Covid-19 : l'agence sanitaire américaine a-t-elle surestimé les chiffres des contaminations en extérieur ?

Publié le 16 mai 2021 à 17h30
L'efficacité du port du masque en extérieur est remise en cause
L'efficacité du port du masque en extérieur est remise en cause - Source : PHILIPPE DESMAZES / AFP

PROTECTION - L'estimation de l'agence sanitaire américaine selon laquelle "moins de 10% des contaminations" au Covid-19 ont lieu en plein air serait largement surestimée, démontre le New York Times ce mercredi.

C'est une question cruciale qui divise les sphères scientifiques depuis plusieurs semaines : faut-il ou non porter un masque à l'extérieur ? Pour plaider en faveur de cette protection, ses défenseurs ont trouvé un nouvel argument. À savoir celui des Centres de prévention et de lutte contre les maladies (CDC) américains. L'agence sanitaire des États-Unis indiquait ainsi fin avril dans une directive que "moins de 10% des contaminations" au coronavirus ont eu lien en plein air. Un chiffre tout de même élevé, mais remis en cause ce mardi 11 mai par le New York Times.

Une définition très large de "l'extérieur"

Auprès du quotidien américain, un virologue de l'Université de St Andrews, le Dr Muge Cevik, décrit ainsi ce seuil des CDC comme "très exagéré". En réalité, la part de cette transmission serait inférieure à 1% voire sous la barre des 0,1%, assure le quotidien, citant plusieurs épidémiologistes et études. Il écrit même qu'il n'y a pas "une seule infection au coronavirus documentée dans le monde qui a eu lieu à cause d'une interaction ponctuelle en extérieur". Selon lui, les rares cas de contaminations à l'extérieur se sont produits dans des endroits bondés ou au cours de conversations très rapprochées. 

À quand une France démasquée ?Source : JT 20h WE

Alors comment expliquer ce chiffre des CDC ? Il serait en fait essentiellement basé sur une classification erronée de certaines transmissions. Parmi les études citées par l'agence pour défendre ce seuil, deux travaux ont attiré l'attention du journaliste. L'une d'elles signalait 95 cas de transmissions à l'extérieur sur 10.926 cas étudiés, quand une autre relevait quatre contaminations en extérieur pour 103 au total. Sauf que dans ces deux cas, le coronavirus s'est répandu au même endroit : un chantier de construction de Singapour. Une coïncidence qui a mis la puce à l'oreille du journaliste. En contactant le ministère de la Santé du pays afin d'obtenir des précisions sur ces données gouvernementales, il a découvert que cette base ne faisait en fait pas la différence entre contaminations extérieures ou intérieures. "Il peut s'agir d'une transmission à l'extérieur, sur le lieu de travail, ou bien d'une transmission dans l'enceinte du site de construction", a ainsi déclaré un porte-parole du ministère.

Le cas de ces malades mal référencés à Singapour ne sont pas une exception. Le quotidien relève ainsi qu'un bon nombre d'études sur le sujet ont choisi de définir les "espaces extérieurs" de manière très large, estimant qu'ils concernaient les lieux qui comprenaient à la fois des espaces en plein air et des espaces clos, comme une école par exemple.

Alors à l'approche de l'été, et après presque un an de masque obligatoire dans la rue, que sait-on réellement de l'efficacité de cette protection ? Si le New York Times cite une étude irlandaise qui évaluait le nombre de contaminations à 0,1%, la réalité est que la littérature scientifique à ce sujet est encore trop réduite. Comme le reconnaissait Jean-Christophe Lucet, responsable de l'équipe de prévention du risque infectieux (EPRI) à l'hôpital Bichat, auprès de LCI.fr en mars dernier, les choses sont "incertaines", sur ce sujet. Il reste encore très délicat d'apporter des preuves scientifiques incontestables de l'efficacité du masque à l'extérieur. Ou de son inefficacité.


Felicia SIDERIS

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