimation et de soins généraux. Ce qui implique un risque potentiellement élevé de contamination pour les personnels soignants et les autres contacts proches", écrivent les chercheurs.

Des traces de virus sur les poubelles, les souris d'ordinateur, dans les aération ainsi que sur les semelles des soignants

Sans réelle surprise, les zones les plus contaminées étaient près des patients en soins intensifs. Les objets les plus contaminés étaient les souris d'ordinateur, suivies des poubelles et des lits et poignées de portes. Néanmoins, la moitié des semelles des chaussures du personnel soignant avait également des traces de virus. "Nous recommandons fortement aux personnes de désinfecter les semelles de leurs chaussures avant de sortir de services où se trouvent des patients du Covid-19", en concluent les chercheurs. Aussi, ils conseillent aussi de désinfecter les masques après utilisation, avant de les jeter.

Selon eux, le virus a aussi été détecté dans l'air : plus souvent près du lit du patient que près des stations de travail des médecins. La présence du virus a également été détectée sur la bouche d'aération par où l'air des chambres était évacué. De fait, écrivent-ils :  "l'isolement à domicile des personnes avec un Covid-19 suspecté pourrait ne pas être une stratégie efficace de contrôle".


Amandine Rebourg

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