Covid-19 : la propagation fulgurante du variant Omicron

Covid-19 : après la décrue, faut-il s’inquiéter d'un "plateau haut" de contaminations ?

Recueilli par Audrey LE GUELLEC
Publié le 7 mars 2022 à 15h28
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

Depuis plusieurs jours, le nombre de cas quotidiens de Covid-19 décroit moins vite dans l'Hexagone.
Le sous-lignage BA.2 du variant Omicron pourrait expliquer en partie ce ralentissement de la baisse.
Pour autant, l'optimisme reste de mise concernant les semaines à venir sur le plan épidémiologique.

Si la décrue épidémiologique se poursuit en France, elle se fait moins franche qu'il y a un mois. À une semaine de la levée du port du masque et du pass vaccinal attendue le 14 mars, le nombre moyen de contaminations affiche en effet une baisse de l'ordre de 20% sur une semaine, contre 30 à 40% dès la fin janvier. Le pays enregistre ainsi en moyenne 50.646 cas quotidiens tandis que les hôpitaux comptaient toujours dimanche 22.253 patients et 2.079 malades en soins critiques. 

Or, Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé, estimait le 20 février dernier qu’il "faudrait être à 1 500 patients en réanimation" pour tenir le calendrier d’allégements. Faut-il craindre une stagnation du nombre de cas à un niveau élevé susceptible de remettre en cause les récentes annonces ?  Philippe Amouyel, professeur de santé publique au CHU de Lille, nous éclaire.

Comment expliquer ce ralentissement de la baisse observé et doit-on s'en inquiéter ?

On n'a pas d'explication particulière pour le moment à ce ralentissement si ce n'est qu'on observe, comme dans tous les pays, une progression des contaminations liées au variant BA.2, qui représente entre 30 et 40% des contaminations. On sait qu'il est plus transmissible qu'Omicron, donc il est possible qu'on assiste à une petite résurgence épidémique liée à ce fameux BA.2. C'est à surveiller et à confirmer. Pour l'instant, on reste tout de même sur une tendance favorable fidèle aux prévisions de l'institut Pasteur et l'expérience des pays qui ont levé les restrictions avant nous laisse penser qu'on n'a, a priori, pas trop de souci à se faire pour les semaines à venir. Si on prend l'exemple du Danemark, il y avait 40 à 60% d'omicron BA.2 quand les restrictions ont été levées début février et ces allégements n'ont pas changé la courbe évolutive. Les Anglais, eux aussi, ont levé les mesures de manière extrêmement brutale sans impact particulier. Donc les échéances annoncées par le gouvernement devraient rester valables et il ne devrait pas avoir de changement dans l'agenda notamment par rapport à la libération du port du masque. D'autant qu'en France, il est prévu de le maintenir dans les transports et de conserver le pass sanitaire dans les hôpitaux, les Ehpad. L'essentiel est que le nombre de cas continue de baisser et ne stagne pas au niveau actuel, qui reste élevé, pour retrouver un taux d'incidence au moins au niveau du seuil d'alerte de 50 pour 100.000 habitants. On devrait y arriver.

Quelles sont vos recommandations pour y parvenir ?

Nous devons rester vigilants. Certes, le port de masque ne sera bientôt plus obligatoire, mais le nombre de cas, je le rappelle, reste élevé avec un taux d'incidence à plus de 500 pour 100.000 habitants. Il ne faut pas oublier, dans ce contexte,

que certaines personnes n'ont pas de réponse immunitaire et que d'autres n'ont pas été vaccinées. Ces deux populations vont être soumises ces prochaines semaines à un risque de contaminations. Donc le fait pour ces dernières, comme pour celles à leur contact, de continuer à porter le masque tant qu'on n'est pas revenu à des seuils vraiment très faibles serait à mon sens une mesure prudente. Il en va de même concernant le respect de la distanciation et l'aération. Notamment au travail parce qu'on sait que c'est là qu'ont lieu un grand nombre de contaminations. 

Je pense qu'il n'y aura pas de retour en arrière

Philippe Amouyel

On comprend que la fin de la vague Omicron se profile mais qu'en est-il de la fin de l'épidémie ?

Ce qu'on peut dire c'est chaque fois qu'un variant en remplace un autre, on est en fin de vague. Mais la pandémie, elle, continue dans le monde et le virus va continuer à exister. A des niveaux qu'on espère bas avec probablement des vagues saisonnières, et des injections de rappel vaccinal. En résumé, on est à la fin d'une vague qui prélude au changement de nature de la pandémie. Elle se transforme pour passer du modèle pandémique vers un modèle endémique. Je pense qu'il n'y aura pas de retour en arrière, aujourd'hui le problème n'est plus au niveau de la population générale mais au niveau de l'individu, un peu comme ce que l'on observe pour la grippe. Vu le nombre de Français vaccinés et contaminés par Omicron aujourd'hui, l'arrivée de tout autre variant devrait être moins violente.


Recueilli par Audrey LE GUELLEC

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