La France retrouve le confinement

"Il ne faut pas rêver, il n'y aura pas de baisse rapide de l'épidémie", avertit le Pr Piarroux

Idèr Nabili
Publié le 22 mars 2021 à 10h07, mis à jour le 22 mars 2021 à 16h08
JT Perso

Source : TF1 Info

CRISE SANITAIRE - Les restrictions en place depuis samedi dans les 16 départements les plus touchés ne permettront pas une "baisse rapide de l'épidémie" de Covid-19, prévient l'épidémiologiste Renaud Piarroux, invité de l'interview politique de LCI. En cause, notamment, le recours trop faible au télétravail et l'ouverture des établissements scolaires.

Les nouvelles restrictions permettront-elles enfin d'inverser la tendance de l'épidémie et d'entrevoir le bout du tunnel ? Pour le Pr Renaud Piarroux, épidémiologiste à la Pitié-Salpêtrière à Paris, c'est loin d'être certain. "Ce troisième confinement n'en est pas un", regrette-t-il sur LCI. Il déplore notamment l'absence de mesures au niveau des écoles et du travail, "des points sur lesquels nous pouvons freiner" la diffusion du virus.

"Les personnes qui se rendent au travail sont beaucoup plus à risque d'être contaminées que celles qui sont en télétravail", indique-t-il. "Il n'y a pas assez de télétravail", insiste l'épidémiologiste, au lendemain de l'appel du secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, d'intensifier le recours au travail à distance. "Pleins d'entreprises fermées en mars dernier sont aujourd'hui ouvertes."

"Être stable à 30.000 cas par jour, c'est compliqué"

En outre, "tout ce qui est lié aux enfants et adolescents" inquiète le Pr Piarroux. "La transmission augmente fortement chez les moins de 10 ans, et nous n'avions pas cela jusqu'à présent. C'est probablement un effet du variant", admet l'épidémiologiste. "Globalement, les dernières études montrent que lorsque le virus arrive à domicile, dans plus d'un quart des cas, c'est une personne de moins de 18 ans qui l'a amené."

Forcément, cela a des conséquences sur la diffusion de l'épidémie. "Nous ne jouons ni sur le moteur 'enfants', ni sur le moteur 'travail', c'est un choix politique", poursuit le spécialiste. "Il ne faut donc pas rêver, il ne va pas y avoir une baisse rapide de l'épidémie permettant de respirer rapidement. Nous sommes stables, légèrement ascendants, depuis longtemps, mais à un niveau très élevé. Être stable à 30.000 cas par jour, c'est compliqué à gérer. Pendant ce temps, les services de réanimation se remplissent, avec à la clé" la question du tri des patients.

"Je suis opposé à la doctrine de maintenir l'épidémie tant que les réanimations tiennent"

Pour diminuer la pression hospitalière, le Pr Piarroux aurait aimé des mesures d'anticipation avant la hausse des cas. La France aurait pu agir plus vite "au moins de janvier ou l'été dernier", estime l'épidémiologiste. "Un objectif de maintenir l'épidémie à très bas niveau aurait coûté beaucoup moins cher en termes de restrictions que de passer l'hiver que nous avons passé. Je suis opposé à la doctrine de maintenir l'épidémie tant que les réanimations tiennent. D'autres pays ont eu des approches différentes, comme la Suisse, et sont dans une meilleure situation."

Les établissements scolaires, que le ministre de l'Éducation nationale Jean-Michel Blanquer appelle à ne pas fermer, figurent également dans son viseur. "Pratiquement tous les autres pays ont fermé les écoles", note Renaud Piarroux. "Durant les vacances d'été, pendant deux mois, les écoles sont fermées. Est-ce présenté comme un drame ? Non. L'idée était d'avoir quatre ou cinq semaines de fermeture des établissements scolaires en février. Nous serions à un niveau (de circulation du virus) plus bas, et nous n'aurions pas la double peine, avec une diminution des libertés et une crise sanitaire gravissime dans les hôpitaux."

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