Covid-19 : comprenons-nous mieux pourquoi la maladie entraîne souvent perte d'odorat et de goût ?

Publié le 26 novembre 2021 à 16h14
La perte de l'odorat fait partie des symptômes les plus courants du Covid.
La perte de l'odorat fait partie des symptômes les plus courants du Covid. - Source : Illustration Elisaveta Ivanova via iStock

LES VÉRIFICATEURS AVEC L'INSERM – Symptôme récurrent du Covid, l'anosmie (ou perte de l'odorat) est désormais mieux comprise par les chercheurs. Elle fait suite à une réaction inflammatoire qui se conclut par la mort de neurones.

Lorsque l'épidémie de SARS-CoV-2 s'est répandue au printemps 2020, les médecins ont rapidement mis en évidence une série de symptômes devant alerter les patients. Parmi eux : la perte de l'odorat, autrement appelée anosmie, ainsi que du goût. Des troubles pouvant perdurer de longues semaines et qui ont beaucoup intrigué.

Aujourd'hui, bientôt deux ans après le début de la pandémie, ces manifestations de l’infection se révèlent bien mieux comprises. Les chercheurs ont réussi à identifier les raisons pour lesquelles une perte d'odorat survenait si fréquemment. Pour les expliquer, une plongée au fond de nos narines s'impose, à l'endroit où se loge notre système récepteur des odeurs.

Des récepteurs olfactifs perturbés

"Pour ce qui est de l'entrée du virus par les voies nasales", les connaissances ont progressé, observe auprès de LCI la directrice de recherches en neurosciences Patricia Duchamp-Viret. Spécialiste de la neurophysiologie de l’olfaction et basée au Centre de recherche en neurosciences de Lyon (Inserm/CNRS/Université Claude Bernard Lyon 1), elle met en avant les mécanismes par lesquels "le virus infecte les cellules de la muqueuse olfactive", celle-là même qui "contient les neurones récepteurs olfactifs qui captent les molécules odorantes et envoient les informations au cerveau".

Avant tout, la spécialiste rappelle que les virus se fixent sur les membranes cellulaires par le biais de récepteurs présents à leur surface. Si ces récepteurs ne sont évidemment pas a priori conçus pour accueillir des virus et ciblent d'autres molécules (agissant sur la physiologie de l’organisme), on peut observer des virus parvenir à pénétrer via des récepteurs qui ne leur sont en théorie pas dédiés. "Dans le cas du SARS-CoV-2, il se fixe sur des récepteurs dévolus d'ordinaire à une enzyme spécifique qui joue un rôle sur la pression sanguine", présents dans la membrane des cellules que l'on qualifie "de soutien" de la muqueuse olfactive. Le virus, en pratique, va entrer dans ces cellules et les détruire, ce qui provoque une forte inflammation.

Le mucus nasal, dès lors, n'est plus favorable à la fixation des odorants sur les neurones récepteurs. "Même s'ils ne sont – semble-t-il – pas touchés directement par le virus, ces derniers finissent par mourir de ce fort niveau inflammatoire", note la chercheuse. "Les neurones récepteurs olfactifs ainsi détruits ne fixent plus les molécules odorantes, entraînant logiquement une suppression de l'odorat." 

Quid du goût, lui aussi affecté ? "Le lien est en fait indirect", explique Patricia Duchamp-Viret. "Les goûts sont caractérisés stricto sensu dans cinq saveurs seulement : le salé, sucré, acide, amer et umami. Mais quand vous mangez, vous ressentez bien plus : vous allez faire la différence entre une huître et un morceau de jambon et ne ressentez pas que le sel. Lorsque vous mettez un aliment en bouche et que vous le mastiquez, des molécules odorantes sont libérées et vont par voie rétro-nasale remonter dans le nez et stimuler les neurones récepteurs olfactifs. D'où une sensation que la majeure partie des gens nomment le goût, mais qui est en réalité une sensation combinée olfacto-gustative." Ainsi, en cas de perte d'odorat, on ressent logiquement le sentiment de ne plus percevoir le goût des aliments.

Un retour de l'odorat après plusieurs semaines

Connaît-on d'autres exemples d'anosmie induite par la pénétration d’un virus dans la muqueuse olfactive ? "Je n'en ai pas qui me viennent en tête", reconnaît Patricia Duchamp-Viret "bien que les infections virales affectant les voies nasales, telle que la grippe, s’accompagnent d’une anosmie ponctuelle liée à l’effet nez bouché notamment mais pas à l’atteinte de la muqueuse olfactive". La destruction de la muqueuse olfactive, semble une spécificité de ce coronavirus, donc, qui aboutit fort heureusement à un recouvrement de l'odorat au bout d'un certain temps. 

"Les neurones récepteurs olfactifs, nous en conservons une provision au fond de la muqueuse qui régulièrement et ils viennent toutes les 6 à 8 semaines replacer les neurones récepteurs qui meurent de façon spontanée. En cas de mort cellulaire massive, ce qui est le cas avec le Covid, ce cycle de régénération va aussi se mettre en œuvre et au bout de quelques semaines  – si l'on ne présente plus d'inflammation liée à l'infection virale – les neurones vont pouvoir de nouveau fonctionner, tout comme les cellules de soutien qui les environnent."

Point positif, le fait qu'en théorie "l'on doit pouvoir retrouver à 100% son odorat", avec 80% au moins des patients qui retrouvent rapidement leurs capacités initiales. La directrice de recherche note en passant qu'il est souvent recommandé aux personnes touchées de procéder à une forme de "rééducation du sens olfactif". En pratique, "on enjoint les patients à sentir le maximum d'odeurs possible".

Si les experts comprennent aujourd'hui bien les mécanismes qui conduisent à l'anosmie post-infection, ils continuent leurs recherches. Afin notamment de déterminer avec précision si, dans certains cas, les neurones récepteurs olfactifs sont eux aussi directement infectés par le virus, ou s'ils ne sont que des victimes collatérales en cas d'infection. Des cas de personnes ayant moins bien recouvré leurs capacités laissent en effet supposer de potentielles atteintes cérébrales, plus centrales. "On sait que le virus peut théoriquement pénétrer dans le cerveau", fait remarquer Patricia Duchamp-Viret, "et la voie nasale peut constituer une porte d'entrée."

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Thomas DESZPOT

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