La crise du Covid a engendré une hausse jamais vue d'épisodes dépressifs chez les jeunes Français.
D'après une étude de Santé publique France, ces derniers ont quasiment doublé.
Un bond jamais vu qui pourrait marquer toute une génération.

À un mois du troisième anniversaire d'un confinement sans précédent étendu au monde entier en raison du coronavirus, l'impact de cette période sur la santé mentale reste éloquent. En témoigne la dernière étude de l’agence Santé publique France publiée ce mardi 14 février qui révèle un bond inédit des dépressions dans la population. 

Réalisée à partir de questionnaires auprès d’environ 25.000 Français sélectionnés aléatoirement, elle a permis de mesurer la fréquence d'épisodes dépressifs au sein de la population en 2021, et surtout d'observer l'évolution depuis la précédente qui remontait à 2017. Le constat général qui en ressort, sans appel, va dans le sens d’autres travaux déjà réalisés à l’étranger.

Mais ces travaux nous enseignent que l'impact psychologique de la crise du Covid et des restrictions imposées est particulier chez les plus jeunes Français. Un effet qui risque de durer.

Un cinquième des personnes interrogées

Si la hausse des épisodes dépressifs frappe toute la population, c'est en effet tout particulièrement les 18-24 ans qui sont touchés. Chez eux, leur proportion a quasiment doublé pour atteindre environ un cinquième des personnes interrogées : 20,8% contre 11,7% précédemment.

Impossible, bien sûr, d'établir dans chaque cas un lien précis de cause à effet entre la crise du Covid et la survenue d'une dépression, d'autant que les causes de cette maladie obéissent toujours à de multiples facteurs, qui vont de l'histoire personnelle du patient à sa physiologie. Mais, de manière générale, "le stress causé par la maladie de la Covid-19 et les restrictions imposées pour la contrôler apparaît comme l'une des principales hypothèses explicatives de cette hausse", jugent les chercheurs.

Multiples déclencheurs

Confinements à répétition, doutes sur l'avenir, culpabilisation face à l'épidémie... les possibles déclencheurs sont multiples. "Ce qui a beaucoup joué, c'est l'incertitude par rapport à l'avenir, qui a une dimension très importante à cet âge-là : est-ce que je vais avoir mon diplôme ? Est-ce que je vais pouvoir suivre les cours ?", avance ainsi Enguerrand du Roscoat, qui a cosigné l'étude et est spécialisé dans les questions de santé mentale au sein de Santé publique France. Il pointe aussi le sentiment d'irréversibilité : "Ce que vous vivez entre 18 et 24 ans ce sont des choses qui ne se rattrapent pas a priori".

Le chercheur avance aussi d'autres hypothèses : la précarité financière, l'isolement dans des logements souvent minuscules, ainsi qu'une forme de culpabilité face à l'épidémie. "Les jeunes ont été un peu montrés du doigt comme voulant sortir, se contaminant davantage et constituant potentiellement un danger", relève Enguerrand du Roscoat.

"Une transition d'un état à un autre"

"Le confinement a bouleversé qui je suis", abonde auprès de l'AFP Antoine, un étudiant de 20 ans, qui poursuit un traitement sous antidépresseurs trois ans après le début de crise sanitaire du Covid-19. Pour le jeune homme, c'est bien le premier confinement, décrété en mars 2020 et particulièrement strict, qui a joué un rôle dans l'aggravation de son état mental. Le jeune homme connaissait déjà des symptômes typiques de la dépression (pleurs inexpliqués, idées suicidaires...) mais ils ont atteint une intensité intolérable lorsqu'il s'est trouvé dans l'impossibilité presque totale de sortir de chez ses parents, à Nice. "Mes symptômes, je les laissais à la maison. Avec le confinement, je me suis retrouvé coincé avec", résume-t-il. "

"Le confinement a été comme une transition d'un état à un autre", constate Antoine, dont la situation mentale a aussi été plombée par la difficulté d'entamer des études à l'automne 2020, dans un contexte marqué par la fermeture des universités et la généralisation des cours à distance. Si le jeune homme se sent mieux aujourd'hui, il redoute toujours une nouvelle aggravation de son état. 


Audrey LE GUELLEC

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