L'info passée au crible
Verif'

Efficacité, effets secondaires, démissions… Trois affirmations sur les vaccins anti-Covid passées au crible

Caroline Quevrain
Publié le 30 avril 2022 à 18h01
Image d'illustration

Image d'illustration

Source : JOSEPH PREZIOSO / AFP

Les fausses nouvelles concernant les vaccins anti-covid sont toujours présentes sur les réseaux sociaux.
Cette semaine, des internautes ont ainsi partagé un document pour affirmer que Pfizer avait admis l’inefficacité de son vaccin, ce qui est inexact.
Nous avons vérifié trois informations récentes au sujet du laboratoire ou de la vaccination.

Mise à jour du 01/05/22 : contrairement à ce que nous avions écrit dans un premier temps, Ari Kouts est consultant en innovation et non pas scientifique en innovation.

Sur Twitter, antichambre de la désinformation sur le virus, les messages faisant état de scandales liés à l’inefficacité des vaccins, voire à leur dangerosité, se sont récemment multipliés. Avec très souvent le laboratoire Pfizer dans leur viseur. Nous avons vérifié trois affirmations relayées ces derniers jours pour distinguer le vrai du faux.

Le vaccin Pfizer pas efficace ?

Plusieurs comptes ont affirmé, document à l’appui, que le laboratoire Pfizer avait lui-même admis l’inefficacité de son vaccin. On peut retrouver certaines accusations ici, ou encore ici. Dans le même temps, la capture d’écran du document nous a été envoyée, afin que nous vérifiions sa véracité. Celle-ci est en fait extraite d’un rapport de BioNTech, la société allemande ayant développé le vaccin à ARNm commercialisé par Pfizer. La partie mise en avant par les internautes se retrouve page 6 de ce rapport public, daté du 30 mars.

Un document attribué à BioNTech circule sur les réseaux sociaux. En rouge, la partie devant prouver l'inefficacité du vaccin anti-covid - BioNTech

On peut lire au point consacré aux "formes de risques" : "Nous pourrions ne pas être en mesure de démontrer une efficacité ou une sécurité suffisante de notre vaccin COVID-19 et/ou des formulations spécifiques à une variante pour obtenir une approbation réglementaire permanente aux États-Unis, au Royaume-Uni, dans l'Union européenne ou dans d'autres pays où il a été autorisé pour une utilisation d'urgence ou a reçu une autorisation de mise sur le marché conditionnelle". 

En réalité, cette formulation n’induit pas que le fabricant du vaccin admet son inefficacité. Ce document, qui est destiné aux investisseurs, recense tous les risques de baisse de ses revenus. Parmi ces risques, se trouve le fait que les futurs vaccins de BioNTech, qui seraient adaptés aux variants du virus, ne seraient pas assez efficaces. Ainsi, BioNTech précise à la page 4 que "toutes les déclarations qui ne sont pas des faits historiques peuvent être considérées comme des déclarations prospectives" et que celles-ci "sont soumises à des risques connus et inconnus, des incertitudes (…) qui pourraient faire en sorte que nos résultats d'exploitation, notre situation financière, nos liquidités, nos performances (…) pourraient différer sensiblement de ceux exprimés". 

Lire aussi

Comme le démontre Ari Kouts, consultant en innovation, sur son compte Twitter, ce rapport est simplement un "document réglementaire, légal et obligatoire" pour permettre à la société de "de se protéger et que les décisions d’investissements soient faites en connaissance des risques". Sur le même thème, un document avait été présenté comme une brochure publicitaire, dans laquelle Pfizer reconnaissait que son vaccin n’était pas efficace contre les formes graves. C’était tout aussi faux à l'époque.

24% d’effets secondaires graves ?

Nous avons été interrogés récemment sur un chiffre attribué à l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) et cité il y a quelque temps sur le plateau de Cnews. Le Pr Michaël Peyromaure, chef du service d’urologie de l’hôpital Cochin de Paris, démontrait alors que les effets secondaires graves suite aux vaccins étaient courants : "130 millions de doses vaccinales ont été injectées. Un peu plus de 130.000 effets indésirables associés ont été recensés, c’est-à-dire un effet indésirable sur 1000. Mais ce qui est important, c’est que 24% de ces effets indésirables sont considérés comme graves".

