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Seulement 13 malades du Covid évacués hors de l'Île-de-France : l'échec de l'opération "chardons"

Caroline Quevrain
Publié le 25 mars 2021 à 16h00, mis à jour le 25 mars 2021 à 19h31
De premiers patients ont été évacués d'Île-de-France par hélicoptère ce samedi.

De premiers patients ont été évacués d'Île-de-France par hélicoptère ce samedi.

Source : TF1

HÔPITAUX SATURÉS - Des centaines de patients de réanimation devaient être transférés des régions où les hôpitaux sont saturés vers d’autres régions. L'opération avait même un nom : "chardons". En dix jours, 38 malades seulement ont été évacués dont seulement 13 depuis l'Île-de-France.

Ce devait être la solution pour désengorger les services hospitaliers franciliens mais le dispositif ne prend pas. Lancées le 13 mars, les évacuations sanitaires de patients admis en réanimation vers d’autres hôpitaux en France, principalement à l’Ouest où la situation est meilleure, ont permis de libérer moins de 40 places. Ainsi entre le 13 et le 23 mars, 38 malades seulement ont été transférés en avion, hélicoptère ou ambulance vers des établissements l’Occitanie ou la Bretagne, selon le ministère de la Santé. Dans le détail, 13 patients ont été évacués d’Ile-de-France, 12 de la région PACA et 9 des Hauts-de-France. L’Occitanie a accueilli 14 d’entre eux, la Bretagne 9, les Pays-de-la-Loire 7 et la Nouvelle-Aquitaine 5. 

Le taux d'occupation en réanimation dans les hôpitaux d'Ile-de-France / Graphique Tous Anti Covid - Tous Anti Covid

Aucun transfert organisé en train médicalisé

Ce bilan contraste avec les prévisions de départ. En Ile-de-France, les autorités avaient tablé sur une centaine de transferts dès la première semaine de cette opération dite "chardons" puis ont revu leur copie trois jours après ses débuts. Seules quelques évacuations "perlées" de malades devaient avoir lieu la première semaine en région parisienne, nous indiquait la Direction générale de la Santé (DSG), qui prévoyait un plus grand nombre de transferts par train sanitaire la semaine suivante "si la situation des tensions dans les services de réanimation le nécessite". 

Sauf qu’aucun patient n’a été pris en charge à bord d’un train médicalisé - un tel voyage nécessite un nombre conséquent de patients- et les services de réanimation sont de plus en plus saturés. Aujourd’hui, le taux d’occupation des lits dans les hôpitaux franciliens atteint les 118%. 1360 patients atteints du Covid sont actuellement admis en réanimation, un nombre qui va, selon toute vraisemblance, continuer à augmenter dans les prochains jours. Il y a donc urgence et pour parer au manque de lits, les services n’ont d’autre choix que de déprogrammer des opérations chirurgicales comme à l’hôpital Bichat, au nord de Paris. 

Le refus des familles

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Mais s’il y a si peu de patients transférés par rapport aux deux précédentes vagues - 658 malades ont été transférés d’hôpital entre mi-mars et mi-avril- c’est d’abord parce qu’ils sont aujourd’hui peu à présenter un état suffisamment stable pour parcourir une telle distance. Mais c’est aussi et surtout parce que les familles sont moins favorables de voir leur proche changer d’hôpital, loin d’elles. Le fait de pouvoir rendre visite aux malades hospitalisés, contrairement au printemps 2020 où le confinement strict l’interdisait, a changé la donne. 

Trois jours après le lancement de l’opération, le directeur général de l’AP-HP Martin Hirsch le reconnaissait lui-même : "Il y a un taux de refus des familles qui est un peu plus élevé qu’au printemps". Ce qui a changé depuis un an, c’est aussi cet accord demandé aux proches du patient qui conditionne son transfert sanitaire. Au printemps 2020, au cœur de la première vague épidémique, ces derniers se voyaient à peine consultés par les équipes soignantes, nous confiait un chef de réanimation d’un hôpital francilien. 


Caroline Quevrain

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