Covid-19 : durcir les restrictions sanitaires favorise-t-il une hausse des primo-vaccinations ?

Publié le 7 janvier 2022 à 16h35
Les Français non-vaccinés sont difficiles à convaincre, malgré des mesures plus restricitves.
Les Français non-vaccinés sont difficiles à convaincre, malgré des mesures plus restricitves. - Source : CLEMENT MAHOUDEAU / AFP

CONTRAINTES - Le gouvernement assume aujourd'hui de rendre plus contraignant le quotidien des personnes non-vaccinées. Pour autant, il n'est pas acquis qu'une telle stratégie parvienne à convaincre les Français n'ayant reçu aucune injection de sauter le pas.

La récente sortie d'Emmanuel Macron à propos des Français non-vaccinés a suscité une pluie de commentaires, plus ou moins critiques. Le président de la République, et avec lui le gouvernement, assume de "continuer à emmerder jusqu'au bout" les personnes n'ayant pas encore décidé de se protéger à l'aide des vaccins. Le pass vaccinal, discuté au Parlement, s'inscrit d'ailleurs en partie dans cette démarche.

Pour la majorité, l'instauration de cette mesure doit notamment convaincre les Français encore réticents à se faire vacciner, sous peine de se voir refuser l'accès à bon nombre de lieux et d'activité. Un pari, à défaut de rendre obligatoire la vaccination, qui peut se révéler risqué. Et pour cause : malgré un durcissement progressif des mesures, le nombre de primo-vaccinés stagne dans le pays, en particulier depuis septembre dernier.

Un été intense, puis un ralentissement

Grâce aux données fournies par Santé Publique France, il est possible de connaître le nombre quotidien de personnes ayant réalisé chaque jour une toute première injection. Le 5 janvier, date des dernières données disponibles, 57.710 de ces primo-injections ont ainsi été enregistrées. Le ministre de la Santé s'en est félicité, notant à raison qu'un tel niveau n'avait pas été atteint depuis plusieurs mois. 

Lorsque l'on observe la moyenne quotidienne de primo-injections lissée sur 7 jours, il s'avère que la tendance est plutôt à la stagnation depuis la rentrée de septembre, avec environ 20.000 à 35.000 premières doses. Ce que montre le graphique qui suit (accessible via ce lien s'il ne s'affiche pas correctement).

Depuis que la vaccination a été ouverte aux enfants de 5 ans et plus, on compte en France 64,8 millions de personnes éligibles. Puisque 53 millions de Français ont déjà reçu au moins une dose, on peut en conclure que près de 12 millions d'habitants seraient aujourd'hui en mesure de se faire vacciner, mais ne l'ont pour l'heure pas été. Un chiffre qui diminue mais demeure très élevé par rapport au nombre quotidien de primo-injections. Si l'on se basait sur un rythme de 30.000 par jour, cela reviendrait à devoir patienter plus d'un an pour vacciner tous les citoyens éligibles.

Un renforcement des mesures sanitaire peut-il accélérer la cadence ? Sur le graphique partagé plus haut, des repères orange ont été ajoutés, avec chacun un numéro. Ils correspondent aux dates de mise en application des principales mesures sanitaires, visant plus ou moins directement à pousser à la vaccination. Des moments marquants de l'année écoulée, détaillés comme suit : 

1 - 12 mai : la vaccination est ouverte à tous les plus de 18 ans.

2 - 15 juin : ouverture de la vaccination aux mineurs de plus de douze ans

3 - 12 juillet : annonce du pass sanitaire

4 - 30 août : pass sanitaire imposé aux salariés en contact avec le public

5 - 30 septembre : pass sanitaire étendu aux ados

6 - 16 octobre : obligation vaccinale des soignants + fin gratuité des tests

7 - 27 décembre : annonce de la mise en place d'un futur pass vaccinal

S'il est trop tôt pour juger de l'impact d'une future instauration du pass vaccinal, on observe toutefois que de précédentes mesures contraignantes n'ont que peu convaincu les récalcitrants. L'obligation pour les salariés en contact avec le public de présenter un pass sanitaire n'a pas dopé le rythme des primo-vaccinations, pas plus que la généralisation dudit pass aux adolescents. Le fait que les tests deviennent payants et que les soignants soient contraints de se faire vacciner n'a pas n'ont plus changé radicalement la donne. 

En réalité, depuis plusieurs mois, on observe que la contrainte se révèle peu efficace pour convaincre les non-vaccinés. Sans doute parce que les derniers à n'avoir toujours pas reçu d'injection constitue la frange la plus sceptique ou hostile de la population, et donc la plus difficile à faire changer d'avis. Lorsque la vaccination a été largement ouverte à la population, au printemps, les premières doses ont été injectées en masse, jusqu'à 400.000 par jour. Alors que les courbes baissaient fortement en juin, l'annonce du pass sanitaire mi-juillet a eu un impact majeur sur la population. Les personnes qui hésitaient à l'époque avaient pour beaucoup été convaincue de se faire vacciner par cette mesure, dopant le rythme des injections quotidiennes.

Sans imposer la vaccination, le gouvernement parviendra-t-il à convaincre celles et ceux la refusent encore ? Il est possible d'en douter. L'immunologiste Frédéric Rieux-Laucat, interrogé par LCI il y a quelques semaines, reconnaissait que l'on "plafonne" à l'heure actuelle, avec toujours plus de 10% de la population éligible qui demeure non-vaccinée. "On peine à voir comment dépasser ce seuil", confiait-il, soulignant que ces réticences nous éloignent de fait d'un objectif encore lointain : l'obtention d'une immunité collective.

Covid-19 : qui sont les 5 millions de non-vaccinés ?Source : JT 20h Semaine

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Thomas DESZPOT

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