Covid-19 : le défi de la vaccination

Covid-19 : que sait-on de la mutation E484K, soupçonnée de réduire l’efficacité des vaccins ?

C.A. avec AFP
Publié le 29 mai 2021 à 20h47
Covid-19 : que sait-on de la mutation E484K, soupçonnée de réduire l’efficacité des vaccins ?

Source : YAMIL LAGE / AFP

ZOOM - Présente dans plusieurs variants, la mutation E484K inquiète depuis quelques mois les scientifiques du monde entier. Selon eux, elle pourrait être plus difficile à combattre par le système immunitaire et être résistante aux vaccins.

Le 21 mai dernier, l'Agence régionale de Santé de Nouvelle-Aquitaine annonçait la découverte d'un cluster d'une cinquantaine de cas d'un variant "très rare" au nord de Bordeaux, dans le quartier Bacalan. Ce variant, déjà connu, avait été repéré en février au Royaume-Uni. Il se compose de la souche anglaise doublée de la mutation E484K, dont l'apparente résistance inquiète de nombreux scientifiques.

Alors que chaque pays tente de vacciner le plus vite possible sa population pour éviter l'apparition de nouveaux variants et de nouvelles mutations, que sait-on vraiment de E484K ?

Une mutation résistante aux vaccins ?

Avant de se combiner au variant anglais, E484K était déjà portée par des variants qui ont émergé en Afrique du Sud, puis au Brésil et au Japon, et plus récemment à New York. Des tests en laboratoire ont montré qu'elle semblait capable de diminuer la reconnaissance du virus par les anticorps, et donc sa neutralisation. "A ce titre, elle peut aider le virus à contourner la protection immunitaire conférée par une infection antérieure ou par la vaccination", expliquait en janvier le Pr François Balloux, de l'University College de Londres, cité par l'organisme britannique Science Media Centre. C'est cette perspective "d'évasion immunitaire" qui préoccupe les scientifiques, avec en ligne de mire la question de l'efficacité des vaccins.

Le 8 janvier, BioNTech et Pfizer, les fabricants du principal vaccin administré dans le monde, ont assuré que ce dernier était efficace contre la mutation N501Y, commune aux variants anglais, sud-africains et japonais. Mais leurs vérifications en laboratoire n'ont pas porté sur E484K. Le 25 janvier, Moderna a à son tour fait savoir que son vaccin était efficace contre les variants britanniques et sud-africains, sans non plus réaliser faire de vérifications en laboratoire sur la mutation E484K. Ces recherches ne suffisent donc pas à conclure que l'efficacité du vaccin sera la même contre les variants qui la portent que contre le virus classique.

Il faut développer des vaccins et des anticorps capables de contrôler des variants émergents.

Une étude menée par l'immunologiste Rina Rappuoli

Par ailleurs, une étude publiée le 6 janvier décrit le cas d'une Brésilienne malade du Covid en mai, puis réinfectée en octobre par un variant porteur de la mutation E484K. Cette deuxième infection, plus sévère que la première, pourrait être le signe que la mutation a causé une moins bonne réponse immunitaire de la patiente. Pour autant, rien n'indique qu'E484K suffise à rendre des variants résistants aux vaccins actuels, tempèrent certains scientifiques.

En effet, même s'il s'avère que cette cible-là est moins bien reconnue par les anticorps, d'autres composants des variants resteront en principe à leur portée. "Même si vous baissez en efficacité, vous allez normalement toujours avoir une neutralisation du virus", indique à l'AFP Vincent Enouf, du Centre national de référence des virus respiratoires de l'Institut Pasteur à Paris.

"Je ne pense pas que cette mutation soit à elle seule problématique pour les vaccins", renchérit l'immunologiste Rino Rappuoli, chercheur et responsable scientifique du géant pharmaceutique GlaxoSmithKline (GSK), interrogé par l'AFP. Il a cosigné une étude rendue publique le 28 décembre. Son objectif était d'observer en laboratoire l'émergence d'un variant, en mettant pendant plusieurs semaines le virus en présence du plasma d'un patient guéri du Covid. Après moins de trois mois, un variant résistant aux anticorps est apparu. Il était porteur de trois mutations, dont E484K. "Il faut développer des vaccins et des anticorps capables de contrôler des variants émergents", conclut cette étude.

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La mutation "la plus inquiétante de toutes"

Pour le Pr Gupta professeur de microbiologie à l'Université de Cambridge, interrogé par l'AFP, cette mutation "est la plus inquiétante de toutes" sur le plan de la réponse immunitaire. Une expérience menée avec ses collègues a révélé que "E484K augmente considérablement la quantité d’anticorps nécessaire pour prévenir l’infection des cellules". Pour arriver à cette conclusion, les chercheurs ont généré un "pseudovirus" reprenant les huit mutations sur la protéine Spike du variant anglais et y ont ajouté E484K. Ils l'ont ensuite exposé au plasma de 26 personnes (dont 15 de plus de 80 ans) ayant reçu une dose du vaccin Pfizer-BioNTech. Résultat : il fallait près de dix fois plus d’anticorps pour neutraliser le nouveau virus que l'ancien. 

Cette mutation pourrait selon le chercheur "être le début des problèmes" pour les vaccins. "A ce stade, ils devraient tous rester efficaces, mais ce qui nous inquiète, c'est la perspective de futures mutations qui s'ajouteraient" à celles qu'on observe déjà, développe-t-il, en appelant à "vacciner le plus vite possible partout dans le monde".


C.A. avec AFP

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