La France fait-elle les bons choix face au virus ?

Saturé, l’hôpital Bichat à l’heure de la déprogrammation

Caroline Quevrain
Publié le 24 mars 2021 à 14h51, mis à jour le 24 mars 2021 à 15h35
Une opération du colon à l'AP-HP, novembre 2020

Une opération du colon à l'AP-HP, novembre 2020

Source : ALAIN JOCARD / AFP

FAIRE FACE - Les hôpitaux franciliens tentent de faire face à l’arrivée massive de malades du Covid. A l’hôpital Bichat, 15 à 20% des opérations ont déjà été déprogrammées. Et ce n'est qu'un début.

À mesure que les contaminations flambent, les places se font de plus en plus rares dans les hôpitaux franciliens saturés. À ce jour, le taux d’occupation des lits est de 118% dans les établissements de la région qui décomptent 1360 patients admis en réanimation pour un cas de Covid. Alors que l’on s’attend à une aggravation de la situation au moins pour les deux prochaines semaines, l’Agence régionale de santé (ARS) d’Ile-de-France demande désormais à tous les hôpitaux "d’anticiper une montée en charge du nombre de lits afin d’atteindre une cible à 2200 lits de soins critiques à brève échéance". 

Alors, les solutions ne sont pas multiples : il faut déprogrammer des opérations pour libérer de la place et du personnel. Un impératif relevant de l’impossible tandis que le seuil demandé jusqu’alors de reporter 40% des opérations "non-urgentes" est déjà conséquent à l’AP-HP. À l’hôpital Bichat, dans le 18e arrondissement de Paris, on s’adapte au jour le jour à cette brutale reprise de l’épidémie. Sur la vingtaine des blocs opératoires que compte le CHU, plusieurs ont déjà été fermés pour être transformés en salle de réanimation. Un bloc libéré permet de soulager les effectifs puisqu’il peut accueillir trois ou quatre patients en moyenne et libérer du personnel. "Avec la fermeture d’un bloc, on libère cinq équivalents temps plein", nous éclaire le Professeur Jean-François Timsit, chef de réanimation médicale de l’hôpital. Mais un bloc libéré signifie forcément des opérations en moins. Chaque jour à Bichat, une quinzaine d’interventions endoscopiques et trois opérations chirurgicales d’envergure sont réalisées. Alors, les chirurgiens se retrouvent à opérer à tour de rôle dans les blocs disponibles pour pouvoir assurer la continuité de leur activité. 

Des annulations la veille pour le lendemain

Jusqu’ici, 15 à 20% des opérations chirurgicales ont été déprogrammés mais tous à l’hôpital sont conscients que ça ne suffira pas et que cette vague va frapper fort. Aujourd’hui, 17 des 26 lits de réanimation médicale sont occupés par des malades du Covid, contre 14 il y a une semaine. Nul doute que la pression hospitalière va continuer d’augmenter car les effets du confinement, si effets il y a, ne se traduisent dans les hôpitaux qu'au bout de quinze jours. Alors, les services de chirurgie, en coordination avec la réanimation, déprogramment ce qu’ils peuvent des opérations qu’ils considèrent moins urgentes que les autres. Le Pr Timsit détaille : "Pour l’instant, cela concerne toutes les endoscopies programmées pour du dépistage et de la prévention qui nécessitent du bloc opératoire et de l’anesthésie ; les chirurgies bariatriques dites de l’obésité qui prennent beaucoup de temps post-opératoire et qui peuvent attendre quelques mois ; des transplantations cardiaques qui peuvent attendre un mois…" 

Si à Bichat, le planning des blocs opératoires de cette semaine a été fait vendredi dernier, en réalité, ces déprogrammations peuvent se décider la veille pour le lendemain. Mais les équipes soignantes tentent d’anticiper au mieux, selon le Pr Jean-François Timsit : "La semaine dernière, on a déjà appelé nos malades pour les prévenir que ça pouvait arriver". Chacune de ces déprogrammations se décide au cas-par-cas, rapporte le chef de service, en faisant la balance bénéfice/risque. "Il faut peser le pour et le contre, prendre les meilleures décisions au bon moment, mais les conditions ne sont pas idéales quand on n’a pas de lits. Par exemple, être greffé en ce moment avec des cas de covid à l’hôpital et des clusters, c’est une prise de risque."

Nous n’avions pas connu un nombre d’entrées aussi haut en 24 heures depuis la première vague

Martin Hirsch, dir. général de l'AP-HP

Selon ce ratio bénéfice/risque, d’autres opérations sont maintenues coûte que coûte. "Hier, on a accepté de prendre en charge une greffe cardiaque et de reins qui va être certainement très compliquée. Mais on a décidé de bloquer un lit et de se débrouiller car la chance pour le patient que ça se reproduise de sitôt est quasi-nulle." Mais d’autres malades n’auront peut-être pas cette chance dans les semaines à venir. Ce mercredi matin, Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP, a adressé un message à l’ensemble du personnel soignant. Le constat qu’il dresse est alarmant : "Les chiffres d’hier, qu’il s’agisse des entrées en réanimation ou en hospitalisation conventionnelle, sont particulièrement élevés. Nous n’avions pas connu un nombre d’entrées aussi haut en 24 heures depuis la première vague".


Caroline Quevrain

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