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"93% des décès survenus après une injection liés au vaccin" ? Attention aux conclusions de cette étude douteuse

Felicia Sideris
Publié le 10 janvier 2022 à 18h50, mis à jour le 11 janvier 2022 à 14h23
JT Perso

Source : JT 20h WE

ANTIVAX - Les travaux de deux chercheurs allemands laissent penser que "93% des personnes décédées après avoir été vaccinées" l'ont été à cause de l'injection contre le Covid-19, comme l'a résumé un article de blog. C'est trompeur.

À en croire leurs observations, le vaccin provoquerait une véritable hécatombe. Dans un texte de quatre pages publié le 10 décembre, deux chercheurs allemands ont affirmé avoir les "preuves irréfutables" du rôle de la vaccination contre le Covid-19 "dans les décès" survenant après une injection. Les résultats ont ensuite été repris dans un article de blog largement partagé qui en conclut que "93% des personnes décédées après avoir été vaccinées ont été tuées par le vaccin". Des travaux à la méthodologie trompeuse, écrits et partagés par des auteurs largement discrédités par le passé.

Un échantillon de 15 personnes sans groupe témoin

En clair, cette étude s'appuie sur une analyse par un pathologiste des dossiers médicaux de quinze personnes décédées entre sept jours et huit mois après une injection pour se protéger contre le Covid-19. Âgées de 28 à 95 ans, elles présenteraient toutes des signes d'"autodestruction immunologique", selon les auteurs. Un "effet secondaire" des vaccins qui n'a jamais été prouvé, comme nous l'écrivions dans cet article

Une "situation maintenant rectifiée" selon les auteurs. Sauf que leurs travaux sont loin d'être conclusifs. Tout d'abord, il est important de rappeler que ces quatre pages d'observations n'ont fait l'objet d'aucune évaluation par les pairs. Elles ne sont donc pas passées par la phase cruciale de la critique des travaux par d'autres chercheurs. Et pour cause : la méthodologie scientifique, qui n'est pas détaillée ici, laisse à désirer.

Premièrement, l'analyse ne porte que sur un échantillon de quinze personnes, ce qui est loin d'être suffisant pour être représentatif. Au-delà de la quantité, la qualité de l'échantillon est aussi compromise. Comme l'a expliqué le professeur Kevin McConway, professeur émérite de statistiques appliquées à l'Open University, auprès de Reuters, une autopsie n'est pas réalisée automatiquement. C'est-à-dire qu'ici, elles ont été demandées parce qu'il y avait des doutes sur les raisons de son décès. Dès lors, l'échantillon n'est pas représentatif de la totalité des personnes décédées pour une raison ou une autre après avoir reçu un vaccin. L'étude ne précise d'ailleurs ni comment ces quinze personnes ont été sélectionnées, ni quelles ont été les causes de décès enregistrées. Il est dont impossible de généraliser ces résultats à l'intégralité des personnes décédés après une injection.

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Deuxième problème d'ampleur, ces travaux ne proposent pas de comparaison avec ce qu'on appelle un "groupe de contrôle". Afin de tirer une quelconque conclusion de l'impact de la vaccination, il aurait en effet fallu comparer les observations réalisées sur ces quinze individus à celles faites sur un autre groupe, non-vacciné, présentant des âges et des causes de décès similaires. C'est la méthodologie adoptée par sept organisations sanitaires étasuniennes, dans une très large étude sur le sujet. Les travaux, cette fois-ci portant sur plus de 11 millions de personnes, avaient montré l'exact inverse. Publiés en octobre 2021, soit deux mois plus tôt, ils montraient qu'un groupe de 6,4 millions de personnes décédées après avoir reçu un vaccin contre le Covid-19 avait un taux de mortalité légèrement inférieur à celui des 4,6 personnes non-vaccinées. 

Deux auteurs habitués de la désinformation

Il est donc difficile de prendre le rapport allemand au sérieux. D'autant que les auteurs, Sucharit Bhakdi et Arne Burkhardt, sont tous les deux des scientifiques largement critiqués par le passé pour avoir diffusé de fausses informations autour des vaccins et de l'épidémie. Le premier est un microbiologiste retraité de l'Université Johannes Gutenberg de Mayence, en Allemagne. Un établissement qui a, depuis, choisi de "prendre ses distances avec les positions adoptées" par cet ancien professeur sur le Covid-19, considérées comme "trompeuses ou fausses". Car par le passé, il a affirmé que les masques ne protègent pas, que l'épidémie est une invention ou encore que l'ARNmessager reste dans le corps. En août, il partageait encore des expériences "qui ne relèvent pas de la médecine basée sur des preuves", afin de porter un discours anti-vaccin. Auprès de l'AFP, des experts soulignaient déjà à l'époque le manque de rigueur scientifique dans le choix des échantillons. 

Le second est membre d'une association baptisée "Médecins et scientifiques pour la santé, la liberté et la démocratie", qui a notamment fait parler d'elle en Allemagne pour avoir diffusé de fausses attestations contre l'obligation de porter un masque. Il a, lui aussi, partagé dans le passé des données "sans aucun fondement scientifique", comme l'écrivait le site Correctiv en septembre dernier. 

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En résumé, cet article se fonde sur des observations qui ne respectent pas les bases de la méthodologie scientifique, réalisées par deux auteurs largement discrédités. De plus, les résultats, qui n'ont pas été soumis à une évaluation par les pairs, sont en totale contradiction avec ce qui a été observé par le passé.

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