Covid-19 : le défi de la vaccination

En passe d’être acceptés, retardés ou suspendus, le point sur les vaccins anti-Covid

CQ
Publié le 16 février 2021 à 17h00, mis à jour le 11 mars 2021 à 10h46
En passe d’être acceptés, retardés ou suspendus, le point sur les vaccins anti-Covid

Source : AFP

RECHERCHE – Tandis que des vaccins sont disponibles depuis la fin de l’année, l'Agence européenne des médicaments doit, ce jeudi, rendre sa décision sur le déploiement du sérum Johnson & Johnson au sein de l'UE. Certains projets de recherche accusent un retard à cause d’essais cliniques peu concluants. On fait le point.

La course à la vaccination se poursuit à travers le monde, avec des craintes liées à la présence de variants du virus, qui pourraient résister aux différents vaccins tant ils ont muté. Trois sérums sont aujourd’hui disponibles en Europe. Le vaccin à ARN messager de Pfizer/BioNTech, qui a été le premier à être approuvé en décembre par l’Agence européenne des médicaments, est présent dans de nombreux pays, comme aux États-Unis ou dernièrement en Nouvelle-Zélande. 

Le vaccin de l’Américain Moderna, lui aussi fondé sur la nouvelle technologie à ARNm, a été approuvé par le régulateur européen début janvier, après le Royaume-Uni qui a décidé de faire cavalier seul. Le vaccin britannique AstraZeneca/Oxford University est le dernier en date à avoir été validé par l’UE mais suscite des inquiétudes puisqu’il serait moins efficace sur les personnes âgées. Par conséquent, seuls les soignants de moins de 65 ans peuvent en bénéficier en France, selon les recommandations de la Haute autorité de santé (HAS). Et d'autres vaccins devraient arriver rapidement en Europe.

Les vaccins en passe d’être approuvés

À ce jour, deux vaccins sont examinés par l’Agence européenne des médicaments (EMA) ou sont en passe de l’être pour une autorisation de mise sur le marché. Il s’agit de celui de l’entreprise américaine Novavax examiné par l’EMA depuis le 3 janvier dernier et celui à ARNm de l’Allemand CureVac depuis le 12 février. Concernant le vaccin Janssen, la filiale belge du laboratoire américain Johnson & Johnson, l'EMA doit rendre sa décision ce jeudi 11 mars. 

Que sait-on du vaccin Johnson & Johnson ? Il s'agit d'un vaccin à "vecteur viral" qui présente plusieurs avantages logistiques. Il ne nécessite qu'une seule injection, contrairement aux vaccins de Pfizer/BionTech, Moderna ou AstraZeneca, qui eux se prennent en deux doses espacées de plusieurs semaines. De plus, il peut être conservé durant trois  mois à des températures de réfrigérateur standard, ce qui facilite sa distribution. 

Le vaccin s'est révélé efficace à 85% pour empêcher les formes graves du Covid-19, une donnée cruciale car c'est ce qui évite les hospitalisations et les décès. Le sérum anti-Covid était par ailleurs efficace à 66% pour prévenir les formes modérées à sévères de la maladie. Un taux qui regroupe des réalités différentes entre les pays: de 72% aux Etats-Unis, il passait à 64% en Afrique du Sud, où un variant (B.1.351) était déjà ultra-majoritaire au moment de l'essai clinique, selon les données analysées par l'Agence américaine des médicaments.

Les vaccins qui prennent du retard

Après avoir annoncé fin janvier le retard de son vaccin contre le Covid en partenariat avec le Britannique GSK, le géant pharmaceutique français Sanofi a indiqué le 14 février que son vaccin, développé cette fois avec l’Américain Translate Bio sur la technologie ARNm, ne serait pas prêt avant 2022, la phase 3 de ses essais cliniques n’étant pas prévue avant le deuxième semestre de 2021. Pourtant, celui-ci était attendu de pied ferme cette année. Qu’à cela ne tienne, Sanofi France espère tout de même réussir à commercialiser son vaccin développé avec GSK, actuellement en phase 2, d’ici la fin de l’année 2021.

Les vaccins qui ont été abandonnés

Toujours en France, l’institut Pasteur a annoncé l’abandon de son projet principal de vaccin le 25 janvier dernier, faute de résultats concluants. Si l’arrêt d’un projet est courant dans la recherche d’un vaccin, c’est un coup dur pour Pasteur qui a suspendu son essai clinique de phase 1, conduit avec les laboratoires Merck à partir d’un dérivé du vaccin contre la rougeole. Les laboratoires américains Merck ont justement arrêté en même temps un autre projet de vaccin car "la réponse immunitaire était inférieure à celle provoquée par une infection naturelle et à celle rapportée pour les autres vaccins", selon le groupe pharmaceutique. Merck a indiqué se concentrer désormais sur la recherche de deux traitements contre la maladie, le MK-7110 et le molnupiravir.

Les vaccins déployés dans d’autres pays

Fin janvier, le vaccin russe Spoutnik V a déposé une demande d’enregistrement auprès de l’Agence européenne des médicaments. Mais avant même un premier examen par l’EMA, le vaccin a été approuvé en Hongrie, qui est devenu ainsi le premier pays-membre de l’UE à recevoir 40.000 premières doses du Spoutnik V le 2 février. Dans le même temps, Budapest a autorisé la commercialisation du vaccin du Chinois Sinopharm et commandé cinq millions de doses dans la foulée. "Si les producteurs russe et chinois montrent de la transparence (…) alors ils pourraient avoir une autorisation conditionnelle de mise sur le marché comme les autres", a d’ailleurs commenté la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, ne fermant pas la porte à une arrivée de ces vaccins sur le continent.

En dehors de l'Europe, d'autres vaccins peuvent être utilisés. En Inde, le vaccin Covaxin, approuvé en urgence début janvier, provoque la suspicion puisqu’il a été homologué avant même la conduite des essais de phase 3. Le régulateur a tenté de rassurer en le considérant totalement sûr et en expliquant qu’il "ne donnerait jamais son approbation s’il y avait la moindre inquiétude en matière de sécurité". Cette semaine, le Brésil doit justement passer commande de 30 millions de doses des vaccins Covaxin et Spoutnik V. 

Après le vaccin Sinopharm, utilisé dès l’été 2020, la Chine a autorisé de manière conditionnelle un deuxième vaccin développé par le laboratoire Sinovac, appelé CoronaVac. Le pays berceau de la pandémie poursuit sa diplomatie des vaccins en offrant des doses à plusieurs pays n’ayant pas passé commande auprès de fabricants. Lundi 15 février, le Zimbabwe a notamment reçu un don de 200.000 doses du vaccin Sinopharm. 

Et d'autres pays défavorisés privés jusque-là de vaccination vont bientôt pouvoir bénéficier du vaccin AstraZeneca dans le cadre du dispositif Covax. Dans ce but, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) a accordé lundi son homologation d'urgence au vaccin d'AstraZeneca. Le vaccin AstraZeneca représente en effet l'immense majorité des 337,2 millions de doses de vaccins que le dispositif Covax, piloté par l'OMS, l'Alliance du vaccin (Gavi) et la Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies (Cepi), compte distribuer au premier semestre de cette année. 


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