Dépistage massif : pourquoi Le Havre et Charleville-Mézières ?

Publié le 14 décembre 2020 à 17h08

Source : JT 13h Semaine

TEST - À la veille du déconfinement et dix jours du réveillon de Noël, la France se lance ce lundi dans une stratégie de dépistage massif ciblé sur deux agglomérations. Pourquoi celles-ci et pas d'autres ?

Des épidémiologistes le réclament depuis longtemps pour tenter de rendre la stratégie de tests plus efficace. Avant que deux autres territoires embrayent en janvier, les agglomérations du Havre et de Charleville-Mézières ouvrent le bal du dépistage massif du Covid-19 ce lundi, à la veille du second déconfinement et à dix jours de réveillon de Noël. 

Mais pourquoi le choix de ces villes ? "Quand on a commencé à évoquer il y a quelques jours Saint-Étienne, Lille et Le Havre pour un dépistage massif avant les fêtes, cela pouvait correspondre à une sélection avec une graduation", rappelle ce lundi le Pr Philippe Amouyel, épidémiologiste et partisan du dépistage national, évoquant des "hétérogénéités au niveau du territoire" et précisant qu'un dépistage massif sera finalement organisé en janvier à Roubaix et non à Lille. 

Selon lui, les trois régions alors visées sont "confrontées à une circulation du virus différente", à savoir "une zone à très haute circulation, une à relativement basse circulation et une intermédiaire". Et de résumer : "Ça peut correspondre à un plan consistant à tester la logistique du dépistage massif dans différents contextes et à récupérer des infos sur l'épidémie."

"C'est du bon sens, il faut qu'il y ait pas mal de population et surtout une densité", avait à l'époque simplement commenté Jean Castex sans identifier les villes ciblées, expliquant que cette densité de population doit permettre de mieux connaître les quartiers, les populations et les lieux de vie les plus concernés par la maladie. Objectif ? "En tirer des enseignements préventifs et curatifs". 

Une "flambée" dans les Ardennes

Il se trouve que Boris Ravignon (LR), maire de Charleville-Mézières et président d'Ardennes Métropole, avait justement demandé l'organisation début décembre d'un dépistage massif au ministère de la Santé invoquant une "nouvelle flambée épidémique" dans les Ardennes, avec plus de 150 cas confirmés Covid-19 chaque jour et un taux d'incidence de 268 pour 100.000 habitants. 

Épargné au printemps, le département des Ardennes présente aujourd’hui les indicateurs les plus dégradés de France. 

Si la situation normande n'est pas aussi tendue que l'ardennaise, elle témoigne toutefois d'une circulation du virus à la hausse dans la région, après plusieurs semaines de baisse, selon l'Agence régionale de santé (ARS). Ce vendredi, le taux d’incidence (nombre de cas de Covid-19 pour 100.000 personnes) régional a ainsi atteint 81,22, contre 70,71 le 8 décembre. "Cette augmentation touche tous  les départements, même si les différences intrarégionales restent très marquées", indique l’ARS, l’Orne étant le département le plus impacté (154,2 pour 100 000 habitants). 

Concernant les hospitalisations, la tendance à la baisse se poursuit pour le moment avec 1071 personnes hospitalisées le 10 décembre(contre 1154 le 7 décembre) dont 79 en réanimation (contre 93 le 7 décembre). "Elle n’est cependant pas homogène sur la région : dans l’Orne, 181 personnes sont hospitalisées (contre 165 le 7 décembre)", souligne encore l’ARS. La région compte en outre encore 72 clusters (trois cas groupés ou plus), dont 46 en Ehpad.

Dépistage au Havre : le maire de Motivilliers s'exprimeSource : TF1 Info

Pour mener ces tests à bien, ont été déployés 20 sites de dépistage éphémères à grand volume ouverts de 10h à 20h, dont douze sont implantés au Havre et huit sur les communes de la communauté urbaine. La métropole, qui compte 270.000 habitants, y précise qu'elle avait connu "la plus forte incidence en Normandie au cours de la deuxième vague épidémique", ajoutant que la taille de la population et la diversité géographique de la métropole, à la fois urbaine et rurale, sont des "caractéristiques adaptées à l’expérimentation du dépistage massif"

Quels objectifs ?

"Il sera temps une fois cette opération terminée de regarder si tout cela correspond  à la fois à un besoin, à la fois à une attente", a souligné ce lundi Olivier Véran depuis le port normand, précisant qu'"évidemment nous voulons promouvoir (ce type de dispositif)" et ce "partout où ça fait sens ou c'est possible".

"Les moyens humains et matériels que suppose une opération comme celle-ci nous obligent à penser les choses de manière structurée avec des conventions passées entre l'État et les collectivités", a-t-il détaillé évoquant, au-delà du test et du traçage, des propositions relatives aux "conditions de mise à l'abri avec un dispositif social, un portage des repas, un hébergement à l'hôtel".  

"Ce type d’opération est décisive à terme", conclut-il. Cela doit permettre "en dehors même de tout contexte de symptômes ou de clusters, de regarder si le virus circule et d'identifier les personnes, à l'échelle d'une collectivité, susceptibles de le transmettre,  jusqu'ici sans le savoir (...) si des personnes se savent positives elles vont devoir protéger les autres" en s'isolant.


Audrey LE GUELLEC

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