LES VÉRIFICATEURS AVEC L'INSERM – Pour en finir avec l'épidémie de Covid-19, atteindre l'immunité collective a longtemps été mis en avant. Mais c'était sans compter sur l'arrivée de variants plus contagieux et sur les réticences à se faire vacciner d'une partie de la population. Après deux ans de pandémie, on fait le point aavec l'immunologiste Frédéric Rieux-Laucat.

Vous vous souvenez sans doute des débats animés qui se déroulaient en 2020, à une époque où les vaccins n'étaient pas encore accessibles et où le gouvernement prenait la décision de confiner toute la population. Des voix s'étaient alors élevées pour souhaiter que la France mise sur la recherche d'une immunité collective en laissant circuler le virus, à la manière de que préconisaient alors les autorités suédoises.

Aujourd'hui pourtant, la quête d'une immunité collective ne semble plus d'actualité, ou ne se voit en tout cas presque plus évoquée en ces termes. Elle peut néanmoins être obtenue, non seulement par la circulation du virus dans la population, mais aussi et surtout par une vaccination large de la population. Si une telle immunité a longtemps été présentée comme un horizon de sortie de crise, c'était néanmoins sans compter sur l'émergence de nouveaux variants, venus rebattre les cartes.

La contagiosité des variants, un obstacle majeur

L'immunité collective se révèle assez simple à définir. L'Institut Pasteur explique ainsi qu'elle "correspond au pourcentage d’une population donnée qui est immunisée/protégée contre une infection à partir duquel un sujet infecté introduit dans cette population va transmettre le pathogène à moins d’une personne en moyenne, amenant de fait l’épidémie à l’extinction, car le pathogène rencontre trop de sujets protégés."

Peut-on espérer l'atteindre en France ? En cette fin d'année 2021, arriver à un tel stade devient hypothétique : il s'agit d'un "espoir qui s'éloigne", résume ainsi l'immunologiste Frédéric Rieux-Laucat, interrogé par LCI. Directeur de recherche à l’Inserm et directeur du laboratoire des maladies auto-immunes pédiatriques à l’Institut Imagine, il souligne que la part de la population devant être protégée du virus a augmenté depuis le début de l'épidémie, si bien qu'il est plus difficile aujourd'hui de tendre vers l'immunité collective. 

Le chercheur, pour l'expliquer, commence par rappeler la manière dont se mesure cette immunité. "Il faut effectuer le calcul suivant", glisse-t-il : "1 – (1/R0)". Le R0 dont il est question n'est autre que le taux de reproduction du virus, soit le nombre de personnes contaminées en moyenne par une personne positive en début d'épidémie, sans que soient prises des mesures de lutte contre la propagation de l'agent pathogène. 

Plus le R0 est élevé, plus il faudra protéger une part importante de la population. À l'heure actuelle, Frédéric Rieux-Laucat se base sur un R0 (à ne pas confondre avec le taux de reproduction effectif) qui s’approche de 10. Un niveau élevé qui aboutit au calcul suivant : 1-(1/10). Soit 1-0,1=0,9. On peut ainsi en conclure qu'il faudrait protéger environ 90% de la population pour enrayer une bonne fois pour toutes l'épidémie. 

Il est tout à fait logique que cette proportion ait augmenté par rapport aux estimations réalisées l'an passé. En effet, la souche originelle du virus se montrait moins transmissible, limitant le nombre de personnes infectées par un patient positif. L'arrivée de variants plus contagieux, mathématiquement, augmente le R0 et avec lui la part de la population nécessitant d'être protégée.

Cela étant dit, deux options s'offrent à nous pour atteindre une telle protection. La vaccination bien sûr, ou une autre stratégie visant à laisser circuler le virus au sein de la population. "Bien trop dangereux", rétorque l'expert de l'Inserm, faisant remarquer que "tous les pays qui ont un temps fait ce choix ont fini par abandonner une telle stratégie". Le taux de mortalité lié au virus, beaucoup trop élevé, "conduirait à observer trop de dégâts et mènerait à une saturation totale des services hospitaliers". Dès lors, il semble totalement illusoire de miser sur une circulation libre du SARS-CoV-2 au sein de la population.

Des freins à l'immunité collective

Si la recherche de l'immunité collective est aujourd'hui moins mise en avant, cela s'explique sans doute par plusieurs facteurs. Le fait notamment que la vaccination, qui permettrait de l'atteindre, ne fasse pas l'unanimité. "On plafonne à 86-87% de la population éligible", note Frédéric Rieux-Laucat, et l'on peine à voir comment dépasser ce seuil." Une partie des Français, très hostile aux vaccins, semble en effet difficile à convaincre. N'oublions pas non plus que "l'arrivée de variants plus infectieux ont augmenté la proportion de la population nécessitant d’être protégée", ajoute-t-il.

Dans ce contexte, le spécialiste estime logique de se pencher sur la question de la vaccination des moins de 12 ans. Si 90% des 18 ans et plus sont immunisés à l'heure actuelle, on compte pas moins de 5,8 millions d'enfants âgés de 5 à 11 ans. Une classe d'âge à l'heure actuelle inéligible à la vaccination (à l’exception d’enfants "fragiles") et parmi laquelle le taux d'incidence a bondi durant l'automne.

En plus des études en population aux Etats-Unis d'Amérique, qui semblent en faveur d'une vaccination des plus jeunes, Frédéric Rieux-Laucat estime qu'il est toutefois potentiellement dangereux de miser sur la circulation du virus chez les moins de 12 ans pour les voir acquérir une immunité post-infectieuse. En effet, cela implique un choix éthique, celui d'accepter "des centaines de cas potentiels de myocardites sévères liées au virus chez des enfants et nécessitant soins intensifs, alors même que le vaccin pourrait les leur éviter. Sans évoquer les autres pathologies éventuelles pouvant découler d'une infection." 

Enfin, il ne faut pas oublier que l'apparition des nouveaux variants favorisée par le passage du virus d'un hôte à un autre non immunisé. Accepter de laisser circuler librement le SARS-CoV-2 au sein de tout ou partie d'une population signifie donc accepter sciemment de favoriser l'émergence de variants potentiellement plus infectieux, voire plus dangereux si l’un d’eux venait à échapper à la réponse vaccinale. 

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Thomas DESZPOT

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