Sur son site, l’ANSM rend bien publique la surveillance qu’elle mène sur les vaccins contre le Covid. Au 10 février, peu de temps avant la séquence, l’agence rapportait sensiblement les mêmes proportions que le Pr Peyromaure. Parmi les 141.508 cas d’effets indésirables analysés en France, sur un total de 139 millions de doses injectées des quatre vaccins différents (Pfizer, Moderna, AstraZeneca et Janssen), 25% de cas graves étaient rapportés dans les centres régionaux de pharmacovigilance. En date du 21 avril, les ordres de grandeur sont similaires. Sur 158.618 cas d’effets indésirables rapportés sur un total de 142 millions de doses injectées, 24% sont considérés comme des cas graves. 

Le dernier rapport de surveillance de l'Agence nationale de sécurité du médicament - ANSM

Mais attention, cela ne signifie pas que l’ensemble de ces effets secondaires, graves ou non, soient directement imputables aux vaccins. Par exemple, nous avions constaté, au sujet des décès rapportés, que le site européen EudraVigilance, hébergeur des données sur les effets secondaires des médicaments, précise bien que "concernent les effets indésirables suspectés, en d'autres termes, les effets qui ont été observés à la suite de l'administration ou de l’utilisation d'un médicament". Et que "ces effets indésirables suspectés peuvent ne pas être liés au médicament ou ne pas avoir été provoqués par ce dernier".

Alors, comment déterminer la responsabilité du vaccin dans l’émergence de ces effets indésirables ? Selon la directrice de la surveillance de l’ANSM, c’est tout le rôle de la pharmacovigilance. "Les effets graves déclarés sont ensuite analysés par les centres de pharmacovigilance pour s'assurer d'un lien effectif avec le vaccin", expliquait Céline Mounier en décembre dernier, interrogée au Sénat. Pour plus de détails sur les effets secondaires répertoriés par l’ANSM, vous pouvez retrouver notre article sur le sujet.

Une démission simultanée ?

Le 23 avril, la démission simultanée de deux responsables de Pfizer et de Moderna a été dénoncée avec fracas : les directeurs financiers Frank D’Amelio et David Meline. Une démission qui se serait déroulée "dans les dernières 72 heures", à en croire une internaute américaine. De son côté, l’ancien sénateur français Yves Pozzo di Borgo a jugé que ces derniers étaient "inquiets du futur scandale qui va toucher ces deux entreprises de destruction massive". 

Un tweet fait état de la démission des directeurs financiers de Pfizer et de Moderna, qui serait intervenue en même temps - Twitter

En somme, beaucoup y ont vu la répercussion des "scandales" touchant les deux entreprises et les vaccins contre le Covid. Des accusations qui sont aujourd’hui sans fondement. Par ailleurs, ces départs ont été actés certes le même jour, mais remontent au 11 avril. D’un côté, Le Figaro a relayé celui de Frank D’Amelio. De l’autre, le magazine Forbes a annoncé celui de David Meline. Le départ du directeur financier de Pfizer, après plus de 15 ans de maison, a même été annoncé plusieurs mois plus tôt puisque la compagnie communiquait sur le sujet le 17 novembre 2021.

De plus, ces démissions n'apparaissent pas comme des fuites par peur de représailles, mais comme de simples départs en retraite. Ainsi, Frank D’Amelio et David Meline, tous deux âgés de 61 ans, ont décidé de mettre un terme à leur carrière, d'après le communiqué de Pfizer et l’article de Forbes. Le magazine précise que David Meline "quittera son poste de directeur financier et prendra sa retraite cet été, mais il restera consultant pendant deux ans de plus, ce qui lui permettra de récolter tous les bénéfices de ses actions dont les droits seront entièrement acquis d'ici à 2024". Appelés à réagir face à ces accusations, Pfizer et Moderna n'étaient pas revenus vers nous dans l'immédiat. 

Vous souhaitez nous poser des questions ou nous soumettre une information qui ne vous paraît pas fiable ? N'hésitez pas à nous écrire à l'adresse lesverificateurs@tf1.fr. Retrouvez-nous également sur Twitter : notre équipe y est présente derrière le compte @verif_TF1LCI


Caroline Quevrain

Sur le
même thème

Articles

Tout
TF1 Info